Saint Greenspan, taisez-vous enfin...
Mardi 4 Août 2009 à 07:01 | Lu 6586 fois I 43 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur
L'ex patron de la Banque fédérale américaine, le bâtisseur de bulles, annonce la reprise de l'économie. Est-il vraiment qualifié pour annoncer la bonne nouvelle ? Et d'ailleurs, devons nous nous attendre à une bonne nouvelle ?
Mike Licht - (http://www.flickr.com/photos/notionscapital/2967599086/) Flickr - cc
QueTimothy Geithner, l’argentier du gouvernement Obama ou Lawrence Summers, affichent un optimisme de façade sur la conjoncture économique, passe encore. Que les patrons de banques qui redistribuent des bonus à tout va, se montrent également optimistes, admettons. Mais que Alan Greenspan, quasi-retraité de 81 ans, se saisisse des micros qu’on lui tend pour affirmer à son tour que « la reprise est très proche » ou que « la reprise avait commencé à se faire sentir à la mi-juillet », là on frôle l’indécence la plus absolue.
Responsable numéro un de la crise ?
Alan Greenspan ? Ceux qui suivent, même d’une oreille distraite, l’actualité financière, ne peuvent pas ignorer ce nom. L’ancien patron de la Banque fédérale américaine a laissé se développer successivement les bulles internet et immobilière. Pendant vingt ans, les classes dirigeantes le considéraient comme un génie de l'économie. C'est Saint Greenspan. En fait, avec un taux proche de zéro de la monnaie américaine, ledit génie a facilité tous les emballements des crédits octroyés aux classes moyennes. D’où les subprimes et la crise dans laquelle nous pataugeons depuis des mois. Selon l’économiste Jeffrey Sachs « Il faut aussi souligner que depuis dix ans la Réserve fédérale américaine (Fed) n'a cessé d'alimenter deux grandes bulles spéculatives (Internet et l'immobilier) et a tout simplement continué à déréguler tandis que les problèmes s'aggravaient. C'est pourquoi j'estime, contrairement à beaucoup, que le règne d'Alan Greenspan sera jugé sévèrement ». La responsabilité de Greenspan est si évidente que le journal anglais The Guardian l’a installé à la première place d’un hit-parade des personnalités responsables de la crise. Voilà qui rendait Greenspan très peu qualifié pour dire quand nous sortirons de la nasse dans laquelle il a contribué à nous enférer.
La « sortie » de Greenspan est d’autant plus indécente qu’au même moment, on apprenait que, selon le New York Times, des milliers de chômeurs américains qui ont déposé leur dossier au mois d’Octobre 2008 et attendent encore l’examen de leur situation ! A l’heure qu’il est, seize états américains ne sont plus en capacité de verser les allocations sociales et ils seront 32 avant la fin de l’année. La reprise, si elle existe, vaut surtout pour les bénéficiares des bonus, distribués généreusement par les grandes banques américaines. C'est d'ailleurs sans doute pour cette raison que Greenspan veut croire à la reprise : si les as de la finance retrouvent le sourire, il doit considérer que ses successeurs ont fait le job...
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