Que deviendront les joueurs de l'équipe de foot nord-coréenne?
Dimanche 27 Juin 2010 à 17:01 | Lu 20285 fois I 15 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Peut-être connaîtront-ils le même sort que ceux de 1966. La légende veut que certains joueurs, éliminés en quart de finale après un match épique contre le Portugal, aient envoyés au goulag par le Grand leader, Kim Il Sung. Dès 2001, le journal anglais The Independant révélait que, après quatre ans de recherches, deux documentaristes anglais avaient retrouvé ces joueurs. Ils ont toujours nié avoir connu un sort aussi funeste.
La Corée du Nord ne partait pas favorite dans le match qui l'opposait à la Côte d'Ivoire ce vendredi. Après sa défaite honorable contre le Brésil (1 - 2), le Portugal lui a rapidement remis les idées en place avec un score fleuve: 7 buts à 0 ! L’équipe n’a rien pu faire non plus face à la Côte d’Ivoire (3-0).
C’est la seconde Coupe du monde que disputait le pays. La première ayant eu lieu il y a 44 ans en Angleterre, en 1966. Pas de chance, l’équipe du Cher Leader Kim Jong-Il est tombée dans le groupe de la mort avec le Brésil, le Portugal et la Côte d'Ivoire. Difficile, donc, d'arriver comme en 1966 en quart de finale.
C'est à la surprise générale que, en 1966, « profitant du désistement de ses adversaires africains et asiatiques, la Corée du Nord avait pu se qualifier en battant l'Australie. Le Mondial sur le sol anglais fût ensuite époustouflant avec une victoire contre l'Italie et finalement une élimination en quart de finale après un match fou contre le Portugal. La force de l'équipe résidait dans son jeu collectif et sa rapidité qui justifie le surnom « Chollima », un cheval ailé indomptable de la mythologie coréenne » écrit le site aujourd’hui la Corée. Un parcours inespéré.
De retour au pays, les protégés de l’entraîneur Myung Rae Hyun avaient signé le premier exploit asiatique de l’histoire du football et étaient évidemment célébrés comme des héros.
Lors d'un récent colloque organisé par l'Institut d'histoire sociale, Pierre Rigoulot, spécialiste de la Corée du Nord et rédacteur en chef de la revue Histoire & Liberté, a rappelé le sort qui aurait été réservé aux joueurs nord coréens après leur élimination. Selon lui, certains joueurs furent envoyés dans des camps dès leur retour à Pyongyang. Largement inspirée du témoignage d’un réfugié nord-coréen baptisé Kang Chol Hwan, qui a passé toute sa jeunesse dans le goulag nord-coréen, la légende des footballeurs emprisonnés serait en fait principalement le fruit de la propagande de la Corée du Sud.
C’est la seconde Coupe du monde que disputait le pays. La première ayant eu lieu il y a 44 ans en Angleterre, en 1966. Pas de chance, l’équipe du Cher Leader Kim Jong-Il est tombée dans le groupe de la mort avec le Brésil, le Portugal et la Côte d'Ivoire. Difficile, donc, d'arriver comme en 1966 en quart de finale.
C'est à la surprise générale que, en 1966, « profitant du désistement de ses adversaires africains et asiatiques, la Corée du Nord avait pu se qualifier en battant l'Australie. Le Mondial sur le sol anglais fût ensuite époustouflant avec une victoire contre l'Italie et finalement une élimination en quart de finale après un match fou contre le Portugal. La force de l'équipe résidait dans son jeu collectif et sa rapidité qui justifie le surnom « Chollima », un cheval ailé indomptable de la mythologie coréenne » écrit le site aujourd’hui la Corée. Un parcours inespéré.
De retour au pays, les protégés de l’entraîneur Myung Rae Hyun avaient signé le premier exploit asiatique de l’histoire du football et étaient évidemment célébrés comme des héros.
