Rwanda: pourquoi le témoin clé contre Paul Kagamé se rétracteVirginie Roels | Mardi 18 Novembre 2008 à 14:31 | Lu 14488 fois
Joshua Abdul Ruzibiza, qui depuis cinq ans affirme avoir participé en 1994 à l’assassinat du président rwandais Juvénal Habyarimana sur l’ordre de Paul Kagamé, prétend aujourd’hui avoir tout inventé.
C’est ce qu’on appelle un coup de théâtre, un rebondissement sans pareil dans une affaire de justice internationale. Joshua Abdul Ruzibiza était le témoin clé du juge Bruguière sur l’attentat dans lequel, le 6 avril 1994, le président Rwandais Juvénal Habyarimana avait trouvé la mort. La communauté internationale avait immédiatement soupçonné l'actuel dirigeant rwandais Paul Kagamé d'être à l'origine de cet assassinat politique qui avait joué le rôle de déclencheur du génocide de 800 000 Tutsis et Hutus.
Et voilà qu'en 2005, plus de dix ans après le drame, un témoin capital sortait enfin de l'ombre : Joshua Abdul Ruzibiza. Dans un livre intitulé Rwanda, l'histoire secrète (éd. Panama, 2005), cet ancien militaire rwandais racontait comment il avait participé au commando qui avait abattu l’avion à bord duquel voyageait Habyarimana. Sur ordre de Paul Kagamé, qui d'après lui avait tramé et organisé en personne l'attentat. Des affirmations réitérées devant des policiers français, puis face au juge Bruguière. Depuis, la France et le Rwanda se livrent une véritable bataille diplomatique sans précèdent. Paul Kagamé accuse l’armée française d’avoir participé au génocide dans le cadre de l’« opération turquoise » au Rwanda (1994-95). De son côté, la France accuse le président rwandais d’être l’instigateur de l’assassinat de son prédécesseur. Une guerre diplomatique franco-rwandaise Une guerre des nerfs qui a rebondi la semaine dernière: le 9 novembre, une proche de Paul Kagamé, Rose Kabuye, chef du protocole présidentiel rwandais, a été arrêtée en Allemagne en vertu d'un mandat d'arrêt international émis par la France. Elle est l'une des neuf personnes recherchées par la justice française pour leur participation présumée à l'attentat contre Habyarimana. A sa demande, Mme Kabuye devrait être transférée en France dans les jours prochains. C’est ce moment clé de l’instruction que Joshua Abdul Ruzibiza choisit pour se rétracter et expliquer sur une radio rwandaise, puis à un journaliste de Libération qu’il aurait tout inventé: « Tout était de l’invention pure et simple. Je n’ai pas fait partie ni du commando, ni des réunions orchestrées par Paul Kagamé. Je suis en désaccord avec Paul Kagamé, mais ne n’ai pas d’animosité contre lui. Il n’y a rien de vrai. Je connais Rose Kabuye, son inculpation est absurde, c’est pour ça que je réagis, elle n’est pas impliquée, et elle n’était pas des gens qui ont planifié quoi que ce soit. Il était grand temps de faire sauter ça (la vérité) . La France pour moi est un pays hostile envers Kigali ». Pourquoi un tel revirement ? Pour le journaliste Pierre Péan, il est évident que c'est une manipulation qui va de pair avec l'arrestation de Rose Kabuye. Mais l'auteur de Noires fureurs, blancs menteurs (éd. Mille et une nuits, 2005) reste optimiste : le processus judiciaire lancé à l’encontre de Paul Kagamé n'en est rien menacé. Ecoutez sa réaction ci-dessous.
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