Quatremer veut sauver l'Union. A n'importe quel prix ?
Mardi 11 Janvier 2011 à 05:01 | Lu 6254 fois I 21 commentaire(s)
Le Nouveau Bastille République Nations - Blogueur associé
Correspondant permanent de Libération à Bruxelles, Jean Quatremer est spécialisé dans les questions européennes, et son enthousiasme pro-européen est bien connu. A l'aune de la crise de l'euro, le Nouveau BRN dénonce la fuite en avant constituée par ses appels à accélérer l''intégration.
L’année commence bien. Si, après d’excessives libations de fin d’année, vous n’arrivez pas à dissiper un pâteux vague à l’âme, allez donc arpenter les coulisses de Bruxelles sur les pas de Jean Quatremer, correspondant permanent de Libération à Bruxelles - à moins que ce ne soit l’inverse. Celui-ci nous gratifie de vœux aussi rassurants qu’originaux : « Le chemin est tout tracé : si l’on veut éviter l’éclatement de la zone euro, il faut aller vers davantage d’intégration communautaire ». A la bonne heure ! Car on avait quitté notre confrère passablement neurasthénique.
Au lendemain du Conseil européen des 16 et 17 décembre, il avait eu un petit coup de cafard : « Les dirigeants européens ne semblent toujours pas avoir pris la mesure de la crise qu’affronte l’Union et plus particulièrement la zone euro, écrivait-il dans son billet du 18 décembre. Réunis durant deux jours à Bruxelles, les Vingt-sept (…) n’ont pas expliqué par quel miracle "la zone euro sortira plus forte de la crise", comme ils l’ont virilement affirmé. En effet, ils ont clairement refusé d’aller plus loin dans une intégration politique et économique que les marchés financiers jugent pourtant nécessaire (Quatremer déplorait en l’occurrence que le Conseil ait écarté le principe d’emprunts communautaires sous forme d’euro-obligations) ».
Pourtant, le 15 décembre, notre ami des Coulisses, nous décrivait un paysage touchant : d’un côté, une alliance infâme entre de méchants marchés financiers qui veulent la peau de l’euro, et de cyniques europhobes sans scrupules avides d’apocalypse ; de l’autre, des peuples menacés mais sous protection d’une monnaie unique que les gouvernements entendent défendre « à tout prix ».
Ainsi, « après avoir volé au secours de plusieurs pays européens hors de la zone euro (…), la zone euro a sauvé la Grèce », rappelle notre sémillant confrère. Seuls les Grecs eux-mêmes ne s’en étaient pas aperçus, qui avaient plutôt compris - allez savoir pourquoi - qu’on leur demandait des sacrifices sans précédent, justement pour maintenir la stabilité de la zone. Car les 110 milliards alloués à Athènes l’ont été exclusivement pour que le pays puisse rembourser en temps et en heure ses créanciers - notamment des banques françaises et allemandes.
Même ingratitude des Irlandais, à qui l’on avait promis un avenir radieux, il y a un an, pour peu qu’ils acceptassent d’inverser en faveur du traité de Lisbonne leur verdict référendaire de 2008. Quelques mois plus tard, un incompréhensible mécontentement populaire s’est fait jour pour quelques malheureux sacrifices, alors que la voie était ouverte pour que 85 milliards d’euros déferlent sur la bienheureuse Île verte, plus exactement, là aussi, sur ses établissements financiers. Et ce pourrait bientôt être le tour des Portugais - puis, pourquoi pas, de quelques autres - à qui reviendrait l’insigne honneur de sauver l’euro.
Dans ce même billet du 15 décembre, le blogueur bruxellois de référence moquait « les eurosceptiques de tout poil » qui se réjouissent « de la crise que traverse la zone euro, salivant à l’idée que cette monnaie unique honnie puisse sombrer corps et bien ». Et de rappeler au passage qu’« un effondrement de l’euro se traduirait par un appauvrissement immédiat des citoyens européens et plongerait l’Europe et le reste de l’occident dans une profonde dépression » (à tout le moins, pourrait préciser un esprit taquin, elle plongerait le blogueur dans une profonde dépression). L’évidence de l’assertion ne saurait être mise en doute : ceux qui la professent se recrutent essentiellement parmi les esprits éclairés qui, lors du référendum portant sur le traité de Maastricht, juraient que ladite monnaie unique allait être une arme décisive contre le chômage, et un levier essentiel pour la prospérité et le progrès social. Bref, des références incontestables.
« Si, à la limite, on peut débattre de l’opportunité de rejoindre ou non la zone euro, la quitter aurait un prix immense, tant économique que politique », poursuit, pédagogue, Quatremer. Grand seigneur, celui-ci nous gratifie d’un admirable à la limite. Et de poursuivre sa démonstration en s’appuyant sur l’engouement des pays d’Europe centrale qui maintiennent leur candidature pour entrer un jour dans la zone euro : « Est-ce un hasard si (…) aucun pays n’a encore débattu de cette possibilité ? ». La formulation est osée. Elle est en outre légèrement inexacte. Quelques jours plus tôt, le président du parlement slovaque appelait de ses vœux un « plan B » prévoyant la sortie de son pays de la zone afin de « protéger les contribuables », précisant : « Le temps est venu de ne plus croire aveuglément les dirigeants de la zone euro ». Naturellement, le gouvernement de Bratislava a dû précipitamment réaffirmer son engagement européen.
Car il est un point sur lequel Jean Quatremer a effectivement raison. Quand bien même la zone euro est soumise à des tensions économiques croissantes que la monnaie unique et ses contraintes contribuent largement à provoquer, les dirigeants européens entendent effectivement sauver l’euro « à tout prix » (cette dernière expression étant bien à prendre au pied de la lettre). Car il s’agit pour eux d’un projet politique qui structure le principe même d’une « union toujours plus étroite ». Une Union qui vise à déposséder chaque peuple du droit de faire les choix politiques qui déterminent son avenir.
