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Que savons-nous du progressisme de Lévi-Strauss?

Roland Hureaux - Blogueur associé | Jeudi 12 Novembre 2009 à 17:01 | Lu 4251 fois

La pensée de Lévi-Strauss, même si elle garde son actualité, s'inscrit avant tout dans les mouvements intellectuels et politiques de son époque. Roland Hureaux nous aide à y voir plus clair.



A entendre les éloges funèbres, Claude Lévi-Strauss, aujourd’hui unanimement encensé, aurait été le plus politiquement correct des philosophes : antiraciste  avant l’heure,  anticolonialiste, promoteur des civilisations « premières »,  quelle meilleure référence ?

Il est certes incontestable qu’il défendit l’idée, fondamentale dans son œuvre, que les cultures dites primitives sont aussi complexes que les cultures modernes.
A cette figure d’hagiographie, les  fines bouches objectent cependant tel ou tel propos de jeunesse sur l’inégalité des races ou paraissant  hostile à l’islam. Mais avant  1945 -  cela est complètement oublié aujourd’hui -, dans presque  toutes  les familles politiques et pas seulement les pro-nazis,  il était naturel de parler de race et  de s’interroger sur leur éventuelle inégalité. C’est à partir de la catastrophe hitlérienne  que  les mentalités changèrent  et encore très progressivement.  Lévi-Strauss  était  d’ailleurs resté plutôt discret sur ces questions.
 
Ce n’est en tous les cas pas pour cela mais pour une toute autre raison qu’il fut considéré dans les années soixante comme  un fieffé réactionnaire.  
Connu seulement des spécialistes, Claude Lévi-Strauss  a passé la rampe de la célébrité, au moins dans le grand public cultivé,  quand fut lancée,  vers 1966, la mode du « structuralisme ». Il s’agissait au départ d’une expression journalistique, comme plus tard les «nouveaux philosophes »  regroupant de manière approximative des penseurs qui ne se connaissaient pratiquement  pas et dont les préoccupations étaient en réalité fort  différentes.

Lévi-Strauss avait tiré de la linguistique de Ferdinand de Saussure (Cours de linguistique générale, 1916)  l’idée  que les phénomènes humains sont organisés comme des systèmes ( structures),  de telle manière que si on bouge tel élément  - d’une langue pour Saussure, d’un système de parenté ou de représentations mythologiques pour Lévi-Strauss (Les structures élémentaires de la parenté, 1949)  - ,  c’est tout le système qui est affecté et pas seulement la pièce que l’on a bougée. Cela  parce que les  différents aspects de telle ou telle  réalité  humaine sont reliés par des logiques invisibles  qui expliquent ce genre d’effets, dits « effets de structure » : un peu comme quand on  modifie  l’un des quatre angles d’un parallélépipède, les trois autres en sont automatiquement affectés.

A Saussure  et Lévi-Strauss furent rattachés le psychanalyste  Jacques Lacan, qui lui aussi travaillait depuis longtemps mais n’était pas encore  très connu, lequel  allait répétant que « l’inconscient est structuré comme un langage », et Michel Foucault qui montra dans  Les mots et les choses  (1966)  comment des éléments apparemment étrangers d’une même période de la culture   ( son analyse du XVIIe siècle français fut exemplaire ) étaient  reliés par des analogies secrètes  qu’on pouvait aussi qualifier de structures.
Théorisant le structuralisme, Foucault  dit également  que l’étude de l’homme passe désormais par différentse sciences humaines dont chacune construit  son objet à sa manière,  produisant un éclatement de la notion d’ « homme », désormais dépourvue de sens.

Il n’y eut pas d’économiste structuraliste mais l’économie de marché  fonctionne de manière si évidente selon une logique structurale que personne ne ressentit alors  le besoin de le relever.

