Quel avenir préparent les parents pour leurs enfants ?
Mercredi 14 Décembre 2011 à 12:01 | Lu 5514 fois I 36 commentaire(s)
Elie Arié - Tribune
Suite à un dossier du Monde consacré aux « jeunes d'aujourd'hui », Elie Arié constate, chiffres à l'appui, que la natalité baisse, que les parents consacrent plus d'argent mais moins de temps à leurs enfants. Des comportements individualistes couplés à des choix collectifs qui pèseront lourd pour les générations suivantes selon lui...
Le Monde a récemment consacré un dossier aux « jeunes d’aujourd’hui », et à leur comportement vis-à-vis des vieux (c’est-à-dire aux plus de 30 ans) ; tentons l’exercice inverse, consistant à réfléchir au comportement actuel des « non-jeunes » vis-à-vis de leurs enfants, en nous appuyant autant que possible sur des bases chiffrées, c’est-à-dire plus objectives et moins moralisatrices.
L’ Europe occidentale est marquée par la chute vertigineuse, depuis un peu plus d’un demi-siècle, du nombre d’enfants par couple, allant actuellement de 2 à 1,3 (les chiffres les plus bas étant bizarrement le fait des pays les plus catholiques, ceux dont la religion interdit le plus explicitement la contraception...) ; qu’il semble loin, le temps où l’Académie Française décernait le prix Cognacq-Jaÿ (existe-t-il encore ?).pour récompenser les familles ayant au moins cinq enfants, et souvent beaucoup plus, proposées en exemple que chacun se devait d’imiter !
Parallèlement, on n’a jamais vu dans l’Histoire les parents consacrer autant d’énergie et d’argent à leur enfant unique (ou à leur 1,8 ou 1,3 enfant), dans la mesure de leurs moyens : les meilleurs établissements scolaires, l’inscription aux cours de plus en plus chers de préparation aux concours des grandes écoles, les plus beaux vêtements, une chambre personnelle chaque fois que possible, les consoles de jeux, les séjours linguistiques pour perfectionner leurs connaissances de langues étrangères, etc., sans parler des indispensables leçons particulières de judo, de danse folklorique occitane et de harpe celtique...
L’ Europe occidentale est marquée par la chute vertigineuse, depuis un peu plus d’un demi-siècle, du nombre d’enfants par couple, allant actuellement de 2 à 1,3 (les chiffres les plus bas étant bizarrement le fait des pays les plus catholiques, ceux dont la religion interdit le plus explicitement la contraception...) ; qu’il semble loin, le temps où l’Académie Française décernait le prix Cognacq-Jaÿ (existe-t-il encore ?).pour récompenser les familles ayant au moins cinq enfants, et souvent beaucoup plus, proposées en exemple que chacun se devait d’imiter !
Parallèlement, on n’a jamais vu dans l’Histoire les parents consacrer autant d’énergie et d’argent à leur enfant unique (ou à leur 1,8 ou 1,3 enfant), dans la mesure de leurs moyens : les meilleurs établissements scolaires, l’inscription aux cours de plus en plus chers de préparation aux concours des grandes écoles, les plus beaux vêtements, une chambre personnelle chaque fois que possible, les consoles de jeux, les séjours linguistiques pour perfectionner leurs connaissances de langues étrangères, etc., sans parler des indispensables leçons particulières de judo, de danse folklorique occitane et de harpe celtique...
Plus d'argent consacré, mais moins de temps
Dès le début de ce phénomène, au début des Trente Glorieuses, Alfred Sauvy avait remarqué à quel point il était économiquement logique : dans des familles vivant dans des pays en plein boom économique mais où, de plus en plus, les deux parents travaillaient (disparition de la « femme au foyer »), ce n’était pas l’argent qui manquait le plus, mais le temps : d’où le choix de moins d’enfants, mais auxquels on consacrait davantage d’argent : le couple actuel consacre une part bien plus importante de son budget à son 1,8 enfant que celui d’avant-guerre à ses 7 enfants ou davantage, mais aussi beaucoup moins de temps.
Mais, contrastant avec ces comportements individuels, on n’aura jamais vu un comportement collectif aussi égoïste vis-à-vis de la génération suivante : les dettes souveraines fabuleuses que nous accumulons pour maintenir notre train de vie et qu’ils devront payer ; le déficit abyssal de l’assurance-maladie, qui consiste tout simplement à nous soigner aux frais de nos enfants (« j’exige le remboursement de mes cures thermales, que mes enfants payeront ; et, s’il leur reste de l’argent, ils pourront éventuellement soigner leurs infarctus ») ; l’exigence de bénéficier à 60 ans d’une retraite par répartition, qui pèsera d’autant plus lourdement sur leurs futurs salaires que l’espérance de vie continuera à augmenter (1), etc.
En somme, en comparant ces comportements individuels et ces choix collectifs : nous avons choisi de transférer le coût d’un niveau de vie que nous n’avons plus les moyens de maintenir sur la génération suivante, et chacun s’emploie ensuite à tâcher de permettre à ses seuls enfants personnels de tirer leur épingle du jeu que nous avons imposé à tous : est-ce vraiment la stratégie la plus logique ?
(1) On notera, à cet égard, l’hypocrisie consistant à avoir embrigadé les lycéens dans les manifestations pour le maintien de la retraite à 60 ans.
Mais, contrastant avec ces comportements individuels, on n’aura jamais vu un comportement collectif aussi égoïste vis-à-vis de la génération suivante : les dettes souveraines fabuleuses que nous accumulons pour maintenir notre train de vie et qu’ils devront payer ; le déficit abyssal de l’assurance-maladie, qui consiste tout simplement à nous soigner aux frais de nos enfants (« j’exige le remboursement de mes cures thermales, que mes enfants payeront ; et, s’il leur reste de l’argent, ils pourront éventuellement soigner leurs infarctus ») ; l’exigence de bénéficier à 60 ans d’une retraite par répartition, qui pèsera d’autant plus lourdement sur leurs futurs salaires que l’espérance de vie continuera à augmenter (1), etc.
En somme, en comparant ces comportements individuels et ces choix collectifs : nous avons choisi de transférer le coût d’un niveau de vie que nous n’avons plus les moyens de maintenir sur la génération suivante, et chacun s’emploie ensuite à tâcher de permettre à ses seuls enfants personnels de tirer leur épingle du jeu que nous avons imposé à tous : est-ce vraiment la stratégie la plus logique ?
(1) On notera, à cet égard, l’hypocrisie consistant à avoir embrigadé les lycéens dans les manifestations pour le maintien de la retraite à 60 ans.
Voir les 36 commentaires
La Une du moment
LES PLUS de Marianne
- Revue Web personnalisée
- Les Unes de Marianne2
- Le MAG en PDF 24h avant !
ou Se connecter
Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez
Dans la même rubrique
|
“Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti” A.Camus
|
|
© Marianne2, droits de reproduction réservés - Marianne - 32, rue René Boulanger - 75484 Paris cedex 10 - Tel : +33 (0)1 53 72 29 00 - Fax : +33 (0)1 53 72 29 72

Imprimer
Augmenter le texte
Diminuer le texte
Accueil
Envoyer
Partager

Facebook
Twitter
RSS
Newsletter