Au lendemain du Conseil européen des 16 et 17 décembre, il avait eu un petit coup de cafard : « Les dirigeants européens ne semblent toujours pas avoir pris la mesure de la crise qu’affronte l’Union et plus particulièrement la zone euro, écrivait-il dans son billet du 18 décembre. Réunis durant deux jours à Bruxelles, les Vingt-sept (…) n’ont pas expliqué par quel miracle "la zone euro sortira plus forte de la crise", comme ils l’ont virilement affirmé. En effet, ils ont clairement refusé d’aller plus loin dans une intégration politique et économique que les marchés financiers jugent pourtant nécessaire (Quatremer déplorait en l’occurrence que le Conseil ait écarté le principe d’emprunts communautaires sous forme d’euro-obligations) ».
Pourtant, le 15 décembre, notre ami des Coulisses, nous décrivait un paysage touchant : d’un côté, une alliance infâme entre de méchants marchés financiers qui veulent la peau de l’euro, et de cyniques europhobes sans scrupules avides d’apocalypse ; de l’autre, des peuples menacés mais sous protection d’une monnaie unique que les gouvernements entendent défendre « à tout prix ».
Ainsi, « après avoir volé au secours de plusieurs pays européens hors de la zone euro (…), la zone euro a sauvé la Grèce », rappelle notre sémillant confrère. Seuls les Grecs eux-mêmes ne s’en étaient pas aperçus, qui avaient plutôt compris - allez savoir pourquoi - qu’on leur demandait des sacrifices sans précédent, justement pour maintenir la stabilité de la zone. Car les 110 milliards alloués à Athènes l’ont été exclusivement pour que le pays puisse rembourser en temps et en heure ses créanciers - notamment des banques françaises et allemandes.
Même ingratitude des Irlandais, à qui l’on avait promis un avenir radieux, il y a un an, pour peu qu’ils acceptassent d’inverser en faveur du traité de Lisbonne leur verdict référendaire de 2008. Quelques mois plus tard, un incompréhensible mécontentement populaire s’est fait jour pour quelques malheureux sacrifices, alors que la voie était ouverte pour que 85 milliards d’euros déferlent sur la bienheureuse Île verte, plus exactement, là aussi, sur ses établissements financiers. Et ce pourrait bientôt être le tour des Portugais - puis, pourquoi pas, de quelques autres - à qui reviendrait l’insigne honneur de sauver l’euro.
Dans ce même billet du 15 décembre, le blogueur bruxellois de référence moquait « les eurosceptiques de tout poil » qui se réjouissent « de la crise que traverse la zone euro, salivant à l’idée que cette monnaie unique honnie puisse sombrer corps et bien ». Et de rappeler au passage qu’« un effondrement de l’euro se traduirait par un appauvrissement immédiat des citoyens européens et plongerait l’Europe et le reste de l’occident dans une profonde dépression » (à tout le moins, pourrait préciser un esprit taquin, elle plongerait le blogueur dans une profonde dépression). L’évidence de l’assertion ne saurait être mise en doute : ceux qui la professent se recrutent essentiellement parmi les esprits éclairés qui, lors du référendum portant sur le traité de Maastricht, juraient que ladite monnaie unique allait être une arme décisive contre le chômage, et un levier essentiel pour la prospérité et le progrès social. Bref, des références incontestables.
« Si, à la limite, on peut débattre de l’opportunité de rejoindre ou non la zone euro, la quitter aurait un prix immense, tant économique que politique », poursuit, pédagogue, Quatremer. Grand seigneur, celui-ci nous gratifie d’un admirable à la limite. Et de poursuivre sa démonstration en s’appuyant sur l’engouement des pays d’Europe centrale qui maintiennent leur candidature pour entrer un jour dans la zone euro : « Est-ce un hasard si (…) aucun pays n’a encore débattu de cette possibilité ? ». La formulation est osée. Elle est en outre légèrement inexacte. Quelques jours plus tôt, le président du parlement slovaque appelait de ses vœux un « plan B » prévoyant la sortie de son pays de la zone afin de « protéger les contribuables », précisant : « Le temps est venu de ne plus croire aveuglément les dirigeants de la zone euro ». Naturellement, le gouvernement de Bratislava a dû précipitamment réaffirmer son engagement européen.
Car il est un point sur lequel Jean Quatremer a effectivement raison. Quand bien même la zone euro est soumise à des tensions économiques croissantes que la monnaie unique et ses contraintes contribuent largement à provoquer, les dirigeants européens entendent effectivement sauver l’euro « à tout prix » (cette dernière expression étant bien à prendre au pied de la lettre). Car il s’agit pour eux d’un projet politique qui structure le principe même d’une « union toujours plus étroite ». Une Union qui vise à déposséder chaque peuple du droit de faire les choix politiques qui déterminent son avenir.
Comme l’expliquait dès 1997 Jean Boissonnat, l’un des meilleurs exégètes de la belle aventure, « le voile se déchire enfin sur les finalités de cette construction européenne entreprise au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, dans un but fondamentalement politique, mais avec des moyens temporairement économiques. La monnaie unique est le produit (…) d’une logique économique (…) et d’une logique politique qui renoue avec les intentions initiales des artisans de l’UE, désireux de construire à terme une véritable fédération ».
Un aveu déjà ancien, qui éclaire fort opportunément la fuite en avant des actuels dirigeants européens.
Un aveu déjà ancien, qui éclaire fort opportunément la fuite en avant des actuels dirigeants européens.
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