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Régionales: quand le PS rejoue la carte FN

Lundi 1 Février 2010 à 05:01 | Lu 16091 fois I 78 commentaire(s)

Gérald Andrieu
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur

Monte? Monte pas? A l'Elysée, on ne croit pas à une flambée du vote frontiste. Il n'empêche, le FN pourrait filer un sérieux coup de pouce au PS en se maintenant au second tour dans une dizaine de régions comme l'Alsace ou la Paca. Et en Provence, on sait apparemment très bien manier cette stratégie mitterrandienne de la triangulaire…


«Il ne faut surtout pas diaboliser Thierry Mariani. Nous, nous savons très bien qu’il est de la droite dure. Mais il n’est pas nécessaire de le rappeler aux électeurs, de leur rappeler l’histoire des tests ADN…  » Cette phrase prononcée lors d'une réunion de militants de la région Paca par un membre du Secrétariat national du PS est claire. À la vue du CV de Thierry Mariani, les électeurs les plus « droitiers » pourraient être tentés de glisser un bulletin UMP dans l’urne en mars prochain. Mieux vaudrait qu’ils choisissent celui du Front national et de son vieux timonier, Jean-Marie Le Pen…


Après avoir finalement choisi de ne pas brûler sur l’autel du pragmatisme le principe de la retraite à 60 ans, certains au PS ont semble-t-il décidé de ne pas liquider un autre héritage de l’époque Mitterrand : l’agitation du chiffon noir Front national qui — triangulaires aidant — permet à la gauche de passer en tête au soir du second tour.


En Paca, la publication dans la presse d’un sondage commandé par le candidat socialiste et président sortant, Michel Vauzelle, vient d’ailleurs renforcer cette idée. En fin de semaine dernière, le patron de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a en effet rendu publics les résultats d'une enquête d’opinion réalisée par l'institut Isama lui conférant la victoire (quelle que soit la configuration au second tour) et créditant Jean-Marie Le Pen de 19% d’intentions de vote. Soit 7 points de plus que dans un sondage datant de fin octobre ! (voir graphique ci-dessous).



Régionales: quand le PS rejoue la carte FN

Troublante percée du Front national en seulement trois mois. Car si l’on se penche sur deux enquêtes réalisées exactement aux mêmes périodes (fin octobre 2009 et fin janvier 2010) en Languedoc-Roussillon, on ne constate pas une telle hausse du vote frontiste. Bien au contraire. Quand en Paca le FN gagne 7 points, en Languedoc-Roussillon il en perd 1, passant de 9% à 8%... (voir graphique ci-dessous) Le Sud-Est a beau être un formidable terrain de jeu pour l’extrême droite, la différence de progression a de quoi surprendre.


(captures d'écran: Election-politique.com)
(captures d'écran: Election-politique.com)

Régionales: quand le PS rejoue la carte FN

Est-ce à dire que la stratégie des socialistes de la région Paca visant à ne surtout pas stigmatiser Thierry Mariani pour faire monter Jean-Marie Le Pen fonctionne à merveille ? Peut-être. Mais il est tout de même difficile de l’affirmer. En revanche, une chose est sûre : la publication du sondage créditant le patron du FN de 19% des voix arrive très opportunément. « Jusqu’à présent, dans les sondages que nous avions eus le Front était très bas et les écologistes très hauts, confie un élu régional socialiste, S’il a été décidé de diffuser ce sondage, c’est pour alerter de la montée du FN. » Pour « alerter » ou pour offrir un formidable coup de pouce au Front, histoire de mettre en difficulté l’UMP ? Les conséquences de ce genre d’initiative, on le sait, sont à double tranchant.

Jérôme Sainte-Marie, le président de l’institut Isama à l’origine du fameux sondage se défend d’être « de ceux qui jouent avec le Front national ». D’ailleurs, explique-t-il, les 19% attribués à Jean-Marie Le Pen correspondent à un « score pondéré ». L’enquête réalisée par sa société laissait entrevoir, dit-il, des intentions de vote pour le Front national « jusqu’à 22%-23% », soit un résultat quasi équivalent à celui réalisé par le FN aux régionales de 2004. Comment explique-t-il alors cette progression de 7 points en l’espace de trois mois : « L’étude a été réalisée au zénith du débat sur l’identité nationale et la burqa, avec le débat sans Peillon et la sortie de Jean-Claude Gaudin  ».

