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Retraites: toutes les radios sont pour la rigueur... ou presque

Mardi 25 Mai 2010 à 11:05 | Lu 12887 fois I 47 commentaire(s)

Philippe Cohen et Gérald Andrieu - Marianne

Pas moins de trois responsables de la majorité sur les radios ce matin pour parler «retraites», c’est beaucoup. Surtout quand les interviewers prennent soin de lier la réforme des retraites à la question de la rigueur…


Le journal Le Plan B vient de suspendre sa parution. Mais on ne pouvait, ce matin, écouter les radios sans repenser au mythique PPA (le Parti de la Presse et de l'Argent) par lequel son équipe de rédaction qualifiait avec délectation les médias. Et pour cause. Ce matin, les trois premières radios du pays ­ont invité pas moins de trois membres de la majorité — Xavier Bertrand sur RTL, Jean-François Copé sur Europe 1 et Gérard Larcher sur France Inter — à parler d'un seul et même sujet : les retraites. Il faut entendre nos amis des « matinales » jongler avec les quatre paramètres du sujet ! Un vrai bonneteau ! Et que je te mets 42 années de cotisations, et que je t'augmente de 0,1% par an les cotisations, et que je t'aligne les fonctionnaires au mur comme les autres. Un vrai bonheur qui doit, tour à tour, leur donner l'impression d'être les maîtres du monde et leur rappeler le Monopoly de leur enfance. De toute façon, sur toutes les radios, le sang et les larmes sont au programme, car les trois maîtres de cérémonie ont pris soin de lier la réforme des retraites à la réduction des dépenses publiques, à la rigueur.


Dans ce domaine, il faut bien reconnaître que Jean-Michel Aphatie est un orfèvre. La dette, c’est son cauchemar. Depuis toujours. Et encore ce matin face au patron de l’UMP : 

« Faut-il utiliser, Xavier Bertrand, dès à présent pour alléger le poids des déficits, les 33 milliards d’euros qui se trouvent aujourd’hui dans le fonds de réserves des retraites ? » 

« La “une” du Figaro  ce matin : “Les plans de rigueur se multiplient en Europe”. On voit les drapeaux britannique, italien, espagnol, grec. Nous sommes les seuls à échapper à la rigueur Xavier Bertrand ? » 

« Si tous les pays autour de nous font la rigueur et si nous nous gelons les dépenses de l’Etat pendant trois ans, vous croyez, vous qui êtes parlementaire, que la France fera 2,5 % de croissance ? »



Jean-Pierre Elkabbach et Nicolas Demorand, à côté, sont presque décevants. Moins francs du collier, ils se « contenteront » chacun de conclure la partie de leur entretien consacrée à la réforme des retraites par une question sur la rigueur. Mais quelle que soit la méthode employée par l’interviewer, il restera, au final, à l’auditeur-contribuable-électeur un désagréable sentiment : il y a urgence « mon p’tit père » à réformer les retraites, sinon c’est le pays tout entier qui va sombrer ! Une sorte de conditionnement généralisé qui permettrait de fuir les vraies questions. 

  

C’est en tout cas la thèse développée par Emmanuel Todd dans un entretien donné au Progrès  : « Un économiste venu de Mars ne comprendrait pas que la planète France débatte de la manière d'augmenter la durée du travail dans l'avenir pour des personnes ayant déjà un certain âge, alors qu'on ne parvient pas à donner aujourd'hui du travail aux jeunes. En termes d'économie immédiate, la question des retraites n'a aucun sens. Le gouvernement veut donner l'impression qu'il affronte la réalité, la vérité est qu'il fuit la réalité. (…) Le vrai problème de la France, c'est la disparition de notre industrie, les délocalisations d'entreprises, la stagnation du niveau de vie. » 









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