Romilly enterrée, l'agrégation de lettres aussi
Mardi 1 Février 2011 à 12:01 | Lu 16578 fois I 32 commentaire(s)
Philippe Baumel - Tribune
Les grands discours du gouvernement en matière d'éducation se soldent par une politique de sape de l'école républicaine en décalage total avec les belles paroles de Luc Chatel et d'Henri Guaino. C'est ce que déplore Philippe Baumel dans cette tribune...
Nous y sommes ! Il n’y aura ni agrégation de lettres modernes, ni agrégation de lettres classiques cette année ! Magie du sarkozysme ! Délices de la gouvernance éducative de Monsieur Luc Chatel ! Aux grands discours, écrits par Monsieur Guaino, à cette frénésie de babillement « républicain » du conseiller présidentiel, répond la triste réalité. Comme l’annonçait une enseignante sur le site d’un grand journal du soir, il n’y aura pas d’agrégés de lettres en France cette année ! C’est une révolution ? Non, c’est une incurie.
Nous savons comment le Capes de lettres classiques a été vidé de sa substance et hypocritement renvoyé au magasin des accessoires inutiles de l’enseignement. Nous savons comment les lettres ont été, avec l’histoire, les grandes victimes de l’évolution de l’Education nationale ces dernières années. Tout se passe comme si, devant l’inaction et le manque de réaction de notre société, le gouvernement s’était senti le droit de passer la vitesse supérieure… Y aura-t-il cette fois une prise de conscience ? Assistera-t-on à une légitime insurrection de tous ceux qui sont attachés à la culture classique, à la maitrise de notre langue, aux lettres ?
Au confluent d’une véritable crise intellectuelle et morale et d’un prurit comptable digne de l’idéologie boutiquière de Monsieur Chatel se trouve donc cette innovation par le vide : supprimer de fait pour cette année l’agrégation de lettres. Car il s’agit bien de jeter par-dessus bord des savoirs inutiles, de faire l’économie d’une matière coûteuse, de s’en remettre aux rustines pour pallier les difficultés inhérentes à l’absence de vision politique en matière éducative.
Qu’ils étaient hypocrites les hommages à Jacqueline de Romilly voici quelques semaines ! A peine disparue, après les lettres classiques on s’attaque maintenant aux lettres modernes, c’est donc à un pilier de l’éducation que s’attaque le gouvernement.
Car il s’agit d’un renoncement plus vaste, plus problématique qui est le renoncement à la culture, à l’adhésion aux valeurs de la connaissance. Ne faut-il pas y voir une forme de névrose sociale relative aux savoirs, une névrose qui considérerait désormais comme inutile tout savoir qui ne serait pas immédiatement rentable en monnaie sonnante et trébuchante ?
Notre École étouffe plus de cette vision comptable et de ce renoncement aux savoirs que d’autre chose. Précipitant le pays dans le court terme tout en déclamant sa grandeur de manière grandiloquente, le pouvoir n’a de cesse que de saper l’édifice éducatif républicain. Autre grande figure intellectuelle disparue récemment, Claude Nicolet défendait à la fois l’intérêt pour la Rome antique, le rôle de citoyen dans la république romaine et l’enracinement de l’idée républicaine dans notre pays. En affaiblissant les savoirs, en cassant le métier d’enseignant, c’est la « République enseignante » et l’enseignement de la République que l’on casse. Plus que jamais l’alternative reste à bâtir…
Nous savons comment le Capes de lettres classiques a été vidé de sa substance et hypocritement renvoyé au magasin des accessoires inutiles de l’enseignement. Nous savons comment les lettres ont été, avec l’histoire, les grandes victimes de l’évolution de l’Education nationale ces dernières années. Tout se passe comme si, devant l’inaction et le manque de réaction de notre société, le gouvernement s’était senti le droit de passer la vitesse supérieure… Y aura-t-il cette fois une prise de conscience ? Assistera-t-on à une légitime insurrection de tous ceux qui sont attachés à la culture classique, à la maitrise de notre langue, aux lettres ?
Au confluent d’une véritable crise intellectuelle et morale et d’un prurit comptable digne de l’idéologie boutiquière de Monsieur Chatel se trouve donc cette innovation par le vide : supprimer de fait pour cette année l’agrégation de lettres. Car il s’agit bien de jeter par-dessus bord des savoirs inutiles, de faire l’économie d’une matière coûteuse, de s’en remettre aux rustines pour pallier les difficultés inhérentes à l’absence de vision politique en matière éducative.
Qu’ils étaient hypocrites les hommages à Jacqueline de Romilly voici quelques semaines ! A peine disparue, après les lettres classiques on s’attaque maintenant aux lettres modernes, c’est donc à un pilier de l’éducation que s’attaque le gouvernement.
Car il s’agit d’un renoncement plus vaste, plus problématique qui est le renoncement à la culture, à l’adhésion aux valeurs de la connaissance. Ne faut-il pas y voir une forme de névrose sociale relative aux savoirs, une névrose qui considérerait désormais comme inutile tout savoir qui ne serait pas immédiatement rentable en monnaie sonnante et trébuchante ?
Notre École étouffe plus de cette vision comptable et de ce renoncement aux savoirs que d’autre chose. Précipitant le pays dans le court terme tout en déclamant sa grandeur de manière grandiloquente, le pouvoir n’a de cesse que de saper l’édifice éducatif républicain. Autre grande figure intellectuelle disparue récemment, Claude Nicolet défendait à la fois l’intérêt pour la Rome antique, le rôle de citoyen dans la république romaine et l’enracinement de l’idée républicaine dans notre pays. En affaiblissant les savoirs, en cassant le métier d’enseignant, c’est la « République enseignante » et l’enseignement de la République que l’on casse. Plus que jamais l’alternative reste à bâtir…
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