Retrouvez les articles de Roland Hureaux sur son blog

Marxisme et structuralisme

Tout cela était-il de nature à  provoquer la controverse, voire la  haine? Oui, parce que les marxistes - dont on a oublié  l’hégémonie idéologique au cours des années soixante, mai 68 compris, supérieure peut-être à ce qu’elle avait été au sortir de la guerre – virent dans le lancement  du structuralisme un nouvel artifice inventé par la bourgeoisie pour contrer le marxisme.  Pourquoi ?
Parce que le marxisme-léninisme standard  reposait sur l’idée d’une infinie plasticité de la nature humaine :  sinon comment prétendre sculpter l’homme nouveau du communisme ? Ce dogme avait conduit Staline  à soutenir, contre toute raison, les biologistes anti-mendéliens  et anti-darwiniens Mitchourine et Lyssenko. Lié à cette plasticité, le primat de l’histoire sur la structure : c’est dans un processus historique concret que l’homme se produit  lui-même sans être entravé par des structures prédéterminées. Or, personne n’avait  osé le dire  explicitement,  tant cela eut paru une grossièreté  (seul, un peu plus tard,  Edgar Morin  s’y risqua dans  Le paradigme perdu, 1973) :  le structuralisme ressuscitait l’idée de quelque chose comme une nature humaine.

Pour Lévi-Strauss, il n’y avait  certes  pas un seul système de  parenté
, de type monogamique occidental (c’est en cela qu’il était « tiers mondiste ») mais tous les systèmes de parenté n’étaient  pas pour autant possibles. L’humanité a dressé de manière inconsciente  une sorte de tableau de Mendeleieff  des systèmes de parenté   et il est condamné à aller de l’un à l’autre, sans échappatoire.

Même chose pour Lacan : la castration du désir œdipien primitif est une constante de l’homme, un destin originel auquel nul n’échappe. Le pessimisme de Lacan – prolongement de celui  de Freud -, était exprimé en termes suffisamment cryptés pour qu’un public soixante-huitard avide de nouveautés mais ne comprenant pas bien ce qu’il disait lui fasse une  ovation. Seul Gilles Deleuze (L’Anti-Œdipe, 1972) saisit  combien cette pensée pouvait être « réactionnaire » car désespérante pour toute idée de progrès.

Les linguistes découvrent eux aussi des règles permanentes qui régissent l’évolution des langues.
La pensée de Foucault est en revanche moins nette sur ce sujet : on n’a jamais su le statut épistémologique des concordances qu’il mettait au jour  à telle ou telle époque.

La synthèse est-elle possible?

Tandis que les intellectuels communistes officiels  se déchaînaient conte la vague  structuraliste, il y eut de tentatives de synthèse entre le marxisme et le structuralisme. Un anthropologue aujourd’hui oublié,  disciple de Lévi-Strauss et soigné par  Lacan,  Lucien Sebag,  s’y essaya dans un brillant essai justement appelé  Marxisme et structuralisme  (1964). Peut-être conscient d’une impasse, il se suicida l’année suivante.
 
Mais l’homme qui se trouva, bien malgré lui, au carrefour des deux courants de pensée fut Louis Althusser. Il était à la vérité plus marxiste que structuraliste et  surtout influencé par Bachelard, mais en considérant qu’une configuration économique et sociale donnée était une réalité    globale dont    toutes les parties  étaient solidaires, il a paru faire une lecture structuraliste  du marxisme. Cela  lui valut une solide méfiance du  parti communiste. Il fut en revanche le maître à penser des premiers maoïstes mais pour toute une autre raison : Althusser considérait que le mode de pensée idéologique ( par opposition au mode de pensée scientifique) ne s’arrêtait pas avec la révolution mais que dans une première phase,   le pouvoir «prolétarien » avait  besoin d’une idéologie  pour se consolider , une théorie qui justifiait à bon compte tous les délires,  tant staliniens que maoïstes,  à un moment où le parti communiste  dénonçait au contraire le « culte de la personnalité ».

