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Renouvin : Cher Julliard, nous sommes enfin d'accord

Bertrand Renouvin et Jacques Julliard | Dimanche 8 Novembre 2009 à 14:01 | Lu 5268 fois

Dialogue épistolaire entre Jacques Julliard et Bertrand Renouvin sur la deuxième gauche en France, mouvement politique que Michel Rocard décrivait ainsi en 1977 : «décentralisatrice, régionaliste et héritière de la tradition autogestionnaire»



Jacques Julliard est éditorialiste au Nouvel Obs et directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Il a été militant puis responsable syndical à la CFDT de la fin des années 60 à la fin des années 70, donc durant la période «deuxième gauche » de l'organisation.
Bertrand Renouvin est lui un ovni dans le champ politique français, membre de l'Action Française, journal royaliste, il en fait scission avec un certain nombre de membres en 1971 pour fonder la Nouvelle Action Française. La particularité de ce courant culturel apparaît quand on sait que Bertrand Renouvin appelait à voter pour Mitterrand en 1981, et n'a pas cessé d'appeler à voter pour la gauche depuis lors, tout en maintenant son attachement à la monarchie.
Ils discutent ici du devenir de la gauche, et particulièrement du rôle intellectuel et politique de la deuxième gauche.

Cher Jacques Julliard,

Vous êtes de gauche. Moi pas. Mais la démocratie parlementaire n’existe pas sans partis de droite et de gauche et, pour ce qui concerne votre camp, c’est encore le Parti socialiste qui est le seul capable de structurer l’opposition de manière dynamique.
Comme vous, la direction de ce parti m’exaspère : aveuglée par ses haines, paralysée par ses compromissions, elle ne s’intéresse plus à notre nation – ni au monde. Nous nous écrions souvent que ce parti est à l’agonie mais c’est pour inciter nos lecteurs proches du Parti socialiste à préparer un sursaut salutaire. Nous avons dit que sa renaissance supposait une autocritique approfondie. Et voici que vous amorcez cet examen dans la perspective d’une « social-démocratie de combat ». Comme nous sommes en débat avec vous depuis bientôt quarante ans, je me permets d’apporter mon grain de sel dans la discussion que vous avez avec Jean Daniel et Denis Olivennes.

Bien entendu, j’approuve grosso modo votre éloge des « Trente Glorieuses » et je souscris à votre dénonciation de la délinquance ultralibérale. Je n’insiste pas car c’est votre « adieu à la deuxième gauche » qui m’intrigue. Votre évocation d’une histoire à laquelle vous avez activement participé est exacte dans sa première partie mais je m’étonne de lire que « le gaullisme de Charles de Gaulle sur le plan politique et Mai-68 sur le plan culturel furent la traduction de ce courant qui contournait la politique traditionnelle, transcendait les clivages, pour donner la première place à ce que l’on appelait alors les «forces vives» du pays. Ce mélange de réalisme et de romantisme restait électoralement minoritaire, mais il colorait la vie publique d’une ambition et d’un projet conformes aux valeurs historiques de la gauche». Le club Jean Moulin doit-il être classé dans le gaullisme de gauche? Michel Rocard n’était pas gaullien en 1968, que je sache ! Par la suite, je ne me souviens pas avoir rencontré les socialistes de la deuxième gauche chez les fidèles du Général : c’est Jean-Pierre Chevènement et Régis Debray qui participaient aux débats organisés par la revue « L’Appel ». Ai-je mal compris ce que vous vouliez dire ? Merci de nous donner une explication de texte.

J’en viens à un sujet plus pénible. « La deuxième gauche est morte. Le néocapitalisme l’a tuée », écrivez-vous. Pourquoi ? «Moins à cause de la caution, que je ne saurais approuver, qu’un Kouchner ou un Rocard donnent à la politique de Sarkozy [...]. Mais parce que la deuxième gauche n’a plus d’interlocuteurs valables, plus de partenaires pour passer un compromis social ». Passant de l’anecdote à la sociologie politique, vous négligez une cause majeure : la deuxième gauche est morte parce qu’elle a donné au néocapitalisme les armes qui ont permis son assassinat.

