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Renaud Revel, le kamikaze de l’info-médias

Régis Soubrouillard - Marianne | Jeudi 29 Octobre 2009 à 17:07 | Lu 14448 fois

Rédacteur en chef à l’Express, chargé de la rubrique Médias, Renaud Revel tient sur son blog et sur Twitter le journal intime de ses rencontres avec les personnalités influentes du milieu. Un tir en rafale permanent. Rares sont les puissants qui ont échappé à ce kamikaze qui prône l’insurrection immédiatique. Pas même son patron, Christophe Barbier.



le blog de Renaud Revel
le blog de Renaud Revel
«Agé de 50 ans, licencié en droit, Renaud Revel est rédacteur en chef à L'Express, où il est en charge, notamment, de la rubrique Médias. Il a débuté sa carrière à L'Aurore, en 1978, avant de rentrer au Matin de Paris, en 1981, pour y créer une rubrique médias, qu'il a dirigé sept années durant » c’est la puissante notice autobiographique de Renaud Revel , rédacteur en chef à l’Express, notamment de la rubrique Médias, comme susdit.

Bien informé sur les bisbilles du milieu médiatique, le journaliste Renaud Revel, doté d’une indépendance d’esprit sans nulle autre pareille a bâti sa réputation grâce au regard acéré qu’il a toujours posé sur la profession. Loin des corporatismes et esprits de clans, il n’hésite jamais à s’attaquer frontalement aux notables de la place. Ainsi son compte twitter est un exemple pour les étudiants en journalisme qui souhaiteraient faire leur trou dans la profession.

S’insurger toujours, ne céder jamais. Telle pourrait être sa devise. Après l’interview de Nicolas Sarkozy en direct de New-York réalisée par Laurence Ferrari et David Pujadas, Renaud Revel fut ainsi un des rares à souligner la faible qualité des échanges, dénonçant sans hésiter aussi bien la platitude du discours présidentiel que la médiocité des intervieweurs : « J'ai trouvé Sarkozy plutôt bon hier. Et le tandem Pujadas-Ferrari pour une fois assez efficace ». Et avec quelle verve !

Christophe Barbier, un patron courageux

Très récemment au moment du départ d’Axel Duroux de TF1 sur fond de rumeurs d’éviction de Laurence Ferrari, il s’est également félicité de voir que quelqu’un allait peut-être pour une fois tenter de secouer ce bunker fragilisé, n’hésitant pas lui aussi, comme Axel Duroux à poser « la question Ferrari »: « Le procès fait à Laurence Ferrari devient usant. Personne ne relève que le JT de Pujadas ne progresse pas pour autant ».

Même chose en ce qui concerne la polémique sur le statut des membres du CSA détachés de France Télévision, le rédacteur en chef de l’Express n’a rien lâché : « A quoi bon s'insurger? Bien qu'en infraction avec les textes, Rachid Arhab et Françoise Laborde du CSA ne démissionneront pas de France 2 ».
Tel un Florent Pagny toujours prompt à défendre sa liberté de pensée, Renaud Revel ne comprend pas non plus  « la polémique à propos de la programmation de Jean-Marie Cavada sur France 5. De l'ostracisme ».

Sur Twitter, on apprend également quels esprits puissants fréquente l’intéressé. Les fans de son blog connaissaient déjà son admiration pour BHL qui influence largement ce cerveau toujours en ébullition : «  Le passé ne nous va guère: il suscite des haines recuites. Et Internet est un déversoir » écrit-il un jour de sa plume alerte.

On découvre également qu’Alain Minc est presque un copain de chambrée, qu’il rencontre régulièrement : « Rencontre avec Alain Minc: pour lui Sarkozy a une idée précise du profil du prochain PDG de France Télévisions. Qui sera nommé au printemps »
Renaud Revel sait aussi taper du poing et dire leurs quatre vérités aux puissants du secteur : « Déjeuner avec le patron de RTL, Christopher Baldelli, qui considère que Jean-Michel Aphatie est le meilleur à son poste aujourd'hui.Vrai ».

Une indépendance farouche dont il fait preuve même vis à vis de son propre patron qu’il n’hésite pas à écorner régulièrement. Sur son parcours professionnel : « Christophe Barbier rentre au Directoire du groupe Express-Expansion. Bonne chose qu'un journaliste ait un oeil sur l'actionnaire ». Affichant clairement ses désaccords « Courageux Christophe Barbier pour avoir dit sur LCI que lors d'une rencontre avec Sarko il en avait pris « plein la gueule » Qui l'oserait? ».