Claude Lévi-Strauss, dont le nom fut utilisé bien malgré lui dans ces querelles germanopratines, se tint largement sur la réserve. D’abord parce qu’il était souvent  sur le terrain, ensuite parce que son tempérament distant et le souci de la rigueur scientifique le tenaient naturellement   éloigné des tumultes de  l’agora.
Que savons-nous du progressisme de Lévi-Strauss?



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1.Posté par la burne le 12/11/2009 17:27

aujourd’hui, 9 novembre, tous les médias sont sur les dents.

Radio France, en premier.

Sur l’ensemble des ses chaînes, basées pour un jour à Berlin, la radio publique consacre l’ensemble de ses émissions au 20ème anniversaire de la « chute du Mur ».

Pourquoi un tel déferlement de propagande ?

Pourquoi ce grand « show » avec la participation des ‘Grands » du monde occidental ?

Pourquoi aujourd’hui, alors que nos médias étaient bien plus discret...

2.Posté par cythère bernique* le 12/11/2009 17:47

tribalisme ça marche pas ,
theocratie ça marche pas ,
monarchie ça marche pas ,
communisme ça marche pas ,
capitalisme ça marche pas ,

il n'y a guere que l'E-narchie qui ne fut essayé : la cybernétique* appliquée à la mondialisation grace aux computer sciences

3.Posté par pim le 12/11/2009 18:19

Un article édifiant sur Marianne.fr ?... Mazette ! C'est y que la révolution approcherait en montrant ses blanches dents ?

4.Posté par sur Le Sentier le 12/11/2009 18:32

que savons nous de levystrauss ?

qu'il etait tunique ....

5.Posté par Jb le 12/11/2009 19:09

Consternant de médiocrité, voila un article décousu , imprécis et vulgaire. L'immense oeuvre de levi-strauss ne peut être embrassée par des esprits si étroit.

6.Posté par Le Danube bleu le 12/11/2009 19:27

"que savons nous de levystrauss ? "

C'était un grand compositeur de valse et de surcroit très compétent en pantalon de toile.

7.Posté par Dudule le 12/11/2009 19:36

"il était naturel de parler de race et de s’interroger sur leur éventuelle inégalité. C’est à partir de la catastrophe hitlérienne que les mentalités changèrent et encore très progressivement. Lévi-Strauss était d’ailleurs resté plutôt discret sur ces questions. "

C'est faire peu de cas de la controverse de Valadoïd et de Bartolomé de las Casas .

8.Posté par jean martin le 12/11/2009 19:42

@ 4.Posté par sur Le Sentier le 12/11/2009 18:32

que savons nous de levystrauss ?

qu'il etait tunique ....

non vareuse !
pardon mais c'était plus fort que moi

9.Posté par eetu le 12/11/2009 20:21

Je n'ai pas compris grand chose (si, si, çà vient de moi, j'insiste), mais je sursaute une fois de plus en lisant cette phrase:
"A cette figure d’hagiographie, les fines bouches objectent cependant tel ou tel propos de jeunesse sur l’inégalité des races ou paraissant hostile à l’islam."
Ceux qui mettent sur le même plan ces deux "objections": inégalité des races d'une part, hostilité à l’islam d'autre part, ne sont pas des fines bouches, ce so...

10.Posté par philon le 13/11/2009 01:21

@ 9
ne sont pas des fines bouches, ce sont des sales cons :-)

c'est comme revenir sur le structuralisme marxiste sans passer d'abord par l'infrastructure et l'hyperstructure de Marx et Engels, évoquer Lacan en oubliant Freud mdr

11.Posté par pim le 13/11/2009 08:09

@philon le 13/11/2009 01:21
"c'est comme revenir sur le structuralisme marxiste sans passer d'abord par l'infrastructure et l'hyperstructure de Marx et Engels,(...)"

