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Réforme des retraites: y a-t-il un pilote dans le mouvement?

Jeudi 7 Octobre 2010 à 12:01 | Lu 9457 fois I 79 commentaire(s)

Gérald Andrieu
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur

La mobilisation contre la réforme des retraites tient bon. Les syndicats semblent naviguer à vue. La journée du 12 octobre se présente comme un quitte ou double. Manifestement, les responsables ont choisi à la fois de créer les conditions d'un mouvement plus dur tout en s'en remettant à la base.


Rarement mouvement social aura été aussi difficile à appréhender. Y compris pour les médias, il faut bien le reconnaître. Chaque jour qui passe voit une certitude des « zéditorialistes » s’écrouler. Les manifestations devaient constituer un simple baroud d’honneur face à « l’inévitable » et forcément « nécessaire », disaient-ils, réforme des retraites et, voilà qu’à chaque nouvelle mobilisation, les cortèges se font plus imposants. Les dissensions entre organisations syndicales devaient rapidement se révéler au grand jour et, contre toute attente, le front tient bon. Mais si les médias ont du mal à cerner ce mouvement social, les dirigeants syndicaux eux-mêmes ne semblent pas beaucoup plus au fait de la suite à lui donner. Ce qu’ils expliquent être de la prudence ressemble parfois furieusement à des doutes sur ce que pourrait et devrait être l’avenir de la mobilisation.


Bernard Thibault le sait bien et, ce matin sur l’antenne de RTL, le leader de la CGT a essayé de convaincre du contraire : « Il n’y a aucune ambiguïté de notre côté. Il n’y a aucune ambiguïté ni aucun débat sur les objectifs et la démarche à suivre dans les rangs de la CGT. Ceux qui pensent, pour se rassurer, qu’il y aurait un problème de démarche ou de stratégie vont être démentis par les faits. J’ai dit que l’ensemble de la CGT irait jusqu’au bout ». C’est clair, net et précis. Du moins jusqu’à ce que Jean-Michel Aphatie lui demande de préciser sa pensée. « Eh bien c’est jusqu’au bout. Jusqu’au bout où les salariés seront disponibles pour se mobiliser. Mais nous n’allons pas décréter, nous, ce que veulent ou peuvent faire les salariés ». Prudence ou difficulté pour le « patron » de la CGT de saisir ce que veut véritablement la « base » ? Peut-être même les deux ? Difficile à dire…


Didier Le Reste, secrétaire général de la CGT-cheminots invité quelques minutes plus tard sur France Inter, sert en tout cas peu ou prou le même discours : « C’est de la responsabilité des organisations syndicales non pas de décréter, mais de débattre avec les salariés d’autres formes d’action qui peuvent peser un peu plus sur le pays, le gouvernement et le chef de l’Etat pour entendre raison. » Ne pas forcer le mouvement, mais l’accompagner. Être prudent, encore une fois. Car doute il y a. Quelques instants plus tard, Didier Le Reste qui explique ne pas vouloir « verser dans la météo sociale », reconnaît en effet ne pas savoir « de quoi demain sera fait ».


Comme il reconnaît tout aussi volontiers que la grève reconductible décidée dans les transports peut être une arme à double tranchant : « C’est une question qui est sérieuse parce que, par définition, les grèves dans les transports ne sont pas très populaires. », avoue-t-il avant d’essayer de convaincre de son bien-fondé : « Là, nous ne sommes pas simplement sur des questions corporatistes ou professionnelles. Nous portons aussi un enjeu de société. On porte aussi l’intérêt général. » 


La prudence de Le Reste se comprend. Il veut éviter le piège médiatique qui le ferait apparaître comme un « jusqu'auboutiste » ou comme un « ultra-corporatiste ».  Par ailleurs, le maintien de l'unité syndicale n'existe que si les dirigeants s'en remettent à la base, qui décidera finalement si elle se lance ou pas dans une épreuve de force avec le pouvoir. Pour nos amis éditorialistes, le brouillard risque donc de se poursuivre jusqu'au 12 octobre, jour de la prochaine mobilisation, ou même jusqu'au 13, où devraient se tenir, dans un certain nombre de secteurs d'activité, des assemblées générales votant sur la reconduction. On saura à ce moment-là si l'on a raison ou pas de croire ou de craindre le spectre des grèves de 1995.









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