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Réforme de l’audiovisuel public: et le gagnant est...TF1

Régis Soubrouillard | Mercredi 26 Novembre 2008 à 17:04 | Lu 21205 fois

Des spots citoyens entre 20h30 et 21 heures, un financement incertain, des députés UMP qui réclament la suppression du journal de France 3 National, les recommandations de la commission Copé aux oubliettes etc. La loi sur la réforme de l'audovisuel se révèle pain béni pour...TF1.



Réforme de l’audiovisuel public: et le gagnant est...TF1
Libération s’était déjà largement gaussé des cadeaux accordés à TF1 par la commission spéciale de réforme de l’audiovisuel, qualifiant l’examen de la loi de « fête du slip ». Cette semaine, c’est le Canard Enchaîné qui en remet une couche…L’hebdomadaire satirique revient sur le travail de lobbying entrepris par la chaîne du groupe Bouygues auprès des parlementaires afin d’imposer sa vision de la réforme.
Déjà les attaques convergentes contre l’access prime-time de France 2 répercutées par des personnalités aussi diverses que Jean-Claude Dassier, Frédéric Lefebvre ou Christine Albanel pouvaient laisser planer le doute. Le Canard révèle que TF1, associée dans une démarche commune avec Canal Plus et M6 sous l’égide de « l’association des chaînes privées » -une structure récemment créée- a commandé un rapport au cabinet de conseil en stratégie AT Kearney.

La taxe sur les chaines privées divisée par deux
Le document envoyé aux députés de la majorité en octobre « explique qu’une nouvelle taxe de 3% sur le chiffre d’affaires des chaînes privées accentuerait la détérioration probable de leurs comptes ».
Le document rédigé par TF1 recommande aux parlementaires « sans modifier son taux de plafonner la taxe à hauteur de 50% de l’accroissement constaté du chiffre d’affaires du redevable de la taxe par rapport à l’année de référence. Par ailleurs et quelque soit la croissance du secteur, le taux de la taxe ne saurait être inférieur à 1,5% du chiffre d’affaires». Le dispositif est repris presque au mot près par le rapporteur de la commission spéciale, Christian Kert. En clair : la taxe sur les chaînes privées est divisée par deux.

Membre de la commission Copé, Hervé Chabalier ne cache pas sa colère face aux manœuvres des députés UMP. Interrogé par l’Express, le directeur de l’agence Capa a clairement le sentiment de s’être fait enfumer : « Nous pensions avoir été entendus, à travers la Commission Copé. Nous espérions que nos conclusions, qui allaient dans le sens d’un soutien solide à la télévision publique, seraient prises en compte. Et c’est tout le contraire qui se produit. (…)Nous pensions avoir obtenu un financement pérenne pour France Télévisions et c’est l’asphyxie budgétaire qui se profile à l’horizon. Du pain béni pour les chaînes privées, un beau cadeau à TF1. Non seulement, l’exécutif semble vouloir garrotter la télévision publique, mais il entend aussi se mêler de l’éditorial, en préconisant, par exemple, la nomination de directeurs d’unités de programmes dans les chaînes ».

Copé, dindon de la farce
Et quid de Copé, président de la commission éponyme et par ailleurs à la tête du groupe UMP à l’Assemblée nationale? «  On ne l’entend plus. Il devait être le rapporteur de la loi Albanel, il ne l’est plus. S’est-il couché ? Il entérine sans broncher les amendements pro TF1 de l’UMP et avalise la ligne et les préconisations de Nicolas Sarkozy » ajoute Chabalier.

Difficile à joindre ces derniers temps, Copé a pourtant répondu aux questions des journalistes hier après midi. L’auteur de Promis, j’arrête la langue de bois -qui a subi un véritable camouflet, le président n’ayant pas suivi les recommandations de sa commission- a retrouvé ses fondamentaux de politicien histoire de ne pas perdre complètement la face : « le fond du sujet c’est que nous avons un projet pour la télé publique française qui est fantastique, qui est complet, dans lequel il y a des réponses à tous les éléments !» a-t-il lancé, sans rire. « On encourage la création ! On encourage une programmation qu’on ne verra nulle part ailleurs. On a trouvé les financements qui vont avec. Et surtout pour le téléspectateur c’est la perspective d’avoir des soirées qui vont commencer à 20h30 ».

Une loi favorable à TF1
Si l’intention première de supprimer la publicité sur le service public était louable, l’intense lobbying des opérateurs privés, secondé par la majorité parlementaire, dit toute l’ambiguïté des motivations réelles du président de la République. La redistribution des cartes s’annonce surtout favorable aux groupes audiovisuels privés comme ceux de Bouygues, Bolloré ou, dans une moindre mesure cependant, Lagardère. Que des amis du président ! Ce dernier étant convaincu qu'il faut donner à ces grands groupes audiovisuels français les moyens de s’affirmer sur la scène internationale.
L'agence de notation financière Standard & Poor's ne s'y est pas trompée. Dans sa dernière livraison, si elle abaisse les notes à long terme de TF1, elle explique que  «le groupe pourrait bénéficier de la révision de la loi sur l'audiovisuel, qui empêche un groupe de détenir plus de 49% d'une société de télévision, et d'une possible suppression de la publicité sur les chaînes publiques».

Interrogé sur cette question, Frédéric Lefebvre en bon professionnel du lobbying a tenté une explication : « En l'occurence, TF1, les chaînes privées, les chaînes de la TNT, la chaîne publique, le monde de l'internet, les entreprises de télécommunication, chacun essaie de faire valoir ses intérêts, de défendre les positions qui lui paraissent de nature à défendre au mieux leur capacité de peser sur ce monde de l'audiovisuel ». Il est des intérêts qui, étonnamment, retiennent donc beaucoup plus l’attention du pouvoir que d’autres.

Le service public attaqué frontalement
De son côté, jamais le service public de l’audiovisuel n’a paru aussi affaibli. Le patron des sports du groupe, Daniel Bilalian, interrogé ce matin par L'Equipe, ne se dit pas « rassuré » quant à l'avenir du financement de l'entreprise. Et le pire est encore à venir. Avant l’examen du projet de loi par l’assemblée, Jacques Myard député UMP des Yvelines déclarait « Il y a un journal télévisé de trop. Il faut en supprimer un. France 3 devrait garder le régional ». Lionnel Luca clarifiait les positions de son collègue : « France 3 national, on s'en fout. Le journal télévisé, juste avant celui de France 2, ça fait doublon. Il vaut mieux mettre le paquet sur le régional ».

Sans compter la proposition déjà formulée par six députés UMP désireux de voir «les créneaux libérés par les messages publicitaires sur les chaînes publiques  dédiés à la diffusion de spots ayant pour thèmes : l'éducation sanitaire et sociale, le développement durable, l'instruction civique et citoyenne et l'Union européenne».  Le ministère de la propagande n’aurait pas fait mieux.



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