Il y aurait donc un structuralisme marxiste chez Marx qui aurait fait de l'Althusser comme M. Jourdain, sans le savoir. Voilà qui réjouira bien des disciples d'Althusser.

Vous auriez peut-être pu signaler quand même, au passage, que le structuralisme induit une manière de fatalism...

12.Posté par pim le 13/11/2009 08:15

Petite correction ... de structure syntaxique :

"et devant, pour le meilleur ou pour le pire, SE PLIER à ce que ces structures (...)"

Faut se méfier avec ces structures, toujours à devoir les surveiller !


13.Posté par JYL le 13/11/2009 09:23

Je trouve lamentables les jeux de mots foireux de quelques intervenants, de même que le jugement définitif du post 5 ...
Cest probablement l'illustration par l'exemple que, comme il est dit dans le texte, "le structuralisme ressuscitait l’idée de quelque chose comme une nature humaine."
Je remercie l'auteur pour ce rappel de quelques notions jadis survolées et souvent oubliées depuis.
Je suis toujours admiratif devant tant d'érudition.

14.Posté par blouseuse le 13/11/2009 10:27

Mr le professeur Hurreaux ,C'est quoi le progressisme?
Quels en sont les critères?
Sur l'eventuel curseur du progressisme, où se trouve notre société française actuelle dans l'histoire de l'humanité?
A observer l'environnement depuis 50ans, et notemment le monde animal, les sociétés des hommes occidentaux n'ont pas montré grand chose à part les guerres et les génocides, comme moteurs existentiels...

15.Posté par un balcon en forêt le 13/11/2009 16:18

L'article pointe quand même justement une évidence, à savoir qu'une lecture eschatologique de l'histoire (Marx, reprenant Hegel via Feuerbach) est étrangère aux conceptions de Levi-Strauss et au structuralisme tel qu'il le pratiquait. Il n'y a pas cependant négation du fait histoirique ; CLS distingue les civilisations "chaudes" (dont les structures sociales évoluent) des civilisations "froides" qui fonctionnent dans la répétition du même, mai...

16.Posté par JohnSmith le 14/11/2009 15:32

Je trouve étrange d'opposer le structuralisme à la possibilité "d'innovation" sociale (ici le marxisme). C'est comme si on opposait l'existence des lois physiques à l'innovation technologique.

17.Posté par dexter le 15/11/2009 02:37

Tant que ces innovations ne viollent pas ces lois...

18.Posté par Pisse-Dru le 15/11/2009 09:27

Roland Hureaux - Blogueur associéLa pensée de Lévi-Strauss, même si elle garde son actualité, s'inscrit avant tout dans les mouvements intellectuels et politiques de son époque.

C'est le propre même du structuralisme. Les idéologies ne sont que le reflet éphémère d'un moment de l'histoire de l'humanité, c'est un instantané d'une époque et d'une société. Elles s'arrêtent aux contingences temporelles et locales, elles restent toujours limitées.

D...

19.Posté par Pisse-Dru le 15/11/2009 11:38

Le structuralisme réduit l’individu à un robot façonné par des structures. Marx parlait "d’infrastructures économiques et sociales produisant les superstructures idéologiques et politiques". Freud, bien avant le structuralisme de Lévi-Strauss, parle de son côté des affects qui structurent notre inconscient.

Les hommes n'agissent pas, en tant que membres du groupe conformément à ce que chacun ressent comme individu : chaque homme ressent en fon...

20.Posté par Izer le 19/11/2009 03:05

« Le structuralisme réduit l’individu à un robot façonné par des structures. »
«Les hommes n'agissent pas, en tant que membres du groupe conformément à ce que chacun ressent comme individu : chaque homme ressent en fonction de la manière dont il lui est permis ou prescrit de se conduire. Les coutumes sont données comme normes externes, avant d'engendrer des sentiments internes, et ces normes insensibles déterminent les sentiments individuels, ...


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