Représentativité : le gouvernement épargne le Medef
Lundi 17 Décembre 2007 à 00:04 | Lu 10487 fois I 0 commentaire(s)
Hervé Nathan
Mercredi 19 décembre démarrent les négociations sur l'agenda social 2008, qui comportent un volet sur la représentativité syndicale. En évitant soigneusement de se pencher sur celle du Medef.
Laurence Parisot : le Medef passera entre les gouttes du débat sur la représentativité
Laurence Parisot : le Medef passera entre les gouttes du débat sur la représentativité
La grande messe aura lieu à l’Elysée, mercredi prochain. Les représentants des salariés et des employeurs viendront prendre leur lettre de mission des mains du président de la République. Ordre leur sera donné de négocier sur le contrat de travail (c’est en cours), sur la durée du travail (éventuellement de mettre à bas la durée légale du travail en France), du pouvoir d’achat, enfin, de redéfinir les règles de la représentation des salariés, c’est-à-dire les syndicats. Personne ne nie l’utilité d’un tel chantier. Cela fait même près de dix ans que les syndicalistes de la CGT, de la CFDT, de SUD et de l’UNSA attendent l’enterrement du mode actuel de dialogue social en France, totalement à bout de souffle, et sa recomposition autour du seul critère qui vaille : le suffrage des salariés à l’occasion des élections professionnelles ou prud’homales.
Annick Coupé de SUD, syndicat non encore représentatif
Le monopole du Medef
Hélas, il y aura un tabou ce mercredi dans les salons de la présidence : la représentation patronale. Car sur ce sujet c’est l’omerta, tant dans les partis politiques, que dans la presse . Hormis Marianne et l’Humanité, a-t-on récemment lu un article remettant en cause le droit de Laurence Parisot à parler au nom de « tous les patrons » ? La réponse est non. Et pourtant le Medef n’est pas plus représentatif de « tous les patrons » que la CGT n’est habilitée à parler « au nom de tous les travailleurs ». Car le Medef, comme son aïeul le CNPF n’est qu’un syndicat patronal parmi d’autres, avec ceci de particulier qu’il ne supporte aucune concurrence, et qu’il a érigé sa domination en un dogme intangible. C’est ainsi qu’il dicte souvent sa loi à la CGPME, dont les adhérents sont souvent les mêmes que les siens, notamment dans la métallurgie. Qu’il conteste en justice la capacité de l’Union professionnelle artisanale (UPA) à passer des accords séparés avec les syndicats, et qu’il fait tout pour barrer la route de la représentativité à l’Union des employeurs de l’économie sociale (associations, mutuelles, etc..), qui a pourtant recueilli 10% des voix dans le collège employeur lors des dernières élections prud’homales, en 2002.
Il y aurait pourtant une bonne raison de mettre de l’ordre et de la transparence chez les patrons : en finir avec un système de financement d’une partie du patronat, et ses apparatchiks, par l’ensemble des entreprises, et peut-être plus : un système de subversion de la démocratie politique et sociale du pays. Car que révèle l’affaire UIMM ? Non pas que le patronat « fluidifie les rapports sociaux », cela tout le monde le sait, et depuis belle lurette. Mais que la plus puissante fédération du patronat, celle de la métallurgie, est en réalité une véritable pompe à finance, qui permet de faire vivre des « permanents » en grand nombre, rémunérés sur un autre pied que les militants syndicaux professionnels. Certains journalistes (Rue89.com et France Inter, Le Monde, l’Humanité) ont aussi révélés le détournement des fonds de la médecine du travail au profit des Medef ou CNPF locaux). Autre objet de cette pompe à finance : un lobbying indécent autant que permanent auprès des élus de la Nation (lire l'article d'Emmanuel Lévy dans Marianne, 20 octobre 2007), afin de conforter ou de provoquer une législation favorable à cette partie du patronat.
En ne réformant que la représentation des syndicats, Nicolas Sarkozy n’aura soigné que la moitié de la plaie que représente, pour la République, le fait d’avoir des partenaires sociaux impotents. Et il laissera intacte l’autre moitié, et la pire : celle qui apporte la gangrène.
Hélas, il y aura un tabou ce mercredi dans les salons de la présidence : la représentation patronale. Car sur ce sujet c’est l’omerta, tant dans les partis politiques, que dans la presse . Hormis Marianne et l’Humanité, a-t-on récemment lu un article remettant en cause le droit de Laurence Parisot à parler au nom de « tous les patrons » ? La réponse est non. Et pourtant le Medef n’est pas plus représentatif de « tous les patrons » que la CGT n’est habilitée à parler « au nom de tous les travailleurs ». Car le Medef, comme son aïeul le CNPF n’est qu’un syndicat patronal parmi d’autres, avec ceci de particulier qu’il ne supporte aucune concurrence, et qu’il a érigé sa domination en un dogme intangible. C’est ainsi qu’il dicte souvent sa loi à la CGPME, dont les adhérents sont souvent les mêmes que les siens, notamment dans la métallurgie. Qu’il conteste en justice la capacité de l’Union professionnelle artisanale (UPA) à passer des accords séparés avec les syndicats, et qu’il fait tout pour barrer la route de la représentativité à l’Union des employeurs de l’économie sociale (associations, mutuelles, etc..), qui a pourtant recueilli 10% des voix dans le collège employeur lors des dernières élections prud’homales, en 2002.
Il y aurait pourtant une bonne raison de mettre de l’ordre et de la transparence chez les patrons : en finir avec un système de financement d’une partie du patronat, et ses apparatchiks, par l’ensemble des entreprises, et peut-être plus : un système de subversion de la démocratie politique et sociale du pays. Car que révèle l’affaire UIMM ? Non pas que le patronat « fluidifie les rapports sociaux », cela tout le monde le sait, et depuis belle lurette. Mais que la plus puissante fédération du patronat, celle de la métallurgie, est en réalité une véritable pompe à finance, qui permet de faire vivre des « permanents » en grand nombre, rémunérés sur un autre pied que les militants syndicaux professionnels. Certains journalistes (Rue89.com et France Inter, Le Monde, l’Humanité) ont aussi révélés le détournement des fonds de la médecine du travail au profit des Medef ou CNPF locaux). Autre objet de cette pompe à finance : un lobbying indécent autant que permanent auprès des élus de la Nation (lire l'article d'Emmanuel Lévy dans Marianne, 20 octobre 2007), afin de conforter ou de provoquer une législation favorable à cette partie du patronat.
En ne réformant que la représentation des syndicats, Nicolas Sarkozy n’aura soigné que la moitié de la plaie que représente, pour la République, le fait d’avoir des partenaires sociaux impotents. Et il laissera intacte l’autre moitié, et la pire : celle qui apporte la gangrène.
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