Quand les jeunes chercheurs passent leur temps à chercher… des CDD mal payés
Jeudi 6 Mars 2008 à 00:25 | Lu 20903 fois I 12 commentaire(s)
Sylvain Lapoix
Travailler plus et mieux pour gagner beaucoup de précarité : la carrière des jeunes chercheurs est nettement moins enviable que leurs diplômes. Les réformes Pécresse n’arrangent rien à ce qui pourrait bien finir en crise de vocation.
Photo : Hélène Cardi
Photo : Hélène Cardi
« Je voudrais faire de la recherche » : au train où vont les réformes, ce refrain pourrait bien un jour disparaître des fiches de renseignements que remplissent tous les lycéens en début d’année scolaire, tant l'horizon semble bouché pour les nouveaux venus. Au cœur des revendications du collectif Sauvons la Recherche qui s'est mobilisé mardi 4 mars, le sort des jeunes chercheurs ne semble même pas profiter du « papy boom » — à savoir les départs en retraite des « soixante-huitards » qui occupent actuellement les postes au CNRS, à l'INRA ou encore à l'INSERM.
La précarité fait désormais partie du cursus
De fait, la nouvelle formule magique des cursus de recherche, c'est le post-doctorat, ou « post doc ». « Ailleurs, on appelle ça un CDD », décrypte un syndicaliste. En pratique, passé le master (bac +5) et 4 à 5 ans de doctorat, la règle veut désormais qu'on consolide son CV avec des contrats à durée déterminé en laboratoire, souvent attribués par l'Agence nationale pour la recherche (ANR), dans le cadre d'un projet précis. « Le hic, c'est que le budget accordé par l'ANR pour un post doc comprend le salaire et les frais de recherche », souligne Carlos Labat, ingénieur à l'INSERM. Et comme les crédits de recherche des laboratoires ne vont pas en augmentant, le salaire devient la variable d'ajustement. Que ce soit dans les sciences humaines et sociales ou en sciences « dures », il est de bon ton d'enchaîner deux à trois années de ces contrats. Voire un peu plus, comme le constate Carlos Labat : « on voit régulièrement des jeunes postuler pour un deuxième post doc en attendant de passer les examens du CNRS ou d'autres instituts. »
Bilan : les quelques chanceux qui trouveront des places ne seront en moyenne embauchés que vers 32 ou 33 ans. A moins d'avoir démarré sur les chapeaux de roues, sans perdre une seule année, comme Etienne, 28 ans, en fin de thèse de sciences politiques. « Les post doc sont loin d'être l'idéal pour faire de la recherche : un an pour traiter un sujet, c'est très court, surtout quand on prépare les concours administratifs ou qu'on cherche un autre contrat pour ne pas se retrouver le bec dans l'eau à la fin de l'année, raconte-t-il. Entre les doctorants qui s'occupent des travaux dirigés en ATER (chargés de TD) et les CDD de l'ANR, les jeunes chercheurs contribuent beaucoup à la bonne marche de l'université et de la recherche, pour des garanties d'embauche très faibles. » Ainsi, dans la spécialité d’Etienne, l'université offre, au niveau national, 9 postes pour 2008, et le CNRS 1 ou 2. Sur la ligne de départ : 200 à 300 candidats. Dans cette situation, Etienne ne s'étonne pas que beaucoup partent au Canada ou aux Etats-Unis. Ou abandonnent tout simplement la recherche pour l'enseignement.
La précarité fait désormais partie du cursus
De fait, la nouvelle formule magique des cursus de recherche, c'est le post-doctorat, ou « post doc ». « Ailleurs, on appelle ça un CDD », décrypte un syndicaliste. En pratique, passé le master (bac +5) et 4 à 5 ans de doctorat, la règle veut désormais qu'on consolide son CV avec des contrats à durée déterminé en laboratoire, souvent attribués par l'Agence nationale pour la recherche (ANR), dans le cadre d'un projet précis. « Le hic, c'est que le budget accordé par l'ANR pour un post doc comprend le salaire et les frais de recherche », souligne Carlos Labat, ingénieur à l'INSERM. Et comme les crédits de recherche des laboratoires ne vont pas en augmentant, le salaire devient la variable d'ajustement. Que ce soit dans les sciences humaines et sociales ou en sciences « dures », il est de bon ton d'enchaîner deux à trois années de ces contrats. Voire un peu plus, comme le constate Carlos Labat : « on voit régulièrement des jeunes postuler pour un deuxième post doc en attendant de passer les examens du CNRS ou d'autres instituts. »
Bilan : les quelques chanceux qui trouveront des places ne seront en moyenne embauchés que vers 32 ou 33 ans. A moins d'avoir démarré sur les chapeaux de roues, sans perdre une seule année, comme Etienne, 28 ans, en fin de thèse de sciences politiques. « Les post doc sont loin d'être l'idéal pour faire de la recherche : un an pour traiter un sujet, c'est très court, surtout quand on prépare les concours administratifs ou qu'on cherche un autre contrat pour ne pas se retrouver le bec dans l'eau à la fin de l'année, raconte-t-il. Entre les doctorants qui s'occupent des travaux dirigés en ATER (chargés de TD) et les CDD de l'ANR, les jeunes chercheurs contribuent beaucoup à la bonne marche de l'université et de la recherche, pour des garanties d'embauche très faibles. » Ainsi, dans la spécialité d’Etienne, l'université offre, au niveau national, 9 postes pour 2008, et le CNRS 1 ou 2. Sur la ligne de départ : 200 à 300 candidats. Dans cette situation, Etienne ne s'étonne pas que beaucoup partent au Canada ou aux Etats-Unis. Ou abandonnent tout simplement la recherche pour l'enseignement.