Renaud Revel n’hésite jamais, quand il faut à dénoncer certains abus de la profession : « Marie-Odile Amaury et sa fille Aurore Amaury ont un surnom au sein du groupe de presse du Parisien: « Veuve et fifille ». Cruel! ».

Et quand ce n’est pas les journalistes ou les patrons de presse, ce sont les titres eux-mêmes qui sont victimes de ses outrances : « Les Echos nous apprennent qu'Entrevue est au bord du dépôt de bilan. Il est vrai que ce titre a mal vieilli ».

Un axe PS-FN contre Mitterrand pas très joli

Renaud Revel
Renaud Revel
Quand il le faut, par exemple sur l’affaire Mitterrand, c’est toute une profession qu’il prend à contre-pied  : « Laurent Joffrin dans Libé a raison en tout à propos de Frédéric Mitterrand », ou encore plus punchy: « Pas très élégante la réaction de Benoit Hamon qui vient en soutien de Marine Le Pen: un axe PS-FN contre Mitterrand pas très joli ». Ni très courtois.

Blogueur et adepte de twitter, Renaud Revel est également l’un des rares journalistes en vue à oser tenir tête à la pensée unique véhiculée par les élites médiatiques sur les nouvelles technologies : « Séguéla n'est pas loin de la vérité: le net est un déversoir. S'y écoulent, sous couvert d'anonymat, les discours les plus nauséeux».

Dans le tout-paris médiatique, chaque annonce d’un commentaire de Renaud Revel est scrutée, tant il fait frémir le milieu. Ainsi de Thierry Ardisson passé à deux doigts de la correctionnelle lorsqu’il a lu cette brève le 7 octobre : «Ardisson mécontent de la dernière campagne anti drogue du gouvernement: on le comprend».

Certains lui reprochent parfois sa fougue et estiment qu’il franchit la ligne jaune, notamment lorsqu’il monte en épingle des faits qui, contrairement à ce que d’aucuns pensent, ne relèvent pas de la simple anecdote : « Le parisien s'interroge sur les relations Fogiel-Drucker sur Europe 1! Les deux hommes ne s'aiment pas. Et alors? ».

Au-delà du Landerneau médiatique, c’est parfois toute la nomenklatura politique qui en prend pour son grade. Et Revel choisit ses cibles parmi les plus turbulents  : « Formidable Rocard qui vieillit somptueusement. Son dernier combat mérite un coup de chapeau ».
Parfois même, les mots deviennent des armes : « je suis scandalisé par l'évacuation médiatique des sans papiers à Calais. Avec Besson en maître de cérémonie. Indigne! »

BHL, Duhamel et Minc passent à table

C’est en creusant dans le carnet d’adresses de Renaud Revel qu’apparaît évidente cette farouche indépendance d’esprit :

- «  Coup de fil enflammé de BHL hier soir: l'égyptien antisémite Hosni s'est fait ramasser à l'Unesco. Bonne nouvelle en effet... »

- « Ai déjeuné hier avec Alain Duhamel. Sympathique, attentif, et d'une culture politique inouïe! Une belle et agréable leçon de journalisme ».

- « Très joli portrait de Bruno Patino dans Libé. Très fidèle. Très juste. Alain Minc, qui est cité, me l'avait portraituré de la même manière ».

- « Visite à l'ancien PDG de Canal, André Rousselet qui à 80 ans passés n'a rien perdu de sa verve. Il m'a exécuté Messier qu'il méprise ».


A trop dépasser les bornes, parfois Renaud Revel s’interroge, s’autorisant des moments d’introspection d’une rare intensité : « Je tente vainement de prendre rendez-vous avec Jean-Luc Hees à Radio-France. Suis je tricard depuis que je ne collabore plus à Inter? » ;
« Je pense et dis du bien d'Elkabbach! Est-ce bien raisonnable? »
.

Des interrogations restées sans réponses, qui sont autant de preuves de la remise en question permanente à laquelle s'astreint l’auteur qui aurait pu faire un récit en des termes fulgurants de la rencontre: « Déjeuner avec Alain Minc, esprit vif, intelligence prodigieuse et une capacité inouïe à mettre le doigt sur les problématiques de l’époque. Alors, fromage ou dessert ? ».



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