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Réduction des déficits: la quadrature du cercle

Bernard Maris - France Inter | Vendredi 25 Juin 2010 à 07:01 | Lu 9730 fois

Alors que le président Obama presse les Européens de soutenir la reprise, la France pourra-t-elle réduire ses déficits ? C'est la question que se pose Bernard Maris, journaliste et écrivain.



La réduction des déficits, c’est la quadrature du cercle! Revenons sur un chiffre magique, le 3% de déficit budgétaire par rapport au Produit intérieur brut. D’où sort ce chiffre ? Pourquoi pas 2, 4, ou pourquoi pas zéro comme viennent de le décider les Allemands. Oui, pourquoi pas zéro ? Ce chiffre ne sort pas comme un lapin d’un chapeau, il a été savamment calculé par les économistes. Les économistes ont calculé que si l’inflation est de 3%, pour que la dette ne dépasse pas 60% du PIB, alors, il faut que le déficit, impérativement, ne dépasse pas 3%... A condition â€” et c’est le quatrième et dernier chiffre de la quadrature du cercle â€” que la croissance soit impérativement au moins égale à 3%. Voilà le calcul savant des économistes, cohérent, technique, rigoureux, exact, absolument pas politique. Si vous voulez limiter la dette à 60%, alors il vous faut impérativement 3% pour l’inflation, le déficit… et la croissance.

Sinon, la dette explose. Or aujourd’hui, on est à 8% de déficit et à 1,4 % de croissance. Donc ça va mal, très mal. Mais en frappant sur les 8%, en réduisant la consommation publique, on tape sur… la croissance !
Donc les Etats sont pris dans le dilemme : réduire le déficit, mais tuer la croissance. Or c’est la croissance qui permet de réduire le déficit ! C’est affreux, l’économie. Tout le monde est pour la réduction des déficits. Le président de la Cour des Comptes, Didier Migaud, exhorte l’exécutif à prendre, je cite, des mesures massives et immédiates, en gelant les salaires des fonctionnaires, en limitant les prestations sociales, en équilibrant les comptes sociaux, en allant plus loin dans la réforme des retraites, et oui, en allant plus loin, et en réduisant les niches fiscales de 10 milliards au lieu des 6 prônés par le gouvernement. Réduire les niches fiscales, en français, ça veut dire augmenter les impôts. Mais si vous augmentez les impôts, vous réduisez le revenu, donc la consommation, donc la croissance. Et il y a un risque supplémentaire. C’est l’effet cumulatif au niveau européen. Les Français veulent économiser 45 milliards en trois ans, les Allemands 80 milliards en quatre, ce qui est considérable, quand on sait que les deux économies, françaises et allemandes, sont étroitement imbriquées.

Comment s’en sortir ? Deux solutions. La première, coopérative, imaginerait une relance au niveau européen, mais elle est exclue, les Allemands n’en veulent pas. La seconde, le chacun pour soi, exige que chaque pays se batte contre les autres et trouve des ressources de productivité. En France. Première ressource de productivité : la délocalisation, mais l’ambiance n’est pas à la délocalisation avec la hausse du chômage 2°) la traque aux dépenses inutiles, aux gratifications inutiles, aux salaires exagérés, à tout ce qui dépasse la productivité du travail ; et enfin et surtout, 3°) troisième ressource de productivité, la qualité du travail ;
Ce qui veut dire que l’analyse de l’économie doit être remise sur ses pieds : le problème de l’équilibre budgétaire est la production. Et en amont de la production, il y a la formation professionnelle et générale qui coûte cher pour un maigre résultat. Il y a les exonérations de charges qui déqualifient le travail et pénalisent la productivité. Conclusion, il y a la vision comptable de l’économie, et la vision productive de l’économie. Il ne faut pas que la première fasse oublier la seconde.

Retrouvez les chroniques de Bernard Maris sur France Inter.




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