Mais dans ce cas pourquoi ne retrouve-t-on pas cette progression en Languedoc-Roussillon ? Ses habitants ont pourtant eu droit au même débat bessonien… Pour Jérôme Sainte-Marie, l’explication est simple : « TNS-Sofres (auteur du dernier sondage en Languedoc-Roussillon, ndlr) se trompe ! ». D’ailleurs, il se targue d’être de ces rares sondeurs, lorsqu’il pointait encore à l’institut BVA, à ne pas avoir sous-estimé Le Pen en 2002 et à ne pas l’avoir surestimé en 2007. Plus sérieusement encore, il explique qu’il y aurait des sensibilités régionales. En Paca, les habitants seraient par exemple attachés aux thématiques « identitaires ». À l’inverse, en Lorraine où son institut a réalisé une enquête, le débat sur l’identité nationale n’aurait pas eu, selon lui, de répercussions sur le vote frontiste. En revanche, la « désespérance sociale » liée à la crise mobiliserait les électeurs lorrains en faveur du parti d’extrême droite. Ce fut le cas, explique-t-il à la rentrée...

Après tout qu’importent les explications. La reprise par les médias d’un sondage commandé par un des protagonistes — et qui plus est, l’éventuel vainqueur — est déjà, en soi, troublant. Mais que Michel Vauzelle se rassure : il n’est pas le seul à avoir usé de cette vieille ficelle (le « pas très catholique » Georges Frêche a fait de même il y a peu…). Comme il n’est pas le seul candidat socialiste à pouvoir rêver d’une « heureuse » triangulaire avec le Front national en invité surprise. Ce pourrait être le cas dans une dizaine de régions. La très bien informée « Lettre A »  croit par exemple savoir, après avoir pris connaissance de sondages confidentiels, que ce sera le cas en Alsace : « En l’état, la région Alsace passerait en mars à gauche. Pour deux raisons. Le candidat PS, Jacques Bigot, semble incarner le mieux la succession d'Adrien Zeller, le chef de fille (démocrate-chrétien) historique de l'Alsace, décédé l'an dernier. Tandis que le Front national pourrait passer la barre des 10% le 14 mars. Ce qui laisse augurer une triangulaire au second tour dans laquelle la tête de liste UMP, Philippe Richert, aurait tout à perdre. » Et le PS, tout a gagner...

Jean-Marie Le Pen : et sa notoriété, c’est du poulet ?


Le sondage réalisé par Isama avait de quoi le réjouir. 19%, voilà pour lui une bonne nouvelle. Mais le patron du Front a quand même trouvé à redire ! En plus des intentions de vote, l'institut de sondages a également testé auprès des sondés la notoriété des candidats. Enfin, de certains candidats : celle de Jean-Marie Le Pen n'a pas été évaluée... Du coup, le leader frontiste s'est fendu d'une courte lettre à Jérôme Sainte-Marie pour se plaindre. 


Le dirigeant d'Isama, lui, affirme que sa société s'est contentée de tester la renommée des « concurrents directs » de Michel Vauzelle. Explication peu convaincante : en plus de la notoriété du président socialiste sortant (connu de 77% des sondés), Isama a étudié celle de son concurrent de droite, Thierry Mariani (50%), celles de ses concurrents de gauche Jean-Marc Copolla (31%) et Laurence Vichniewsky (18%), ainsi que celle de… Jacques Bompard (43%), ancien du Front crédité de seulement 3% des intentions de vote ! Si Jean-Marie Le Pen pointe, lui, vraiment à 19% des intentions de vote et peut effectivement se maintenir au second tour, qu’est-il si ce n’est un « concurrent direct » ? Il fallait sans doute ne pas blesser l’orgueil du commanditaire du sondage, Michel Vauzelle, assurément moins connu que le dirigeant du Front national...










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