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Quand les drones US prennent pour cible… des soldats US

Dimanche 3 Octobre 2010 à 13:01 | Lu 9171 fois I 10 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Dans son dernier livre, intitulé «Les guerres d'Obama», le journaliste américain Bob Woodward révèle que des drones américains auraient tué des citoyens américains en territoire pakistanais. Une bavure, embarrassante pour la CIA, qui vient s'ajouter à une longue liste de dommages collatéraux et interroge sur la virtualisation croissante des champs de bataille.


Quand les drones US prennent pour cible… des soldats US
Quand l’armée américaine envahit l’Irak en 2003, elle ne dispose que d’une poignée de drones. Elle en possède aujourd’hui plus de 7.000. Une nouvelle technologie de guerre vouée à transformer le champ de bataille. Tuer plus vite, plus loin… et moins cher. L’arme idéale. Après la guerre dite « chirurgicale », voici la guerre télécommandée. « L'ennemi ne figure que comme cible sur un ordinateur, tout comme le partenaire sexuel ne figure que comme un nom de code sur l'écran du Minitel rose », disait Baudrillard dans « la guerre du Golfe n’a pas eu lieu ». Un texte écrit il y a près de 20 ans…

Le minitel rose a laissé place à Chatroulette et le mythe de la « guerre propre » a fait long feu. Le savoir faire technologique permet aujourd’hui d’équiper ces avions sans pilote de charges lourdes et de les contrôler à distance sur des milliers de kilomètres. L’engin, initialement conçu pour l’observation et le renseignement, se transforme en véritable arme de destruction massive. Dans une quête toujours plus absolue du « zéro mort », le robot remplace le soldat. Une évolution qui tend à virtualiser de plus en plus les conflits… surtout pour les attaquants. L'ennemi est au bout du joystick.

Une drône de guerre

Les frappes de drônes en Afghanistan depuis 2004
Les frappes de drônes en Afghanistan depuis 2004
En revanche, les dommages collatéraux sont bien réels. Et le drone ne fait pas dans le détail. Ancien conseiller du général David Petraeus, David Kilcullen avait mis en garde contre un usage abusif des drones : « Chaque mort d’un non-combattant représente une famille hostile, un nouveau désir de revanche et plus de recrues pour un mouvement qui s’est développé de manière exponentielle ».

Dès sa prise de fonction, le président Barack Obama avait décidé d’intensifier les raids punitifs sur les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, quelles qu’en soient les retombées politiques. Les rapports militaires dévoilés par Wikileaks font état des très nombreuses bavures imputées aux missiles tirés par les drones.
Selon une étude de la New America Foundation, depuis son arrivée au pouvoir,  les attaques de drones auraient été multipliées par trois et un tiers des victimes seraient des civils.

Selon Mary Ellen O’Connell, vice-président de l’American Society of International Law, l’emploi de drones au Pakistan est même illicite : « Dans la plupart des attaques de drones, les Etats-Unis ciblent un seul individu mais beaucoup meurent, ce qui pose la question de savoir s’ils respectent l’immunité des civils et le principe de proportionnalité. Tuer à longue distance rend la décision plus facile. Au Pakistan ou au Yemen, les Etats-Unis emploient des drones hors des zones de conflits.».

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Preuve en est, dans son dernier ouvrage, «Obama’s Wars», Bob Woodward, connu pour avoir révélé le scandale du Watergate, soutient fermement que les Américains ont ainsi conclu un accord avec le Pakistan pour mener des frappes massives au cœur des zones tribales. Le journaliste affirme que lors d’une rencontre entre l’ancien directeur de la CIA, Michael Hayden et le président Pakistanais, Asif Ali Zardari, ce dernier aurait déclaré : « Tuez les dirigeants. Les dommages collatéraux vous inquiètent, vous les Américains. Moi je ne m’en préoccupe pas ».

Hayden aurait alors informé Zardari que « plusieurs Occidentaux, y compris certains détenteurs de passeport américain, avaient été tués cinq jours plus tôt dans le camp d’entraînement de Kam Sham dans la zone tribale du Nord Warziristan », écrit Woodward. « Mais la CIA n’a pas voulu révéler les détails en raison des implications au regard du droit américain ». « Une carte ultrasecrète de la CIA détaillant les attaques avait été transmise aux Pakistanais », écrit Woodward. « Mais elle omettait de mentionner le constat dérangeant de la mort d’américains... La CIA n’allait pas donner de précisions ».

Zéro mort, zéro bavure. L’arme idéale.








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