Rémunération des traders : Lagarde oublie de regarder ailleursSylvain Lapoix - Marianne | Mardi 11 Août 2009 à 07:01 | Lu 8757 fois
Toucher aux bonus des traders ? Christine Lagarde ne veut pas en entendre parler, au nom de la sacro-sainte concurrence internationale. Et pourtant, Allemands comme Américains s'y sont rangés, faisant de la France un pays presque libéral en comparaison...
Même pas un tout petit effort ! / Christine Lagarde et Eric Woerth, le 13 octobre 2008 à Bercy. Photo : SL
Depuis qu'elle a siégé au conseil de surveillance d'ING Group, le monde de la finance est pour Christine Lagarde comme une deuxième famille. Et pour la défendre, la ministre de l'Economie ne recule jamais devant les pirouettes verbales : la régulation des rémunérations dans la finance proposée par les socialistes ? «Du bricolage !», tonne-t-elle, arguant qu'une règlementation nationale ne sert à rien «si, à Londres, à Singapour, ou à New York, le jeu reste ouvert.» Mais dans ce beau réflexe corporatiste, Lagarde a négligé un fait important : à New York comme à Londres, le «jeu» des salaires dans la finance n'est pas resté ouvert !
Le Congrès américain interdit les rémunérations encourageant les prises de risque
Premier exemple, et non des moindres, Barack Obama lui-même a décidé en février dernier de plafonner à 500000 dollars annuels la rémunération des patrons de banques ayant bénéficié de l'aide publique.
Si les établissements financiers n'en ont remboursé qu'avec plus d'empressement les aides fédérales, les législateurs progressent vers un encadrement durable des primes : le 30 juillet, une loi entérinait le droit de regard des actionnaires sur les rémunérations patronales et celui des autorités financières sur les rémunérations «encourageant une prise de risque excessive». La rentrée du Congrès pourrait voire débattus d'autres mesures pour calmer Wall Street. Voilà pour New York, madame Lagarde ! Des administrateurs dans les banques anglaises depuis... octobre 2008 !
A Londres, la décision de Gordon Brown de garder un œil sur les excès des banques n'a pas attendu 2009 : dès le début du plan de sauvetage, le premier ministre britannique a imposé à Royal Bank of Scotland et Lloyds des administrateurs pour contrôler la politique de nomination et celle des dividendes dans ces établissements bancaires...
Pour l'efficacité, on repassera : la RBS a distribué plus d'un milliard de bonus au premier trimestre et Brown reste aujourd'hui aux condamnations de pure forme sur les rémunérations variables. Mais au moins a-t-il essayé ! Pour Christine Lagarde, sans règlement international, les lois promulgués par les Etats resteront sans effet ! L'Allemagne et son projet de loi sur les stock-options s'égarerait-elle donc ? Et que dire de la Belgique, des Pays Bas (mère patrie d'ING Group), de l'Autriche, de la Suède, de l'Irlande... Seraient-ils tous dans l'erreur ? Je régule pas les bonus : toi d'abord !
Même José Manuel Barroso a condamné les bonus excessifs, la Commission européenne ayant avancé au mois de juin des propositions pour modifier le système des rémunérations.
Que reste-t-il à l'argument de Christine Lagarde ? Pas grand chose sinon un attachement presque désespéré à l'idée que les banques françaises doivent être libres de pratiquer les modes de rémunération qu'elles veulent pour attirer les meilleurs talents. Même si les autres pays tentent de tirer quelques leçons des effets pervers d'une politique de rémunération qui encourage la spéculation... Mais que la ministre de l'Economie ne désespère pas : les pratiques singapouriennes continuent de défier le libéralisme français !
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