Marianne2 2012

Rachida, Carla, Nicolas : Elysée parano

Mercredi 7 Avril 2010 à 11:52 | Lu 50844 fois I 145 commentaire(s)

Bénédicte Charles

Comment une rumeur lancée un beau matin devant la machine à café peut-elle se changer en une «tentative de déstabilisation» du président et un lynchage de son ex grande copine et ministre de la Justice Rachida Dati? C'est simple : il suffit d'un soupçon de paranoïa. Ça tombe bien, Sarkozy n'en manque pas. Récit d'une machination (à café).


Au début, l’affaire ressemblait à un scénario de sitcom sentimentale mâtinée de téléréalité, façon « Le loft de l’amour » :
« Résumé des épisodes précédents : Carla-Pamela et Nicolas-JR forment un couple exceptionnel. Il est super intelligent, elle est super belle. Imaginez un peu quand ils feront des enfants ! (certes, il y a toujours le risque que les marmots en question héritent de l’intelligence de maman et de la beauté de papa, mais bon, on ne va pas chipoter). Seule ombre au tableau : Rachida-Sue Ellen. Elle aime Nicolas-JR en secret depuis toujours. Lorsqu’il s’est séparé de Cécila-Ewing, elle a cru son heure arrivée. Mais non. Il lui a préféré la sulfureuse Carla-Pamela. Depuis, Rachida-Sue Ellen a juré de se venger et de faire tout son possible pour briser ce merveilleux ménage.
Lorsqu’une rumeur d’infidélités au sein de ce couple si brillant qu’il en éclipse le soleil arrive aux oreilles de Rachida-Sue Ellen, celle-ci pense tenir sa revanche. Mais c’est sans compter la perspicacité de Nicolas-JR, qui comprend rapidement ce que la sinistre Rachida-Sue Ellen fomente et décide aussitôt de lui supprimer sa voiture avec chauffeur pour lui apprendre un peu la vie
 ».

Mais c’était avant. Car maintenant, l’affaire de la rumeur ressemble plutôt à ça :

Dans un Palais de l'Elysée où le président vit entouré de conseillers et de courtisans, où l'évocation même, après les élections régionales, du «désamour» des Français par la députée UMP Jacqueline Irles est vue par ses pairs comme une bravade (voire une attitude kamikaze), la moindre rumeur est vécue comme une tentative de coup d'état.
Les récentes saillies de Sarkozy en disent long sur son état d'esprit : on veut sa perte, c'est un complot médiatique international. Ainsi, en réponse à Jacqueline Irles, le président explique: «Tous les matins, je me prends un bol de dégueulasseries. On a même dit que j'allais divorcer après les régionales». Puis, lorsqu'il évoque l'engagement de Fillon dans la campagne électorale : «C'est quand même moi qui paie l'addition». Carla s'y met elle aussi dans le Figaro Madame en déclarant : «Le monde médiatico-politique est absolument violent».
Sans parler des courtisans, ministres ou conseillers. «Nous avons peut-être affaire à une tentative de déstabilisation internationale contre Nicolas Sarkozy. Le fait que ces rumeurs aient été relayées dans la presse en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Suisse peut faire penser à un complot, alors que la France s'apprête en 2011, à prendre la présidence du G20», a expliqué sans rire, selon le Canard enchaîné, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux. Amusant, lorsqu'on sait comment la rumeur a été lancée : un beau matin devant la machine à café.
Luc Chatel interrogé ce matin sur Europe1, estime pour sa part que c'est la démocratie qui est en danger: «La rumeur est insupportable, elle pollue la démocratie».
Quant à Pierre Charon, il mène une véritable croisade contre les odieux comploteurs qui, c'est sûr, ont voulu faire un putsch médiatique contre le président — et donc contre la France. « Nous faisons de cette ignominie un “casus belli”. Nous voulons aller jusqu'au bout pour que cela ne se reproduise plus jamais. Comme on dit, la peur doit changer de camp», a déclaré le conseiller élyséen au Nouvel Obs. Avant d'en dire un peu plus à Rue89 : «Maintenant, on va voir s'il n'y a pas une espèce de complot organisé, avec des mouvements financiers, pourquoi pas. »
Une thèse accréditée par l'avocat de Nicolas Sarkozy, interviewé hier sur RTL : «Je ne peux pas exclure une machination ou que certaines personnes aient eu envie, soit par intérêt personnel, soit par intérêt financier ce qui serait encore plus immoral, de tenter de déstabiliser le président de la République et son épouse».
Mais qu'on se rassure : Pierre Charon a les noms. Et lorsque le journaliste de Rue89 lui rappelle que Sarkozy n'est pas le premier (ni le dernier) président à faire l'objet d'infâmes rumeurs — Cf. les Pompidou et l'affaire Markovic — le conseiller de Sarkozy répond, vaguement menaçant : «Oui, c'est vrai. D'ailleurs je crois savoir que M. Pompidou gardait toujours sur lui une liste des noms des responsables. » Sous-entendu : les responsables seront suspendus à des crocs de boucher.

C'est le cas de Rachida Dati. Après s'être vu supprimer voiture avec chauffeur et escorte au soir du second tour, elle se retrouve dans l'obligation de se défendre dans les médias — assez piteusement. Ainsi, ce matin sur RTL, a-t-elle répondu aux questions de Jean-Michel Aphatie qui ne portaient que sur les fameuses rumeurs, à l'exclusion de tout autre sujet. L'occasion pour Rachida-Sue Ellen de se livrer à une vibrante déclaration d'amour à l'unique intention de Nicolas-JR, dont on comprend qu'il refuse désormais de la prendre au téléphone et la contraint par conséquent à passer par les ondes radio pour lui parler. De quoi… alimenter toutes les rumeurs, non?


Bref, on a la machination (à café) financière, la liste de noms, les crocs de boucher. Ne manque plus que Villepin. Ça tombe bien, il n'est pas loin. «Outre le nom de Dati, celui de Dominique de Villepin est aussi évoqué par certaines sources proches du chef de l'État parmi ceux qui ont pu contribuer à amplifier cette rumeur», explique ainsi le Figaro.

Il y a aussi Al Qaïda et les méchants envahisseurs venus de l'espace. Mais ça, c'est pour la prochaine fois.








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