Toute la thématique du compromis suicidaire avec l’ultralibéralisme a été élaborée et mise en œuvre par Jacques Delors puis par Michel Rocard. Laurent Fabius et Pierre Bérégovoy ont contresigné les actes de reddition et la droite a pu nettoyer sans grand mal les positions désertées. François Mitterrand s’est vite résigné, faute de culture économique suffisante – mais ceci est un autre aspect de l’histoire de nos défaites. Les nôtres encore plus que les vôtres car nous avons défendu de toutes nos faibles forces les nationalisations à 100% et la planification indicative.

Cher Jacques Julliard, nous avons beaucoup polémiqué contre la deuxième gauche et voici que nous nous retrouvons puisque vous réclamez « la nationalisation du crédit, la taxation à 95% des très hauts salaires ou leur plafonnement ». Surtout vous plaidez pour un «socialisme moral » qui nous intéresse puisque vous le reliez aux «non-conformistes de la Révolution française», au syndicalisme d’action directe, à la Commune de Paris, à Jean Jaurès et à Léon Blum.
Voilà qui donne matière à penser…

La réponse de Jacques Julliard

Cher Bertrand Renouvin,
Je vous suis reconnaissant de l’intérêt que vous portez au débat que j’ai amorcé dans les colonnes du Nouvel Observateur (22.08.09) avec Jean Daniel et Denis Olivennes sur la rénovation de la gauche. Bien que n’en faisant pas ouvertement partie, vous y participez à votre façon, et c’est très bien ainsi ; la crise qui dure depuis un an et qui n’est pas près de finir, est en train de déplacer toutes les lignes : il faut en profiter et en tirer les conséquences.

Je suis bien obligé de constater qu’une partie des états-majors de la gauche d’hier est en train de se rallier à Nicolas Sarkozy, à commencer par ceux qui constituèrent naguère la deuxième gauche. Au-delà des accommodements individuels, qui vont croissant avec l’âge, j’ai cherché à en comprendre les raisons profondes. Voici à mes yeux la principale : le capitalisme a changé. Le compromis historique que cette gauche moderne proposait de passer avec le capitalisme rhénan et l’État-providence n’est plus, laissant ses promoteurs dans le désarroi. Un tel compromis a fait la prospérité des Trente Glorieuses et la grandeur des années De Gaulle. Il a été sacrifié au capitalisme d’actionnaires et au retour sur investissements de 15 %, en attendant les misérables expédients des subprimes et de la titrisation.
C’est l’occasion, cher Renouvin, de répondre à votre interrogation. Sans doute me suis-je exprimé de façon trop elliptique : je n’ai jamais voulu faire du gaullisme, encore moins du gauchisme, une émanation de la deuxième gauche ; ce serait absurde. Ce que j’ai voulu dire, c’est que chacun à sa manière, le gaullisme, la deuxième gauche et le gauchisme façon 68 ont participé à la fondation de cette culture politique moderne qui réintroduisait la société civile dans l’univers politique, et faisait passer la France du stade agraire au stade industriel en matière économique, mais aussi culturelle. Ce fut un grand moment de notre modernisation, comme le furent avant lui l’ère Turgot ou les belles années du Second Empire, et je ne regrette pas d’y avoir participé.

Mais les temps ont changé. Adjoubeï, le gendre de Khrouchtchev, dit un jour à un diplomate occidental : « Nous allons vous faire la pire des choses : nous allons vous priver de votre ennemi. » Et de fait, en quittant toute crainte, le capitalisme a quitté toute prudence. Il n’hésite plus à se montrer sous son jour le plus prédateur, en réduisant les salaires, en accroissant les profits de façon exponentielle.
Face à cette situation nouvelle, qui prend la forme d’une véritable agression contre des pans entiers du monde du travail, la gauche se doit de réagir de façon nouvelle, qui exclut le compromis à l’ancienne. On ne discute pas avec Bernard Arnault comme on discutait hier avec François Bloch-Lainé . La social-démocratie se doit d’abord de reprendre une bataille intellectuelle contre le libéralisme, qu’elle a naguère perdue faute de l’avoir livrée ; ensuite refaire son unité - ses électeurs n’attendent que cela - en renonçant tout à la fois aux anachronismes de la gauche Cro-Magnon et aux compromissions de la gauche Banania.
Dans mon esprit, un syndicalisme réunifié sur des bases modernes devrait jouer un rôle essentiel à cette refondation. Voyez ce qui vient de se passer à propos de la Poste : les Français veulent désormais une social-démocratie de combat.

