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Rama et Zoé sont dans un bateau

Mardi 30 Octobre 2007 à 12:48 | Lu 13095 fois I 0 commentaire(s)

Nicolas Domenach

Par Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne.


Rama et Zoé sont dans un bateau
Le gouvernement aura le plus grand mal à échapper au naufrage de Zoé. Il sera au minimum éclaboussé ! A commencer par la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, Rama Yade, une des protégées de Nicolas Sarkozy, qui s’est et qui a été beaucoup mise en avant dans ce dossier, en raison de son allant, de ses capacités médiatiques et de son origine sénégalaise censés lui permettre d’être mieux entendue par les dirigeants tchadiens. Mais sa fougue et ses condamnations véhémentes d’une « opération illégale et irresponsable », selon les termes même de Nicolas Sarkozy, qu’elle a martelé sur tous les tons, ont accentué le malaise qui va éclater aujourd’hui au Parlement devant l’attitude trouble du gouvernement français.

D’abord, nombre d’élus n’admettent pas cette « sur-réaction », comme le dit le socialiste et ancien secrétaire général de l’Elysée, Jean-Louis Bianco. Autrement dit, cette façon d’enfoncer nos ressortissants de la part d’une secrétaire d’Etat, alors que le ministre des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, se montre tellement discret… On aurait pu attendre d’avantage de soutien, en tout cas au minimum de la circonspection de la part du gouvernement ; certains même espéraient que les autorités françaises puissent demander à ce que soient pris en compte les arguments de la défense, avant de condamner sans appel ces humanitaires égarés. Mais la secrétaire d’Etat, comme l’ambassadeur de France qui n’a pas même évoqué sérieusement l’hypothèse que les Français puissent être jugés sur le sol national, ont tellement accablé ces zombies de Zoé, ils ont paru tellement « se coucher devant le Tchad », comme l’a affirmé François Hollande, qu’ils ont attiré la suspicion, les pires doutes sur les motivations d’une conduite gouvernementale aussi caricaturale.

Que cache cette « sur-réaction » qui n’est guère dans les us et coutumes diplomatiques, qui a fait monter le prix des mis en examen français et peut favoriser tous les chantages ? Sans doute y a-t-il la volonté de préserver une des priorités sarkozystes en politique étrangère mise en cause par cette opération abracadabrantesque : la constitution d’une force de paix dans cette région meurtrie, l’Eufor, à ossature française, et que le Tchad avait acceptée alors qu’elle avait été refusée à Dominique de Villepin, l’ancien Premier ministre. Sans doute également est-ce pour cela que Nicolas Sarkozy a appelé personnellement le Président tchadien pour lui manifester sa solidarité et prendre ses distances, lui aussi, avec l’Arche de Zoé. Mais cette noble motivation n’en jette pas moins une lumière encore plus crue sur les disfonctionnements, les incohérences de l’attitude des puissances françaises. Quel rôle exactement ont joué les forces armées qui ont transporté, à trois reprises, ces Zorro illuminés ? Si la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme avait déconseillé fermement la poursuite de l’opération, pourquoi y a-t-il eu « suite », même sous un nom d’emprunt, mais qui ne trompait personne ? Qu’ont fait exactement les ministères des Affaires Etrangères et de la Défense ? A quoi donc étaient occupés les services de renseignements ?

Il y aura des comptes à rendre que veulent exiger dès aujourd’hui les parlementaires, certains réclamant une commission d’enquête et s’apprêtant à demander à ce que soit entendu le ministre de la Défense et celui des Affaires Etrangères qui se font si discrets. C’est d’ailleurs Bernard Kouchner en personne qui est dans la ligne de mire, non seulement de certains de ses ex-petits camarades socialistes, mais aussi de ceux qui, à droite, n’ont jamais accepté sa promotion comme ministre en charge de la politique extérieure du pays. Pas seulement parce qu’il vient de la gauche, mais surtout parce qu’il incarne une diplomatie droit-de-l’hommiste qui, selon eux, porte tous les excès comme les nuées l’orage. On ne ferait pas de bonne politique étrangère avec de bons sentiments. C’est ce que croit, entre autres, un ancien ministre comme Hervé de Charrette qui déplore le « manque de vigilance » de la France, mais relève que c’est un défaut d’attention inévitable dans cette ambiance humanitaire où l’on croit et l’on veut faire croire qu’on va pouvoir toujours sauver plus de vies en transgressant si besoin le droit international, en oubliant l’histoire des peuples, les rapports de force. C’est la grande revanche des réalistes sur les utopistes, des cyniques sur les naïfs, les Don Quichotte. Et l’on ne se fait pas faute de rappeler cette envolée alarmiste de Yama Rade, en octobre dernier : « On tue toujours au Darfour. On meurt toujours au Darfour. C’est le cas, chaque jour, de 75 enfants »… Une déclaration à la trompette dont auraient pu se revendiquer les militants de Zoé qui, eux aussi, prétendaient vouloir sauver des vies, sauver le monde mieux que le monde, donner corps vivant à l’idéalisme vibrant et vibrionnant, au droit d’ingérence kouchnérien. Ainsi, l’Arche de Zoé ne va pas sombrer tout seul.






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