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Qui sommes-nous? L'opposition?Laurent Laurent | Vendredi 21 Novembre 2008 à 10:45 | Lu 7389 fois
Par Laurent Laurent. Les opposants à Sarkozy sont si divers qu'ils ressemblent à une liste à la Prévert. Comment pouvons-nous nous entendre, si nous ne savons pas comment nous appeler? Mais quel nom choisir?
À l’heure où le Parti Socialiste est vraiment coupé en deux (au bas mot) et où l’on s’égaille en nombreux courants et partis, alors qu’un jour il faudra bien, au contraire, s’unir mais que cette union semble bloquée (ah malheur), on pourrait s’avancer un peu en se posant la question de ce que nous sommes. Pour cela, peut-on trouver un mot, un nom pour nous qualifier. Comment nous appelons-nous ?
A la recherche du nom perdu Il s’agit de trouver un mot d’actualité pour qualifier le sous-ensemble des Français qui subissent la politique actuelle et sont sensés vouloir que ça change demain, au point de voter ensemble, le jour venu, pour réaliser l’alternance. Un vocable sous lequel se regrouper, depuis l’extrême-gauche jusqu’au centre , comprenant les non-possédants, les républicains et les démocrates, les restes de la gauche, les radicaux avec les modérés, ceux qui ont voté Ségolène Royal au 2ème tour avec les petits, les sans-grade et les énervés. Au travail (dans le désordre). D'abord, on ne peut pas s’appeler les « pauvres » même si ce vocable a un certain avenir, car il y aura des classes moyennes flouées à rallier. On ne peut pas non plus dire les « ouvriers ». Ni les « prolétaires » au sens premier. Ça fait trop XXème siècle. Et deuxième phase du communisme. Le terme « employés » fait trop bureau, voire bureaucratie. Ensuite il y a « travailleurs » qui n’est pas mal. Mais malheureusement porte la marque de la caricature d’Arlette Laguiller. Baptême La « France d’en bas », ça fait communication de fourbe, à la Raffarin-Chirac. Comment peut-on y croire ? Et ce n’est pas à l’adversaire de baptiser son opposant naturel. Il y a bien le « peuple »… C’est pertinent mais usé. Un peu trop Révolution française, comme « Tiers-état ». On pourrait dire les « citoyens » ou les « républicains » mais en fait cela correspond à ceux qui respectent seulement le système légal, non sans fierté parfois. Cela ne suffit pas pour construire une nouvelle équité. Car rappelons-le, le but de l’alternance politique ce n’est pas seulement un changement de dirigeants, mais un changement de politique ; sinon prenons un nom comme les Montaigu ou les Capulet, familles rivales dans Shakespeare : ou Gibelins contre les Guelfes dans le Florence de la Renaissance, pour de simples querelles de pouvoir. Et rappelons aussi que le beau terme de républicain fut galvaudé naguère par les Républicains Indépendants giscardiens – ah malheur ! – ainsi que le RPR qui fut « pour la République », beau contre sens. Et que dire du Parti Républicain américain, aujourd’hui ? Ah malédiction ! Scrogneugneux Alors, on pourrait s’appeler les « anti-sarkozystes » ? Trop réducteur, pas assez politique. Le « Tout-Sauf-Sarkozy » n’a pas trop marché à la dernière présidentielle, dit-on. Bon. Dans notre société du vrac, dans les romans à la mode, on trouve les « gens » . Terme minimalo-naturaliste qui a l’inconvénient de comprendre aussi les possédants, les passants, enfants ou vieux et les scrogneugneux. C’est comme le terme « le public ». Non. Ensuite, il y a « les petites gens ». Impossible ! Pourquoi pas la « canaille » non plus ? Sous l’Empire romain, on parlait de la « plèbe » (terme cité à l’occasion par Michel Onfray). Et dans la Grèce Antique, les « esclaves » qui était ceux qui travaillaient. Impossible. Il y a encore les « anti-capitalistes », terme qui fait son chemin, mais qui ne comprend pas les centristes et libéraux, partisans du système (hélas), mais indispensables pour l’alternance. Il y a eu récemment les « alter-mondialistes » qui se sont évaporés. Ah ce n’est pas facile ! Bien sûr, ce terme regroupe aussi les « exclus », les « immigrés économiques », les « sans papiers », les « sans logement », et les « sans travail », les « démunis ». Parties qui ne sont pas le tout, mais qu’il faut comprendre. Ainsi qu’en d’autres termes les « quidams », les « nécessiteux », les « péquenauds », les « ploucs », les « mimiles » et les « gueux », les « manants », les « roturiers »… Que dire ? Que faire ? Alors ne nous compliquons pas : disons la « gauche ». Soit en cartel, en union, en plurielle, en front populaire, aujourd’hui en « durable ». Mais le MoDem a juré que ça n’existait plus. Donc pas de majorité sur le nom seul de « gauche ». Dire « le centre et gauche » et ce sera la gauche de gauche qui fera une crise. Que faire, disait Lénine ? Alors on pourrait-on dire : « ceux-qui-gagnent-moins-de-quatre-mille-euros-par-mois » ? C’est tout à fait majoritaire mais trop long. On ne va pas dire non plus les « moins 4000 » ! Ou les « QSP moins ». Ou, tenez, se regrouper sous un symbole, comme la coalition de l’Olivier. Bof, ça manque de politique tout de même et peut faire long feu. On ne peut se revendiquer d’une couleur : le noir, le rouge, le rose, le vert, l’orange ? Aujourd’hui, la couleur arc-en-ciel est proposée. Mais bon… Liste à la Prévert Allons, Français, encore un effort ! Il s’agira d’un nom regroupant une liste à la Prévert. Où le mariage de la carpe et du lapin est tenté. Ce qui est a priori impossible, mais si ces deux-là se regroupent sous le terme : les animaux, alors ils peuvent revendiquer leurs droits. Et nous voilà sauvés. Et si l’on trouve un nom, ce sera peut-être comme un titre, il suffira d’écrire le livre qui s’en suit (de bons livres ont déjà été écris à partir d’un bon titre). Ah, j’ai oublié : ce nom pourrait être celui d’une personne derrière laquelle on se regrouperait pour renverser les forces de droite. Un nom propre ! Oui mais lequel ? Juste après l’élection de Sarkozy, des commentateurs avisés avaient judicieusement analysé que celui qui battrait Sarkozy en 2012 ou 2017, était encore un inconnu. Grande finesse d’analyse, le nom inconnu. Retrouvez Laurent Laurent sur son blog .
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