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Relooking extrême pour Pékin avant les Jeux!

Régis Soubrouillard | Mercredi 16 Juillet 2008 à 16:27 | Lu 9151 fois

A quelques semaines du début des J.O., les autorités chinoises ont entrepris un nettoyage de leur capitale. Tout y passe: les crachats, la pollution, les putes qui encombrent les trottoirs, le comportement des supporters. Et des militaires à tous les coins de rue...



Photo officielle de la zone nautique de Qingdao
Photo officielle de la zone nautique de Qingdao
De la même manière que lors du Grand Bond en Avant, les usines et les paysages d’une Chine en famine étaient refaçonnés sur les lieux de passage du train particulier du président Mao pour présenter au grand Timonier une « réalité » plus acceptable, à l’approche des Jeux la Chine se refait une beauté.
La ville de Pékin s’est donc offert un lifting — ou plutôt un véritable ravalement de façade au détriment, le plus souvent, du patrimoine traditionnel de certains quartiers. Voilà pour la partie la plus facile. Pour le reste, en revanche, on colmate, on maquille, on réprime… Bref, on chinoise.

Pékin by night...
Pékin by night...
Pékin : ça sent le soufre !
Pour lutter contre la «pollution», on se souvient que le parti avait déjà lancé une campagne contre les « traditionnels » crachats, mollards et autres glaviots, pas toujours du goût des occidentaux, qui viennent joncher les trottoirs de la capitale chinoise. Mais que faire pour rendre l'air respirable? La situation est déplorable à Pékin où le bleu du ciel a disparu depuis longtemps, laissant place à une grisaille permanente lourdement chargée en soufre. Pourtant la propagande l’assure : l’air est de bonne qualité. Tout est une question de point de vue. C'est ce qu'explique Julien Chol, un jeune Français qui vit à Pékin et tient un blog d'information sur la pollution dont les explications sont reprises par le site aujourdhuilachine.com: « Les données brutes sont les mêmes en Chine que dans d'autres pays, d'ailleurs les machines utilisées pour faire les mesures sont souvent les mêmes. (…) En revanche, les indices de pollution, c'est à dire l'échelle utilisée pour vulgariser ces données sont très différents. La qualité de l'air peut être considérée bonne à Pékin, elle sera mauvaise selon les critères de Paris ». A noter que grâce à l’assistance des soldats et des volontaires, les organisateurs ont quand même réussi à nettoyer le site des épreuves de voile, qui était recouvert d'algues vertes depuis un mois. On respire…

Un bar de nuit à Pékin...
Un bar de nuit à Pékin...
Le nettoyage des trottoirs…
Après la pollution, la prostitution. Là aussi, c’est à un véritable nettoyage des trottoirs que se livrent les autorités : il est impensable qu'on puisse associer Pékin au stupre et à la débauche. L’AFP affirme que « la police a fermé plusieurs des bars et centres de prostitution les plus connus. (…) Le durcissement à l'égard de la prostitution s'intègre dans un mouvement plus large visant à débarrasser la ville de toute scorie pendant les Jeux, et qui a abouti notamment à la disparition de beaucoup de mendiants ou dealers ».
Outre ce grand nettoyage d’été, il reste encore quelques menus détails à peaufiner pour donner un peu plus d’éclat à cette occasion unique de propagande offerte aux autorités chinoises par le si généreux et estimable Comité International Olympique.

Les hooligans chinois ? Non merci !
Ainsi du comportement des supporters. Pas question de passer pour des hooligans même si, comme le relate Philippe Massonnet, chef du bureau de l’AFP à Pékin, dans son livre Pour en finir avec le miracle chinois, la dernière coupe d’Asie de football en 2005 avait donné lieu à de nombreux débordements après la défaite des chinois face aux japonais. Débordements qui sont, d’ailleurs, le lot commun du championnat de football chinois.

Les signes démentiels du supporter chinois
D’après l’agence Chine Nouvelle, les manifestations codifiées olympiques consisteront à taper deux fois dans les mains, lever le pouce puis frapper l'air, poignets fermés, le tout en scandant « Aoyun » (« Allez les Jeux! ») ou « Zhongguo » (« Chine ! »), levez les poings en l’air avec les pouces dressés et crier « Jiayou » (« Allez ! ») Lever les poings en l’air, tendre les bras et crier à nouveau «Jiayou». Strict, cohérent, mobilisateur. Bref, ça va rigoler dans les stades.
Histoire de permettre aux athlètes de donner le meilleur d’eux-mêmes, les supporters pourront tout de même se laisser aller à quelques variantes. Le BOCOG (Comité d’organisation chinois) autorise à changer les slogans comme ils le souhaiteront, comme par exemple remplacer «Jeux olympiques» par le nom de leur athlète préféré, voire remplacer «Chine» par le nom d’un autre pays.

Campagne d'éducation des masses
Toujours animé par l’esprit fondateur d’éducation des masses, le gouvernement devrait lancer une campagne médiatique nationale pour habituer le public chinois à cette nouvelle coutume d'ici au 8 août, date d'ouverture des J.O.
L'initiative sera accompagnée par des entraînements in situ avec une trentaine d'équipes de démonstration mobilisées, et même des trainings dans les écoles. Chine Nouvelle ajoute que cela aidera les spectateurs à manifester leur joie ou leur émotion de manière « civilisée ».

440.000 hommes déployés à Pékin
440.000 hommes déployés à Pékin
Vivement la fin !
Pour prévenir toute effusion de quelque nature que ce soit, Pékin a évidemment fait appel à l’armée : « La ville est désormais ceinturée par des centaines de barrages routiers tenus par des soldats. Et près des sites olympiques, on aperçoit des armes de guerre... » témoigne l’envoyé spécial d’Aujourdhuilachine.com
selon lequel 440.000 hommes seraient déployés dans la capitale. Histoire de ne pas gâcher ce qui s’annonce comme un moment de joie spontanée, une fête de tous les instants, nous n’évoquerons donc ici ni le Tibet, ni la liberté de la presse, ni le sort fait aux dissidents placés sous contrôle ces dernières semaines, ni la censure de l’Internet.. etc.


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