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Quand les jeunes UMP récupèrent mai 68...Sylvain Lapoix | Samedi 26 Avril 2008 à 00:07 | Lu 17655 fois
A coup de slogans calibrés et d'un buzz professionnel, les jeunes militants de l'UMP Grandes écoles livrent au parti sur un plateau l'occasion de griller le PS et l'extrême gauche sur la commémoration de mai 1968 !
Cheveux longs et sauvages, grande gueule et slogans chocs... Frédéric Lefèbvre sera-t-il le « Dany le Bleu » de mai 2008 ? C'est en tous cas avec sa bénédiction qu'une poignée de militant de l'UMP Grandes Ecoles (UMP GE) ont lancé l'opération « 40 ans + tard ». Objectif affiché du président du président du groupe, Benjamin Lancar : « Nous voulons préempter mai 68 » - comprendre « à la place de la gauche. » « Mai 1968 n'a déposé aucun copyright sur la jeunesse, alors en avant ! », clame le blog créé pour l'occasion, propre comme une pub pour Bouygues Télécom. Ils se sont même trouvé un nom : les « deux milles huitards » !
Benjamin Lancar, président des UMP GE. Crédits : Véronique Bury
« Cours, mon ami, l'immobilisme est derrière toi ! » et autres slogans
Tout est parti du concept élaboré en février par une trentaine de militants UMP venus de modestes officines para-universitaires (Polytechnique, Normal Sup, ENA, HEC, Sciences Po, etc.) pour se positionner sur l'anniversaire de mai 1968 : « la jeunesse qui bouge a changé de camp. » A partir de là , les UMP GE ont créé le blog, le logo, réalisé le dossier de presse et surtout forgé toute une série de slogans parodiques ou décalés comme « ils avaient des pavés nous avons des idées. » « Le mouvement étudiant de mai 1968 est bon à reprendre dans l'esprit : nous aussi nous luttons contre l'immobilisme, explique Camille Bedin, responsable de la section Sciences Po des UMP GE. Nous avons fourni un projet clé en main à l'UMP qu'il a accepté tout de suite sans modification. » Présenté le jeudi 10 avril au service communication, lundi 14 à Frédéric Lefèbvre, la campagne était lancée par le parti au point presse avec un renfort substantiel de la maison-mère : 35000 autocollants, 2000 affiches, 15000 tracts et une brochette de parlementaires UMP en interview sur le site pour faire bonne mesure. Service tout compris : ouverture, réformes et recrutement Rompus aux règles du buzz, les militants des Grandes écoles ont sorti leur petite vidéo : quatre presque sosies de ministres – en l'occurrence Eric Woerth, Valérie Pécresse et Brice Hortefeux – balancent un argumentaire ultra calibré sur leurs initiatives. S'il revendique de n'être « pas de tribunal du passé », il faut le dire vite : parmi les images qui défilent sur leur site, « l'héritage lourd » laissé selon eux à la jeunesse par les soixante-huitards mélange les émeutes en banlieue, le « Non » au référendum sur l'Europe, les manifestations contre les abus de stage du collectif Génération précaire, Le Pen au second tour de la présidentiel de 2002 et les manifs étudiantes.
Pour le reste, c'est un sans faute : « se mobiliser pour les réformes », « ce n'est pas que l'UMP, ce sont aussi les jeunes du Nouveau Centre »... Les jeunes ont respecté à la lettre les consignes présidentielles. Ainsi, l'ouverture a sa place : les jeunes recevront le père et le fils Glucksman, « des personnalités représentatives de la gauche » (sic !) et Pierre Moscovici (à confirmer).
Tout bénéf pour l'UMP Quand au Livre blanc qu'ils doivent remettre aux ministres et à ses « propositions concrètes, par exemple sur le logement étudiant » que vante Camille Bedin dans la vidéo, il s'agira surtout d'une réflexion « sur l'engagement des jeunes en politique », avoue le président des UMP GE. Il ne faudrait pas vexer Valérie Pécresse et son plan de 620 millions d'euros sur quatre ans pour les Cités U.
Le « lourd héritage » des soixante-huitards selon l'UMP GE.
Au delà du coup de buzz, les UMP GE assument le fait de s'occuper du sujet-piège mai 68 pour le compte du parti : « Nous sommes là pour aider l'UMP, concède Benjamin Lancar. Mais c'est aussi l'occasion de changer l'image des jeunes de droite et de renforcer notre structure. » Malgré des effectifs de seulement 2000 militants sur les 40000 jeunes UMP (les « jeunes pop »), la section Grandes écoles est reconnue comme une « cheville ouvrière de la communication en direction des jeunes » par les instances du parti. Le soutien de la rue de la Boétie sur le projet est, pour Camille Bedin, « un signe de confiance fort ».
Au MJS on rit jaune : « C'est quoi, une mauvaise blague ? », s'interroge un militant. Le site Internet du Mouvement des Jeunes socialstes propose un programme bien pâle pour le mois de mai : Conseil national, conseil national, conseil national... Et on ne se presse pas pour réagir à l'initiative du camp d'en face. Côté associatif, on est plus philosophe : à Génération précaire, cité par 40 ans + tard dans la catégorie « lourd héritage », on insiste sur l'absence de référence à mai 68 dans les actions. « Mai 2008 n'appartient ni aux vieux de 68, ni aux jeunes d'aujourd'hui, juge Julien, un des responsables du collectif. S'ils se mobilisent pour que ça change, tant mieux. Mais s'ils préemptent ce symbole juste pour faire de la spéculation, ils seraient plus inspirés de retourner à leurs chères études. » Comment leur en vouloir : une campagne marketing pareil, ça vaut presque un stage de terrain !
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