A partir de 5,99 € abonnez-vous à Marianne Numérique
Retraite solidaire contre prolongations marchandesBernard Maris | Jeudi 13 Novembre 2008 Ã 13:11 | Lu 9608 fois
Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Pour Xavier Bertrand, ministre du travail, travailler jusqu'à 70 ans restera un choix. Mais n'est-ce pas déjà priver la société de l'activité solidaire des retraités ?
Xavier Bertrand promet que les travailleurs pourront partir à la retraite à 60 ans... Auront-ils tous le choix ? (photo : medef - cc)
Le ministre Xavier Bertrand vient de défendre devant le Sénat la possibilité de travailler jusqu’à 70 ans, parce que, dit-il, « il y a des milliers de professeurs Montagnier » parmi les personnes âgées. L'allusion est claire : le professeur Montagnier avait été mis à la retraite d’office et avait du partir aux Etats-Unis pour continuer ses recherches. Certes, la recherche, la création, l’écriture, la peinture fourmillent de talentueuses personnes âgées et il serait dommage de les empêcher de produire.
Exceptions Aujourd’hui, un salarié peut refuser d’être mis à la retraite jusqu’à 65 ans – avec des exceptions, pour les professeurs d’université par exemple. A priori, si des personnes souhaitent continuer à travailler jusqu’à 70 ans, pourquoi pas... Mais cela pose plusieurs problèmes. D’abord, la retraite a été inventée pour protéger les travailleurs et non pas pour les brimer, les empêcher de vivre. Au contraire, pour leur permettre de vivre. Ainsi les retraités sont des gens très privilégiés, qui perçoivent une rente sans travailler, exactement comme les nobles du temps ou le travail était « ignoble », indigne des nobles. Le travail que l’on peut quitter est un travail subi, contrairement à la recherche qui est un travail choisi.
Montagnier n'est pas maçon!
La plupart des travailleurs subissent leur travail. Le ministre répond : « Ceux-là partiront à 60 ans s’ils le souhaitent ». Mais l’idée du ministre est un petit peu perverse. En vérité, elle ne s’adresse pas aux futurs Montagnier, Picasso ou Yehudi Menuhin, mais plutôt à tout un chacun, dans l’idée d’augmenter le volume de la population active. Le volume du marché du travail autrement dit. Or, la retraite permet d’échapper enfin au marché. Et non seulement de lui échapper, mais d’avoir des activités extrêmement utiles, que le marché aurait été incapable de fournir. Prenons tout le travail des associations, dans lesquelles les retraités ont une place de choix : tout ce travail solidaire, culturel souvent, qu’il s’agisse de la défense de la langue française ou de la protection des champignons, est très favorable à la collectivité. La réforme risque de pénaliser le travail solidaire. En donnant la possibilité de conserver du travail marchand, on pénalise automatiquement tout ce qui aurait pu être travail solidaire, autrement dit travail véritablement libre. Il vaut mieux que les agités, s’ils ne peuvent se passer d’agitation, déversent celle-ci dans une association, un syndicat, une université du troisième âge que dans leur entreprise qui produit des marchandises et des déchets. C’est toute la différence entre travail solidaire et travail marchand. La phrase : « La réussite c’est la capacité de voler d’un échec à l’autre sans perdre son enthousiasme » Attribuée à Churchill. Retrouvez les chroniques de Bernard Maris sur France Inter.
Voir les 60 commentaires
Dans la même rubrique :
|
|
||

Imprimer
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Accueil
Envoyer
Partager

