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Rendons l'eau à la vie publique!

Bernard Maris | Vendredi 21 Mars 2008 à 07:10 | Lu 8322 fois

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Des exemples comme Paris montrent que la mainmise d'entreprises privées sur le marché de l'eau est loin d'être évidente. Ni souhaitable, d'ailleurs...



Rendons l'eau à la vie publique!
L’eau, c'est l’or bleu... La France ne manque pas d’eau et ne manquera pas d’eau, elle est un véritable château d’eau, dont pourra profiter éventuellement notre voisin l’Espagne. Ainsi, Barcelone envisage de faire venir de l’eau par bateaux-citernes. Cependant, l’eau française est polluée : 50 à 60% de la nappe phréatique est polluée par les pesticides et les nitrates, bien au-delà des normes européennes. 75% des rivières sont polluées par les pesticides. Responsable : l’agriculture – rappelons que la France, premier pays agricole d’Europe, est aussi le second utilisateur de pesticides dans le monde. L’agriculture consomme 75% de l’eau française (alors que la population agricole représente moins de 2,5% de la population active française) mais n’assume que 4% de son coût. Les consommateurs, les ménages en paient 82%, l’industrie 14%.

Des prix faramineux, des pertes colossales

Le prix de l’eau a deux grandes composantes : la distribution et la dépollution d'une part, la collecte et le traitement des eaux usées d'autre part. Trois grandes compagnies privées distribuent l’eau en France, Véolia, Suez et la SAUR. Véolia c’est l’ancienne Vivendi-environnement, et on se souvient des déboires de Jean-Marie Messier qui utilisait la rente de l’eau, le prix payé par les usagers, pour faire des galipettes cinématographiques outre-atlantique. Or ces compagnies privées coûtent cher...
A tel point que certains envisagent de revenir à une gestion municipale de l’eau . C’est le cas de Paris. Bertrand Delanoë a décidé de remunicipaliser la distribution de l’eau à Paris, de ne pas renouveler à Véolia et Suez leurs concessions. Pourquoi ? Non seulement parce que le prix de l’eau est trop élevé, mais parce que les entreprises privées entretiennent mal le réseau (on estime que le taux de perte à Paris est colossal, dans certains secteurs, c’est 20% d’eau perdue !). Dans les villes où l’on est revenu à une gestion municipale de l’eau, les prix ont baissé. A Neuchâteau, à Castres, on a constaté une baisse des prix de 20%. Et surtout la rente de l’eau est utilisée pour l’eau ! On est sûr que ce que rapporte l’eau va à l’amélioration de la distribution, ce qui n’est pas le cas avec les entreprises privées qui entretiennent ou entretenaient des danseuses ici ou là, dans les télés par exemple.Il s'agirait ainsi, une fois n'est pas coutume, de s'approcher avec bénéfice du modèle américain, un exemple de gestion publique de l’eau.

La phrase du jour :
«Faire boire un âne qui n’a pas soif». Avez-vous essayé de faire boire un âne qui n’a pas soif ? C’est la phrase qui traduit l’échec des politiques monétaires aujourd’hui...


Retrouvez « L'autre économie » de Bernard Maris, en direct sur France Inter, du lundi au vendredi à 6h49.



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