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Quand les petits marquis de la pensée inique s'en prennent à la jeunesse

Lundi 18 Octobre 2010 à 15:01 | Lu 23576 fois I 174 commentaire(s)

Nicolas Domenach - Marianne

Les jeunes - tant redoutés par Nicolas Sarkozy - sont entrés dans la bataille des retraites. Du coup, nombre d'éditorialistes sont montés au créneau pour les discréditer: les lycéens n'ont aucune raison valable de contester, si ce n'est sécher les cours.


Quand les petits marquis de la pensée inique s'en prennent à la jeunesse
La fièvre « djeune » égarerait-elle les esprits ? Voici que les grandes plumes ont la chair de poule et claquent des dents comme des mots. Dans le Figaro, le débloque-noteur Ivan Rioufol vitupère contre
« les lycéens embobinés », alors que dans les Echos le chroniqueur Eric le Boucher, dit « Faut que ça saigne », découpe en rondelles d’insignifiance ces élèves mal élevés qui « ignorent tout du texte
sur les réformes, manifestent pour manifester, pour louper les cours…
». Rien que des « enfants »… qui prétendent  «imposer la dictature des monômes à tous les gouvernements» selon Alexis Brézet,  l'éditorialiste de choc du Fig-Mag, version hebdomadaire de notre Pravda nationale.Voilà les petits marquis de la pensée inique au secours de ces ministres et dirigeants de l’UMP qui ritournellent leur disqualification des « chahuts d'adolescents », selon l'expression paternaliste de l'éditorialiste figaresque Yves Thréard. Mais ces « mômeries »  n'en sont plus, si « l'intelligence, la raison, le bon sens » leur venaient jusqu'à les pousser à défendre la réforme du pouvoir.

La secrétaire d'Etat aux Sports Rama Yade, l'a dit sans fards: les jeunes peuvent manifester, mais « en faveur de la réforme des retraites !... » Rama, ramons, ramez, mais uniquement dans le sens du gouvernement…

On notera d’ailleurs que dans ce carillon d’autoritarisme cynique, un son de cloche inhabituel s’est fait entendre : Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, en principe sur ces questions de société muet comme un coffre, et qui lui aussi a manifesté son incompréhension de toute contestation. Cette autorité pastorale de l’argent a appelé les « jeunes » à soutenir les reports du départ en retraite. Bref, quand ils sont contre ce sont des enfants qui méritent une fessée et doivent être consignés à la maison et quand ils sont pour ce sont des jeunes raisonnables qu’il faut féliciter…

Quel que soit l’avis qu’on puisse avoir sur cette fameuse réforme, ce qui est insupportable c’est la disqualification, la double délégitimation même de toute pensée contraire a fortiori lorsqu’elle est exprimée par des adolescents. D’abord « il n’y a pas le choix…on ne peut pas faire autrement… ». Vous avez entendu, subi cette assertion, dix, cent, mille fois depuis un an environ. Pourtant il y a toujours le choix, et nombre d’autres sociétés démocratiques ont procédé autrement. Mais il n’empêche qu’on vous martèle imperturbablement cette fausse évidence, cette imposture déguisée en leçon de savoir : « tout cela est inéluctable ». Et le peuple dan son immense majorité, -serait-il obtus, têtu, inconscient ?- s’obstine à dire non à ses élites et à refuser le menu unique et inégalitaire imposé. Le miracle est qu’il exprime son refus aussi calmement, avec aussi peu de violence, alors que le pouvoir prétend l’écouter, mais qu’il n’entend rien. On songe à Jacques Chirac qui répétait cet avertissement à ses premiers ministres : « il ne faut jamais acculer un chat, ni un homme, ni un peuple dans un coin, sinon il griffe, il mord… »

Plus intolérable encore est cette volonté d’exclusion morgueuse du débat, cette arrogance élitiste de ces excellences, ministérielles et éditorialistes, qui prétendent faire le bonheur des jeunes - « c’est dans votre intérêt » - mais refusent que les jeunes aient leurs mots à dire. De toutes façons, ils sont sots, ne savent pas lire, ou n’en prennent pas le temps, et sont manipulés. S’ils étaient si manipulables que cela, pourquoi ne sont-ils pas « embobinés » par les plus intelligents, c’est à dire nos éditorialistes modernistes qui règnent en maîtres dans l’écrasante majorité des médias. Si seulement ils avaient l’humilité - Dieu du ciel….- de reconnaitre à l’autre, eut-il quelques printemps de moins, le droit à la différence, à la pensée individuelle, à l’autonomie. Ils ne réfutent pas des arguments, ils dénient la possibilité d’en avoir, puisqu’on leur presserait du lait et il en sortirait du coca cola. Sauf que la confrontation démocratique commence par reconnaître à l’autre, à fortiori s’il est moins gradé, le droit à l’expression d’observations, de réflexions fussent-elles moins articulées que celles de Messieurs je sais tout, mais je n’ai jamais vu, entre autres, venir la crise…

Ils devraient pourtant se féliciter de ces manifestations de solidarité intergénérationelle, tous ces censeurs qui ont fustigé cette « jeunesse égoïste ». Ils pourraient se réjouir qu’elle sorte d’elle même pour prendre en compte et en charge les problèmes de la société, alors qu’ils lui reprochaient vertement d’avoir la tête dans internet ou dans l’alcool des apéros facebook.. Ça ne veut pas dire qu’il faille dire amen aux simples bourgeonnements intellectuels. Un gazouillis lycéen ne fait pas le Printemps ! Ça signifie simplement qu’une société est adulte quand elle prend ses adolescents au sérieux, que ça la grandit de les aider à grandir, et qu’elle se « rapetit » en s’obstinant à les voir tout petits, petits, petits…








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