Quelles chances pour Sarkozy? Rozès (CAP) répond (3/3)
Samedi 17 Septembre 2011 à 18:01 | Lu 11280 fois I 0 commentaire(s)
Propos recueillis par Laureline Dupont - Marianne
Cote de popularité en berne, sondages défavorables, Nicolas Sarkozy semble en bien mauvaise posture. Marianne a demandé à trois sondeurs d'analyser et d'expliquer les scores médiocres du chef de l'Etat. Pour Stéphane Rozès, président de Conseils, analyses et perspectives (CAP), Sarkozy a désacralisé la fonction présidentielle.
Marianne : Après une légère remontée au début de l'été, Nicolas Sarkozy continue de chuter dans les sondages, comment l’expliquez-vous ?
Stéphane Rozès : Sa difficulté à tirer parti de l’affaire DSK, de la Libye, du réflexe d’unité nationale -qu’il devrait y avoir autour du chef de l’Etat quand il y a une crise financière- révèlent peut-être que les Français tiennent toujours rigueur à Sarkozy, non pas tant du fond de sa politique, mais de la façon dont il exerce la fonction présidentielle.
Il y a eu une petite amélioration de sa cote de popularité mais il peine à restaurer sa présidentiabilité. Seul un Français sur deux estime qu’il a la stature présidentielle, et tout se passe comme si, pour l’heure, il ne renouait pas le lien avec les Français, malgré ses efforts de communication. Le caractère inégalitaire de sa politique est vivement critiqué, le fait qu’il ait tellement tiré vers le bas la fonction politique. On dirait que les Français attendent le moment où, rentrant en campagne, il va enfin s’expliquer devant eux sur ce qui s’est passé de ce point de vue là durant tout son mandat. Je pense que c’est une condition nécessaire mais pas suffisante pour qu’il décolle dans les sondages.
On a le sentiment que son dynamisme sur le plan international et son succès en Libye ne lui rapportent presque rien…
Je constate effectivement sa difficulté à tirer parti de réussites sur le plan international comme la Libye. De plus, dans la crise actuelle, le réflexe des Français pourrait être de se retrouver derrière des gouvernants. Or pour Sarkozy, l’amélioration des sondages est très faible. Les Français attendant une grande explication, visiblement ce ne pourra se passer qu’à partir du moment où Nicolas Sarkozy aura basculé dans la présidentielle. Il est assez maître du calendrier. Il aurait intérêt à faire un sprint et en même temps, une explication de fond auprès des Français nécessite ensuite de renouer le contact.
Pour vous, Nicolas Sarkozy est fini ?
Il peut dire : « J’ai été responsable jusqu’au bout, vous connaissez mes défauts, mes qualités, au moins avec moi vous savez ce qu’il peut advenir. » Ce serait un vote par contraste.
Ce qui me rend interrogatif c’est que les anciens présidents sortants qui se représentaient étaient critiqués sur le contenu de leur politique ou leur absence de politique, le fait qu’ils soient des « rois fainéants » par exemple. Là, ce qui rend les choses plus compliquées pour lui, ce n’est pas tellement le fond de sa politique mais le fait qu’il ait désacralisé la fonction, qu’il ait donné le sentiment de se demander sans cesse comment tirer un profit personnel des dossiers auxquels il était confronté.
Selon vous, quel est l’enjeu pour Sarkozy durant cette campagne ?
La question est plutôt quel est l’enjeu pour le candidat socialiste. Je pense que si le candidat PS arrive à faire la démonstration que les phénomènes économiques ne sont pas des phénomènes qui s’imposent à la volonté humaine, faire la démonstration que la force des logiques financières vient de la faiblesse des politiques alors, cela peut mettre Nicolas Sarkozy en difficulté. Si cette démonstration n’est pas faite, Sarkozy peut tirer parti de la crise financière.
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