Lors d'un récent colloque organisé par l'Institut d'histoire sociale, Pierre Rigoulot, spécialiste de la Corée du Nord et rédacteur en chef de la revue Histoire & Liberté, a rappelé le sort qui aurait été réservé aux joueurs nord coréens après leur élimination. Selon lui, certains joueurs furent envoyés dans des camps dès leur retour à Pyongyang. Largement inspirée du témoignage d’un réfugié nord-coréen baptisé Kang Chol Hwan, qui a passé toute sa jeunesse dans le goulag nord-coréen, la légende des footballeurs emprisonnés serait en fait principalement le fruit de la propagande de la Corée du Sud.
Des joueurs qui ont toujours nié avoir été maltraités
Dès 2001, le journal britannique The independant proposait une toute autre version, beaucoup moins tragique et beaucoup moins connue. Dans un article détaillé, le journaliste Calum MacLeod écrivait ainsi que « les joueurs de 66 sont vivants et jouent au foot » : « De sombres rumeurs les donnaient croupissant au goulag, la partie perdue contre le Portugal aurait été perçue par le cher leader Kim Il Sung comme une grave trahison idéologique, ce qui aurait eu de lourdes conséquences pour certains joueurs de la sélection. Le doubleur buteur Pak Sun Jin aurait été ainsi emprisonné 12 ans dans le camp de Yodok, l’un des plus durs de Corée, pour une rééducation socialiste en bonne et due forme ».
Pendant des années, des journalistes italiens ont tenté en vain de retrouver Pak Do Ik, le meilleur buteur de l’équipe, surnommé « le dentiste » pour la douleur que son but avait infligé au football italien. Mais tous les efforts pour communiquer avec les héros de 1966 se révélèrent vains jusqu'à ce que deux documentaristes anglais parviennent à briser les barrières politiques du régime de Pyongyang après quatre ans de recherches.
Rompant en 2001 un silence de 35 ans, Pak Do Ik révéla que Kim Il Sung leur avait demandé de « gagner un match ou deux ». Dans ce documentaire diffusé par la BBC, intitulé « le match de leur vie » (NDLR : disponible en huit parties sur youtube ), les deux documentaristes affirment avoir retrouvé sept joueurs de l’équipe. Le documentaire est exceptionnel, à tous points de vue. On y voit de longs extraits des matchs disputés, les retrouvailles des joueurs, portant tous l'uniforme du parti, 35 ans après leurs exploits sportifs. Ils racontent leur jeunesse à la campagne, leur accueil magnifique par les supporters anglais, leur retour héroïque au pays. On les voit chez eux, des photos du Grand Leader accrochées au mur. Et surtout tous réfutent avoir connu les camps, bien au contraire, ils affirment avoir tous obtenu de meilleurs métiers. On les imagine mal dire le contraire.
Pak Sung Jin, par exemple, 59 ans en 2001, était entraîneur d’une des équipes les plus cotées de la première division nord-coréenne. Informé que les journaux sud-coréens avaient diffusé des informations selon lesquelles il aurait passé des années en camp de rééducation, « Il a toujours nié avoir souffert de quelque façon que ce soit de l’élimination de son équipe », écrit The Independant.
Pendant des années, des journalistes italiens ont tenté en vain de retrouver Pak Do Ik, le meilleur buteur de l’équipe, surnommé « le dentiste » pour la douleur que son but avait infligé au football italien. Mais tous les efforts pour communiquer avec les héros de 1966 se révélèrent vains jusqu'à ce que deux documentaristes anglais parviennent à briser les barrières politiques du régime de Pyongyang après quatre ans de recherches.
