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Sabeg remplace les statistiques ethniques par des bons sentimentsBénédicte Charles | Jeudi 7 Mai 2009 à 18:19 | Lu 8146 fois
Il n'y aura pas de statistiques ethniques. Pour mesurer la diversité, Yazid Sabeg propose qu'on puisse «déclarer son sentiment d'appartenance à une minorité». Pour quoi faire?
(swanksalot-flickr-cc)
Enfin ! Annoncé depuis plus de deux mois, le rapport de Yazid Sabeg, le commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, a enfin été remis à Nicolas Sarkozy. Parmi les 76 propositions qu’il contient figure évidemment celle dite des « statistiques ethniques »… qui n’ont plus rien de statistique ni d’ethnique.
C’était prévisible : à peine lancée, en mars dernier, l’idée de procéder à des recueils de données sur la diversité (via, par exemple, le pays de naissance des parents), Yazid Sabeg avait reculé et affirmé préférer la méthode auto-déclarative. Ce qu’il appelle des « enquêtes anonymes et volontaires ». « Ce recueil d'informations s'effectuera sur une base anonyme et volontaire, expliquait-il le 7 mai 2009 dans une interview au journal 20 minutes. A titre personnel, j'ai souhaité que l'on puisse déclarer son sentiment d'appartenance à une minorité ». Il ne s’agit donc plus de collecter des éléments objectifs permettant de mesurer la diversité mais de recueillir des impressions, un « sentiment d'appartenance à une minorité ». Autant dire du vent. Qu’est-ce qu’une minorité ? Qu’est-ce que le « sentiment » d’y appartenir ? Yazid Sabeg applique la logique du « A la carte ». De même que les propriétaires de voiture peuvent aujourd’hui décider du numéro de département qui figure sur leur plaque minéralogique — un Ch’ti qui soutient l’OM sera immatriculé 13 s’il le souhaite — de même on pourra déclarer qu’on appartient à une minorité en fonction de ce qu’on ressent. Ce sentiment d’appartenance, même s’il ne repose sur rien (ce qui est souvent le cas des sentiments), sera mouliné, avec des milliers d’autres sentiments d’appartenance, puis recraché. Et présenté comme une statistique. C’était une impression. Ça deviendra un fait. On bâtira des politiques dessus. On calculera peut-être même des quotas. Angoissant, non ?
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