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Que Beytout soit sanctifié, que son règne arrive aux Echos comme au Figaro

Philippe Cohen | Vendredi 23 Novembre 2007 à 00:07 | Lu 11142 fois

Le transfert du très sarkozyste patron de la rédaction du Figaro au groupe LVMH a suscité une vague d’articles louangeurs totalement immérités. Voici pourquoi.



Beytout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Son départ de la direction du Figaro lui a valu une étonnante et hypocrite salve d’hommages serviles dans tous les médias, comme si les rédacteurs se disaient que, face à un éventuel futur employeur, il fallait faire gaffe. Le Monde a dépêché deux journalistes pour l’interviewer, comme s’il s’agissait d’un Ministre. Il a eu droit à des portraits très positifs sur les radios, dans le Nouvel Observateur et Libération. Seul le Canard Enchaîné et Vingt Minutes ont été plus réservés sur le parcours et le succès de Beytout.

Bosseur, brillant, cultivé, subtil, n'en jetez plus!
Ce petit manège a profondément écœuré bien des journalistes du Figaro. À ce petit jeu, Jean-Michel Aphatie, le journaliste star de RTL, tout en regrettant la présence de Beytout au diner du Fouquet's, s’est révélé le plus prolixe en compliments sucrés: «Nicolas est un très bon journaliste. Informé et travailleur, pertinent et subtil, élégant en plus, solide et cultivé aussi. (…) Sous sa direction, écrit-il sur son blog, Le Figaro a offert, jour après jour, à ses lecteurs, une formation de qualité, dans le respect scrupuleux des faits, avec en plus des scoops qui n'ont pas toujours fait plaisir à la droite républicaine dont ce journal, par histoire et choix intellectuel, se dit proche.»

Soyons justes et ne faisons pas d’Aphatie un bouc émissaire trop systématique. La plupart de ses confrères n’ont pas été moins élogieux sur le parcours de l’ex-directeur du Figaro. À la limite, leur cas est plus grave encore car, si Aphatie n’exprimait que son avis « subjectif » sur son blog, les journalistes du Monde, du Nouvel Observateur ou de Libération, eux, faisaient, en principe, œuvre d’information. Or que nous disent-ils, directement ou en faisant parler Beytout sans aucun commentaire ? Que Nicolas Beytout est «bosseur et brillant» (Libération) ; qu’il a très bien résisté aux pressions de Serge Dassault, qu’il a été un «bouclier» face à cet actionnaire vindicatif ; que, selon ses confrères du Figaro, «son départ est une catastrophe» ; que le Figaro a «gagné des lecteurs»; que, enfin, Beytout « a beaucoup hésité avant de prendre sa décision » ; que «son arrivée aux Echos est un atout pour régler le conflit avec la rédaction» (nouvelobs.com).
Toutes affirmations qui méritent examen et enquête sérieuse.

La baisse des ventes

Beytout doit être crédité d’un point positif dont tout le monde, au Figaro, lui est redevable : il a, en effet, su maintenir l’actionnaire Serge Dassault à distance raisonnable du quotidien. Tout le reste est fort contestable.
Beytout prétend avoir gagné de nouveaux lecteurs ? Une lecture attentive des statistiques de l’OJD démontre le contraire. Avant son arrivée à la tête du journal, le Figaro vendait une moyenne de 358 954 exemplaires, dont 74 000 au titre de « ventes au tiers », aux aéroports, aux hôtels, aux loueurs de voitures et aux grandes écoles, les plus manipulables pour «booster» les performances du titre. En 2006, l’OJD crédite le Figaro d’une vente moyenne de 338 000, dont 80 500 ventes au tiers. Si on se fonde sur la vente en kiosque et en abonnements, le Figaro a perdu, durant le magistère de Beytout, près de 30 000 exemplaires…
«Cultivé» Beytout ? «S’il y a bien une chose qu’il ne revendique pas, c’est bien la culture.», ponctue un cadre du Figaro.

Le doute méthodique de Mougeotte

Regretté, Beytout ? Certes par le «râteau» (le staff, en langage figaresque) et notamment par les cinq directeurs adjoints qu’il a lui-même recrutés et qui lui sont redevables. «Beytout était apprécié par une partie du service économique, parce qu’il parle leur langue. Mais il a été haï par les services classiques du journal : politique, étranger, société, culture et même sport», décrypte un membre de la société des rédacteurs. Le service étranger lui reproche d’avoir bloqué la page 2 de grande enquête ; la culture d’avoir été reléguée dans un deuxième cahier au milieu de la mode et de la bagnole ; la politique d’avoir multiplié les sondages avec OpinionWay, au détriment des papiers d’analyse. Etc, etc. Tous les journalistes interrogés mettent en cause l’autoritarisme de l’ex-directeur du Figaro qui ne supportait guère la contradiction et encore moins qu’un journaliste soit plus médiatisé que lui. Si bien que lorsque Nicolas Sarkozy a discutaillé du cas Beytout avec les gens des Echos, lui-même aurait dit que Beytout n’était pas heureux au Fig.
Le départ de Beytout ne suscite donc guère de regrets au Figaro. Même Etienne Mougeotte, dont le premier éditorial, dans le Figaro-Magazine, laisse présager d'un sarkozysme béat, paraît avoir davantage de sens journalistique que le nouveau manager de Di-Group, la filiale presse de LVMH. «Il parle de plaisir du journalisme, de sens critique, et même de doute méthodique !», s’étonne un journaliste du service société. Bref, comme le dit un autre journaliste, «Beytout se fera vite oublier. Sauf si LVMH rachète le Figaro dans quelques mois !». C’est ce que l’on ne souhaite pas aux confrères….


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