les pistes d'une discussion

Pour relancer la discussion, je veux dire très vite mon accord quant au rôle modernisateur de la deuxième gauche pendant les Trente Glorieuses. Mais je m’interroge tout de même sur une commune fondation de la culture politique moderne par le gaullisme, la deuxième gauche et le gauchisme. Il y a un homme qui a tenté de lier le Général, la gauche et un certain gauchisme : c’est Maurice Clavel. Mais il n’a été suivi ni dans sa fidélité ni dans sa révolte – sauf par quelques uns. Il me semble par ailleurs que la deuxième gauche a été traversée par un conflit intime, chez Michel Rocard par exemple, entre la technocratie moderniste et le gauchisme. Enfin, le gaullisme est une pensée de l’auctoritas, que le gauchisme récuse, de la légitimité, que la deuxième gauche ignore, de la nation qu’une partie de la gauche voudrait dépasser mais que le Parti communiste continue à défendre. Voilà, cher Jacques Julliard, qui mérite d’être dialectiquement travaillé.



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73.Posté par Rodeorm le 12/11/2009 16:40

Très intéressant ce débat entre ces deux intellectuels ! Je partage largement les propos d' ENNAT (65) concernant nos deux interlocuteurs et leurs soucis réciproques de la Nation et de l'Etat.
Merci à lui de m'avoir fait découvrir le blog de Bertrand Renouvin (www.bertrand-renouvin.fr) ainsi qu'à Frédéric (72) qui m'a permis de me plonger dans la lecture des anciens numéros de Royaliste et de la Nouvelle Action royaliste que je ne connaissais ...

72.Posté par Frédéric le 12/11/2009 11:52

Il y a, je pense, une demi-douzaine d'autres débats entre Bertrand Renouvin et Jacques Julliard qui ont été publiés dans le bi-mensuel "Royaliste" depuis quarante ans... On pourra les retrouver sur le site archives royalistes qui donne accès gratuitement à la collection du journal.

http://www.archivesroyalistes.org/

71.Posté par Kiravi le 10/11/2009 17:05


Jacques Julliard. Le discuteur au coin du feu.
Aucun intérêt, encore moins aujourd'hui qu'hier, pour ces causeurs policés qui se trompent toujours.
Pour avoir une bonne idée de la « social-démocratie de combat », il suffit de regarder les « débats » Julliard-Ferry sur LCI !

70.Posté par Lionel44 le 09/11/2009 16:43

38.Posté par PauLoAnarchoPatriote le 08/11/2009 19:30

Il a oublié les juifs, ce con... le joli complot judéo maçonnique, accompagné des bolcheviques au couteau entre les dents.

Encore un enfant de pétain...

69.Posté par hélène1 le 09/11/2009 16:35

Ennar

c'est bon, merci.

68.Posté par ENNAT le 09/11/2009 15:48

@ 67.Posté par hélène1

Pour le blog de Bertrand Renouvin, je vous conseille de passer par Mozilla (indispensable pour lire le blog) puis:

http://www.bertrand-renouvin.fr/
ou par
http://narinfo.site.voila.fr/index.html (accès aux éditoriaux)

67.Posté par hélène1 le 09/11/2009 15:17

impossible d'accéder aux pages du blog de Renouvin.
Juste la première, après c'est bloqué.

66.Posté par hélène1 le 09/11/2009 14:35

Merci à Ennat 65


65.Posté par ENNAT le 09/11/2009 13:03

Cet échange entre deux intellectuels-militants ayant tous les deux le souci de l'Etat et de la nation, éclaire bien les enjeux et les priorités politiques d'aujourd'hui. Car il est urgent que se construise l'alliance politique ayant vocation à aller au gouvernement sur un programme en totale rupture avec l'ultralibéralisme. Or l'ultralibéralisme a triomphé en France avec l'abandon dès 1983,à l'initiative de Jacques Delors, des engagements défe...

64.Posté par Crepitus le 09/11/2009 12:41

Peut-être suis-je stupide, mais je ne réussi pas à comprendre ce que pourrait être " l'anarcho-patriotisme ". Il existe de nombreuses variantes d'anarchisme mais, toutes ont en commun l'internationalisme, autrement dit le refus du patriotisme. Alors, si quelqu'un peut m'expliquer ce qu'est cette chose, je serais heureux d'avoir une définition raisonnable de cet oxymore.

