Recherche: évaluons les évaluateurs!Philippe Petit - Marianne | Mercredi 8 Juillet 2009 à 07:01 | Lu 3168 fois
La réforme de la recherche entend revoir entièrement la manière dont les chercheurs sont évalués. Estimer leur travail comme n'importe quelle production, dans le sillon d'une « économie de la connaissance ». Mais comment chiffrer la connaissance? C'est ce dont ont discuté, entre autres, Philippe Petit et ses invités dans l'émission Science et conscience du 2 juillet, sur France culture.
(photo: michael clarke stuff - Flickr - cc)
Tandis que dans nos universités une Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur s’impose comme le bras armé d’un nouveau dirigisme d’État, les résultats obtenus par cette nouvelle gestion publique s’avèrent à la vérité pitoyables. La crise des vocations continue ses ravages. Et la France qui était le troisième pays scientifique en 1970 se retrouve aujourd’hui au quatorzième rang. Quel gâchis !
Le pilotage qui a pris la forme d’un dirigisme exceptionnel pourrait bien s’apparenter à une navigation à vue. Et si l’idéologie de l’évaluation n’était que le signe de l’émergence d’une société qui bégaie ? Que faudrait-il faire ? Il faudrait se donner du temps et repenser à nouveaux frais les grandes orientations de la recherche nationale et européenne. Telle était l’intention de cette émission qui a réuni durant une heure Barbara Cassin, philologue et philosophe, directrice de recherches au CNRS, direcrice du centre Léon Robin, et Hans Wissman, philosophe à l’EHESS, ainsi qu’Isabelle This Saint-Jean, professeur d’épistémologie des sciences sociales à Villataneuse Paris-XIII, et présidente du collectif Sauvons la Recherche qui a su faire entendre sa voix au cours de l’année scolaire 2008-2009. L'économie de la connaissanceSouvenons-nous, le 11 mars les enseignants-chercheurs étaient encore entre 30 000 et 60 000 manifestants à défiler dans toute la France. Et le 4 juin, une manifestation sous le nom de « marche de tous les savoirs », la bien nommée Academic Pride, se déroulait à Paris. Les hussards de la République fustigent en effet des réformes menées à l’emporte pièce. Selon Isabelle This, « derrière le discours sur la nécessaire réforme technique et sur la modernisation, il y a en fait une véritable remise en cause de notre façon de travailler ». Les chercheurs critiquent surtout les nouvelles règles de l’évaluation de leurs travaux à travers la technique des « impact factors ». Cette méthode basée sur la notoriété des revues scientifiques dans lesquelles sont publiés leurs articles et le nombre de reprises auxquelles ils donnent lieu est assurément d’une efficacité douteuse. La nouvelle gestion publique, dite New Public Management (NPM) a seulement les apparences de la rationalité. Elle transpose sans trop réfléchir les normes du secteur privé au secteur public. Dans ce cadre, la clef de voûte de ce système hybride repose sur la primauté donnée, dans toue évaluation, à la mesure chiffrée, afin de promouvoir un pseudo-marché dénommé « économie de la connaissance ». Comment mesurer la production scientifique ? Et pourquoi cette nouvelle gestion publique européenne a-t-elle fini par s’imposer ? L’expérience d’Isabelle This, la bonne connaissance de l’Europe des deux autres invités, ont contribué à un échange fructrueux sur ces questions cruciales qui concernent autant l’avenir du CNRS que celui de la recherche en général… Isabelle This compte reprendre des forces pour une année 2009-2010 qui s’annonce difficile… À la veille des vacances, un tel bilan s’imposait.
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