Le « piège » de la mobilité
Parmi les quelques « accélérateurs » qui permettent d’emprunter un raccourci entre la thèse et l'embauche, les expériences à l'étranger sont valorisées… parfois à tort ! « La plupart des postes dans les grands instituts s'obtiennent en étant déjà dans la maison, explique Morgane Gorria, présidente de la Confédération des jeunes chercheurs (CJC). Quand un jeune est à l'étranger en post doc, même s'il publie dans des revues spécialisées, il n'est pas forcément reconnu en France et a plus de difficulté à intégrer des organismes de recherche. » Conséquence absurde de cette situation : l'INSERM fait depuis quelque temps des propositions de « retour de post doc », des CDD d'un ou deux ans pour se « réinsérer » dans le milieu de la recherche français !
Des alternatives font néanmoins leur apparition, comme à l'INRA, où le recrutement après thèse intègre une période de mobilité dans les premières années qui permet de se familiariser avec les centres de recherche étrangers. Un système que la Confédération des jeunes chercheurs aimerait voir se généraliser. Reste que, d'après les chiffres de la CJC, un poste sur deux dans la recherche serait un CDD. Au cœur des revendications, l'augmentation du nombre de poste et la précocité des embauches.
A cela, le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche répond en deux temps : multiplications des projets et encouragement de la recherche privée (+390 millions d'euros par an pour le crédit d'impôt recherche). Des options qui ne convainquent pas vraiment les doctorants : « les entreprises recrutent des ingénieurs et des élèves de grandes écoles, ils ont une mauvaise image des universités, assure un jeune chercheur. On nous fait croire que le privé c'est l'avenir mais on ne nous y accueille pas. »
Pas la peine de rêver à une augmentation des effectifs : le remplacement des départs en retraite est perçu comme un traitement de faveur par les instituts de recherche ! Le découragement est déjà visible : en biologie, la moitié des sujets de thèse financés proposés en 2007 n'ont pas trouvé preneur...
Parmi les quelques « accélérateurs » qui permettent d’emprunter un raccourci entre la thèse et l'embauche, les expériences à l'étranger sont valorisées… parfois à tort ! « La plupart des postes dans les grands instituts s'obtiennent en étant déjà dans la maison, explique Morgane Gorria, présidente de la Confédération des jeunes chercheurs (CJC). Quand un jeune est à l'étranger en post doc, même s'il publie dans des revues spécialisées, il n'est pas forcément reconnu en France et a plus de difficulté à intégrer des organismes de recherche. » Conséquence absurde de cette situation : l'INSERM fait depuis quelque temps des propositions de « retour de post doc », des CDD d'un ou deux ans pour se « réinsérer » dans le milieu de la recherche français !
Des alternatives font néanmoins leur apparition, comme à l'INRA, où le recrutement après thèse intègre une période de mobilité dans les premières années qui permet de se familiariser avec les centres de recherche étrangers. Un système que la Confédération des jeunes chercheurs aimerait voir se généraliser. Reste que, d'après les chiffres de la CJC, un poste sur deux dans la recherche serait un CDD. Au cœur des revendications, l'augmentation du nombre de poste et la précocité des embauches.
A cela, le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche répond en deux temps : multiplications des projets et encouragement de la recherche privée (+390 millions d'euros par an pour le crédit d'impôt recherche). Des options qui ne convainquent pas vraiment les doctorants : « les entreprises recrutent des ingénieurs et des élèves de grandes écoles, ils ont une mauvaise image des universités, assure un jeune chercheur. On nous fait croire que le privé c'est l'avenir mais on ne nous y accueille pas. »
Pas la peine de rêver à une augmentation des effectifs : le remplacement des départs en retraite est perçu comme un traitement de faveur par les instituts de recherche ! Le découragement est déjà visible : en biologie, la moitié des sujets de thèse financés proposés en 2007 n'ont pas trouvé preneur...
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