63.Posté par Le prolétaire berrichon = ausseur robert le 09/11/2009 01:32

@ post 60 Clochemerle
Tout à fait d'accord : C'est si vrai que , alors que Fo (en tant qu'organisation ) pendant des decennie à été placée à la présidence de la CNAM et de l'UNEDIC §
Puis , un jour , alors que des syndiqués fo ont demandé à faire une grève , la grève a eu lieu ......Aux réunions des CA de la CNAM et de l'UNEDIC qui ont suivi , l'organisation fo a été débarquée des présidences ! (faut se souvenir de ""l'"affaire du président de...

62.Posté par Le prolétaire berrichon = ausseur robert le 09/11/2009 01:11

@hélène Bien le bonsoir
"alors que la planète est enlisée dans un système ultralibéral, où les gouvernements sont au service de la finance, quitte à engager des guerres d'un autre monde, et à le détruire."
Cest si vrai que la Nation toute entière et contribue à ses folies , paie le voyage et la bouffe à une délégation de près de 300 "invités(es) ! : Quand le chef de l'état se déplace à l'étranger = Entre les journalistes , sa suite , ses conse...

61.Posté par Clochemerle 71 le 09/11/2009 00:50


L'effet levier destructeur joué au cours des dernières décennies par la CFDT, dont Jacques Juillard a été le thuriféraire, après en avoir été un responsable, a été fatal au mouvement syndical, et ses conséquences sont aujourd'hui dramatiques pour le monde ouvrier.

"Sortez de vos sarcophages, camarades !" : c'est en ces termes racoleurs qu'Edmond Maire apostrophait à l'époque les autres leaders syndicaux pour dénoncer la défense du pouvoir d'ac...

60.Posté par J.-P. Chauvin le 09/11/2009 00:11

Débat très intéressant entre deux intellectuels qui ont quelques références communes comme Péguy ou Bernanos, ce dernier, royaliste visionnaire, ayant écrit "La France contre les robots" qui est un vrai manifeste pour la liberté, à lire et relire...
http://jpchauvin.typepad.fr

59.Posté par hélène le 09/11/2009 00:02

58.Posté par ltrobat le 08/11/2009 23:45

je ne suis pas au MRC, et c'est par élimination que je suis au ps depuis 2007, parti dans lequel je ne trouve pas mes repères (sauf chez Lienneman, mais autant dire qu'ils ont fini par écarter toute idée qu'elle pouvait transmettre au ps, en la gommant lors des européennes -passons-)
En réalité j'étais Gaulliste en 68 (j'avais 21 ans ...c'est dire) et je le suis toujours.

Aujourd'hui seul le cadre polit...

58.Posté par ltrobat le 08/11/2009 23:45

@hélène1:
"En 68 le mot d’ordre était : il ést interdit d’interdire
C’est avec ces mots là que s’est infiltré l'ultra-libéralisme."
Vous devriez lire du Jean-Claude Michéa.

J'ai bien suivi votre exposé (intéressant). Il me semble que vous êtes membre du MRC. Le programme que vous venez d'exposer est-il celui du MRC?
Pensez-vous pouvoir le promouvoir dans le cadre d'une alliance avec le PS et le MoDem?

57.Posté par hélène1 le 08/11/2009 22:36

54.Posté par ltrobat le 08/11/2009 22:09

Voilà le lien :

comment et qui en France,

pourrait réintroduire une politique basée sur un capitalisme d'entreprise,
remettre l'état providence en route,
assurer le service public, etc

et pour ce faire,

- fermer les frontières,
- reinstaurer des droits de douane,
- sortir des traités européens
- sortir de l'euro
- obliger la population à consommer Français,
- essayer de survivre en autarcie

alors que la...

56.Posté par la burne le 08/11/2009 22:33

@53

c'est quoi ton modèle, les pays néo fascistes tel que les USA, le Vénézuela est le pays le plus démocratique du monde
VIVA CHAVEZ

55.Posté par la burne le 08/11/2009 22:30


toute personne moyennement informée comprend aussitôt que l’Accord complémentaire pour la coopération et l’aide technique en matière de défense et de sécurité, signé entre les gouvernements de la Colombie et des États-Unis le 30 octobre et publié le 2 novembre dans l’après-midi, équivaut à l’annexion de la Colombie aux États-Unis.


54.Posté par ltrobat le 08/11/2009 22:09

@hélène1:
Quelques pays d'Amérique Latine (Venezuela, Bolivie) et d'autres qui ne sont pas franchement des modèles politiques pour moi (Corée du Nord, Iran??).

Quel est le lien avec mon post? Je faisais référence à la situation en France.

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