Rompant en 2001 un silence de 35 ans, Pak Do Ik révéla que Kim Il Sung leur avait demandé de « gagner un match ou deux ». Dans ce documentaire diffusé par la BBC, intitulé « le match de leur vie » (NDLR : disponible en huit parties sur youtube ), les deux documentaristes affirment avoir retrouvé sept joueurs de l’équipe. Le documentaire est exceptionnel, à tous points de vue. On y voit de longs extraits des matchs disputés, les retrouvailles des joueurs, portant tous l'uniforme du parti, 35 ans après leurs exploits sportifs. Ils racontent leur jeunesse à la campagne, leur accueil magnifique par les supporters anglais, leur retour héroïque au pays. On les voit chez eux, des photos du Grand Leader accrochées au mur. Et surtout tous réfutent avoir connu les camps, bien au contraire, ils affirment avoir tous obtenu de meilleurs métiers. On les imagine mal dire le contraire.
Pak Sung Jin, par exemple, 59 ans en 2001, était entraîneur d’une des équipes les plus cotées de la première division nord-coréenne. Informé que les journaux sud-coréens avaient diffusé des informations selon lesquelles il aurait passé des années en camp de rééducation, « Il a toujours nié avoir souffert de quelque façon que ce soit de l’élimination de son équipe », écrit The Independant.
Une sélection au goulag ?
Le seul titre du documentaire ne lève d'ailleurs pas toutes les ambiguïtés. Peut-être jouaient-ils leurs vies? Qui sait si une élimination prématurée ne leur aurait pas valu un sort beaucoup plus funeste ? Toujours est-il que le destin beaucoup moins tragique que d’aucuns voudraient le faire croire de ces joueurs, ne change rien à la nature totalitaire du régime, ni à la réalité, maintes fois décrite, des famines que connaît le pays, ou encore la dureté des « conditions de vie » dans les nombreux camps de rééducation du pays etc.
La sélection 2010 est, en ce sens, à l’image du pays : elle a failli se retrouver sans maillot pour jouer ses matchs, personne ne voulant sponsoriser le dernier pays stalinien au monde. Question d'image. Pendant les matches qualificatifs et amicaux, les Nord-Coréens portaient des maillots sans autorisation. Le pays n’a pas eu les moyens de s’offrir les droits de retransmission télé de la Coupe du Monde. Les retransmissions ont donc été piratées et aucun supporter nord coréen n’a obtenu d’autorisation de sortie de son pays. Seuls quelques centaines de supporters chinois et de japonais d’origine nord-coréenne ont obtenu la permission de soutenir l'équipe.
Les 23 sélectionnés de 2010 ne seront vraisemblablement pas fêtés comme des héros, de là à imaginer qu’ils passeront immédiatement de l'aéroport de Pyongyang à la case Goulag...
Les huit épisodes du documentaire « The Game of their lives »:
The game of their lives (1/8)
The game of their lives (2/8)
The game of their lives (3/8)
The game of their lives (4/8)
The game of their lives (5/8)
The game of their lives (6/8)
The game of their lives (7/8)
The game of their lives (8/8)
La sélection 2010 est, en ce sens, à l’image du pays : elle a failli se retrouver sans maillot pour jouer ses matchs, personne ne voulant sponsoriser le dernier pays stalinien au monde. Question d'image. Pendant les matches qualificatifs et amicaux, les Nord-Coréens portaient des maillots sans autorisation. Le pays n’a pas eu les moyens de s’offrir les droits de retransmission télé de la Coupe du Monde. Les retransmissions ont donc été piratées et aucun supporter nord coréen n’a obtenu d’autorisation de sortie de son pays. Seuls quelques centaines de supporters chinois et de japonais d’origine nord-coréenne ont obtenu la permission de soutenir l'équipe.
Les 23 sélectionnés de 2010 ne seront vraisemblablement pas fêtés comme des héros, de là à imaginer qu’ils passeront immédiatement de l'aéroport de Pyongyang à la case Goulag...
Les huit épisodes du documentaire « The Game of their lives »:
The game of their lives (1/8)
The game of their lives (2/8)
The game of their lives (3/8)
The game of their lives (4/8)
The game of their lives (5/8)
The game of their lives (6/8)
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