Qui veut la peau des services publics?
Vendredi 7 Janvier 2011 à 12:01 | Lu 15165 fois I 58 commentaire(s)
Philippe Lesaffre - Marianne
Les services publics sont-ils en train de disparaître petit à petit ? C'est ce que pense Jacques Cotta, dont le dernier ouvrage : «Qui veut la peau des services publics?» vient de paraître. Le journaliste imagine un monde sans fonctionnaire, comme pour mieux défendre ce qui constitue à ses yeux une certaine conception de la société, une république basée sur la sauvegarde de l'intérêt général.
Français, éternels pessimistes ? Nombreux sont ceux, en effet, qui voient la vie en noir. Si l’on se fie à la seule lecture du dernier ouvrage de Jacques Cotta, «Qui veut la peau des services publics ?» (éditeur : Jean-Claude Gawsewitch), on pourrait en déduire que son auteur fait partie de ces gens d’humeur mélancolique.
L’auteur songe à l’avenir, il imagine un monde en 2084 où la retraite est à 78 ans, où les pensions sont négligeables. Une société sans sans fac ni lycée. Ou presque : seules les universités d’excellence ont pu survivre dans le but de former une élite, censée encadrer «la masse». Juste un cauchemar ou la réalité de demain ?
Retour en 2010 : la situation des services publics préoccupe Jacques Cotta. Les fonctionnaires, victimes de «pressions au boulot» (p. 301), « baissent les bras (p.22), se suicident. Et ne peuvent rien faire face à la « détérioration (et la fermeture aussi bien en ville qu'à la campagne) des services publics » (p.23), souvent peu équipés.
Jacques Cotta, qui mêle dans son récit témoignages de fonctionnaires issus des quatre coins de la France et son propre avis, fustige, en particulier, les files d’attente dans les bureaux de poste. Il se penche également sur le gouffre de la sécurité sociale. A cause de la chasse au déficit, certains médicaments ne sont plus remboursés, s’étonne-t-il, alors que «les Français se soignent» (p. 91).
Il dénonce les suppressions de postes des fonctionnaires, «incapables d’assumer humainement et correctement leur fonction» (p.82). En particulier dans le domaine de l’éducation nationale. 16000 personnes vont perdre un emploi d’ici 2013, rappelle Jacques Cotta. Le journaliste se montre dépité face aux classes qui ferment en raison du manque de moyens, notamment dans les zones rurales. S’agace quand il entend que certains professeurs au lycée se retrouvent obligés d’exercer d’autres emplois au sein de leur établissement, tel conseiller d’orientation.
Conclusion de Jacques Cotta : «La notion de service public (de proximité) se trouve ainsi chamboulée» (p.164). L’auteur esquisse même une allusion au célèbre roman de George Orwell : 1984. Selon lui, dans le monde d'aujourd'hui, tout le monde doit surveiller tout le monde, le journaliste évoque «la culture du résultat », parfois dénoncé, par exemple, par des syndicats de police.
A qui la faute ? L’auteur pointe du doigt les politiques de toutes les obédiences. Gauche et droite restent responsables. Il accuse d’abord Raymond Barre et sa rigueur. Puis François Mitterrand et le traité de Maastricht qui a instauré «la concurrence libre et non faussée». En prennent ensuite pour leur grade Lionel Jospin autant que Nicolas Sarkozy.
Votée en août 2001, la LOLF, «outil de la réforme de l’État, de la décentralisation et de la régionalisation», a été votée «dans un climat des plus consensuels (…) par le PS et l’UMP». Elle instaure, déplore Jacques Cotta, une «logique de résultats et non de moyens» (p.147). Soit sept ans avant la loi sur la Révision générale des politiques publiques (RGPP), chère à l’actuel chef de l’État.
Une mesure que désapprouvent certains maires de petites communes «qui voient peu à peu les services de l'État disparaître», explique Jacques Cotta.
Jacques Cotta, Qui veut la peau des services publics?, Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 18, 90 euros
L’auteur songe à l’avenir, il imagine un monde en 2084 où la retraite est à 78 ans, où les pensions sont négligeables. Une société sans sans fac ni lycée. Ou presque : seules les universités d’excellence ont pu survivre dans le but de former une élite, censée encadrer «la masse». Juste un cauchemar ou la réalité de demain ?
Retour en 2010 : la situation des services publics préoccupe Jacques Cotta. Les fonctionnaires, victimes de «pressions au boulot» (p. 301), « baissent les bras (p.22), se suicident. Et ne peuvent rien faire face à la « détérioration (et la fermeture aussi bien en ville qu'à la campagne) des services publics » (p.23), souvent peu équipés.
Jacques Cotta, qui mêle dans son récit témoignages de fonctionnaires issus des quatre coins de la France et son propre avis, fustige, en particulier, les files d’attente dans les bureaux de poste. Il se penche également sur le gouffre de la sécurité sociale. A cause de la chasse au déficit, certains médicaments ne sont plus remboursés, s’étonne-t-il, alors que «les Français se soignent» (p. 91).
Il dénonce les suppressions de postes des fonctionnaires, «incapables d’assumer humainement et correctement leur fonction» (p.82). En particulier dans le domaine de l’éducation nationale. 16000 personnes vont perdre un emploi d’ici 2013, rappelle Jacques Cotta. Le journaliste se montre dépité face aux classes qui ferment en raison du manque de moyens, notamment dans les zones rurales. S’agace quand il entend que certains professeurs au lycée se retrouvent obligés d’exercer d’autres emplois au sein de leur établissement, tel conseiller d’orientation.
Conclusion de Jacques Cotta : «La notion de service public (de proximité) se trouve ainsi chamboulée» (p.164). L’auteur esquisse même une allusion au célèbre roman de George Orwell : 1984. Selon lui, dans le monde d'aujourd'hui, tout le monde doit surveiller tout le monde, le journaliste évoque «la culture du résultat », parfois dénoncé, par exemple, par des syndicats de police.
A qui la faute ? L’auteur pointe du doigt les politiques de toutes les obédiences. Gauche et droite restent responsables. Il accuse d’abord Raymond Barre et sa rigueur. Puis François Mitterrand et le traité de Maastricht qui a instauré «la concurrence libre et non faussée». En prennent ensuite pour leur grade Lionel Jospin autant que Nicolas Sarkozy.
Votée en août 2001, la LOLF, «outil de la réforme de l’État, de la décentralisation et de la régionalisation», a été votée «dans un climat des plus consensuels (…) par le PS et l’UMP». Elle instaure, déplore Jacques Cotta, une «logique de résultats et non de moyens» (p.147). Soit sept ans avant la loi sur la Révision générale des politiques publiques (RGPP), chère à l’actuel chef de l’État.
Une mesure que désapprouvent certains maires de petites communes «qui voient peu à peu les services de l'État disparaître», explique Jacques Cotta.
Jacques Cotta, Qui veut la peau des services publics?, Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 18, 90 euros
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