Quand les Echos s'agenouillent devant Prot le fiscalophobe
Mercredi 22 Septembre 2010 à 17:01 | Lu 6582 fois I 7 commentaire(s)
La Plume d'Aliocha - Blogueuse Associée
Bien que la presse généraliste se fasse de plus en plus l'écho de l'opprobre sur les banques, d'irréductibles journalistes de la presse spécialisée continuent d'idolâtrer leurs dirigeants pour peu qu'ils aient été malmenés par cette crise… Quant au New Deal bancaire censé révolutionner l'univers financier ? Une tempête dans un verre d'eau selon notre blogueuse.
(Wikimediacommons - Ethos - cc)
Si la presse généraliste nous offre depuis quelques semaines la bouffée d’oxygène d’une amorce de rébellion, la presse économique en revanche continue de faire allégeance à ses princes sans faiblir. En témoigne le magnifique numéro des Echos d’hier. Le journal est fier. Songez donc, il a décroché une interview de Baudoin Prot, le directeur général de BNP Paribas. C’est un peu comme si La Croix obtenait un entretien exclusif avec Saint Pierre. Autant dire qu’on a mis les petits plats dans les grands et sorti les violons. Au demeurant, nos banques ont traversé une période si difficile ces derniers temps, qu’il vaut mieux « cocooner »leurs dirigeants, des fois qu’ils s’effondrent en larmes en plein milieu de l’interview.
Mais que nous dit le cher banquier, songez-vous, tout brûlant d’impatience. Avant toute chose, je vous invite à lire cet article de l’Expansion, il vous donnera une idée assez juste de la soi-disant grande réforme bancaire du moment.
Donc, notre banquier nous explique :
Que les nouvelles exigences de fonds propres (Bâle 3 pour les intimes) représentent « un véritable New Deal bancaire » comme on n’en voit que tous les 50 ans. En réalité, il botte en touche puisque les journalistes l’interrogeaient sur le combat mené depuis des mois par les banques pour limiter autant que possible leurs nouvelles obligations. La réponse aurait dû être articulée autour de « nous sommes d’accord avec telle mesure, nous contestons telle autre ». Qu’importe les veilles querelles rétorque le banquier, c’est le résultat qui compte. Et pour cause, les banques ont gagné la partie. Mieux vaut avoir le triomphe modeste dans ce genre de situation.
Il nous dit aussi qu’il serait injuste de créer une taxe sur les banques parce que celles-ci n’ont rien coûté au contribuable français, mieux, elles lui ont rapporté 2 milliards d’intérêts. Par ailleurs, elles sont déjà bien trop taxées. Evidemment, on ne fournit aucun chiffre à l’appui de cette information. Elle sont trop taxées, c’est tout. Une taxe étant par nature superflue pour celui qui la subit, on aurait aimé en savoir un peu plus.
Parfois les questions des journalistes sont si compatissantes que Baudoin Prot est obligé de les réconforter. Ainsi, ils s’inquiètent à la perspective que les nouvelles exigences de fonds propres puissent empêcher les banques de faire des acquisitions dans les mois qui viennent. Elles pourront toujours procéder par échange de titres ou faire appel au marché, les rassure Baudoin Prot. Ouf ! On a eu peur pour elles, dites-moi. Comment pourraient-elles jouer la carte du Too big to fail (on ne peut pas faire autrement que de les sauver car leur disparition serait trop grave) lors de la prochaine crise s’il nous venait l’idée folle d’entraver leur croissance future avec nos réglementations frileuses de gens qui ne comprennent rien au film ?
Mais que nous dit le cher banquier, songez-vous, tout brûlant d’impatience. Avant toute chose, je vous invite à lire cet article de l’Expansion, il vous donnera une idée assez juste de la soi-disant grande réforme bancaire du moment.
Donc, notre banquier nous explique :
Que les nouvelles exigences de fonds propres (Bâle 3 pour les intimes) représentent « un véritable New Deal bancaire » comme on n’en voit que tous les 50 ans. En réalité, il botte en touche puisque les journalistes l’interrogeaient sur le combat mené depuis des mois par les banques pour limiter autant que possible leurs nouvelles obligations. La réponse aurait dû être articulée autour de « nous sommes d’accord avec telle mesure, nous contestons telle autre ». Qu’importe les veilles querelles rétorque le banquier, c’est le résultat qui compte. Et pour cause, les banques ont gagné la partie. Mieux vaut avoir le triomphe modeste dans ce genre de situation.
Il nous dit aussi qu’il serait injuste de créer une taxe sur les banques parce que celles-ci n’ont rien coûté au contribuable français, mieux, elles lui ont rapporté 2 milliards d’intérêts. Par ailleurs, elles sont déjà bien trop taxées. Evidemment, on ne fournit aucun chiffre à l’appui de cette information. Elle sont trop taxées, c’est tout. Une taxe étant par nature superflue pour celui qui la subit, on aurait aimé en savoir un peu plus.
Parfois les questions des journalistes sont si compatissantes que Baudoin Prot est obligé de les réconforter. Ainsi, ils s’inquiètent à la perspective que les nouvelles exigences de fonds propres puissent empêcher les banques de faire des acquisitions dans les mois qui viennent. Elles pourront toujours procéder par échange de titres ou faire appel au marché, les rassure Baudoin Prot. Ouf ! On a eu peur pour elles, dites-moi. Comment pourraient-elles jouer la carte du Too big to fail (on ne peut pas faire autrement que de les sauver car leur disparition serait trop grave) lors de la prochaine crise s’il nous venait l’idée folle d’entraver leur croissance future avec nos réglementations frileuses de gens qui ne comprennent rien au film ?
Allez vous faire appel aux marchés pour respecter les nouveaux ratios, s’inquiètent encore nos gentils reporters qui se sont quand même mis à trois pour réaliser cette interview de haute volée ? Non, les rassure le banquier, BNP Paribas continuera de mettre deux tiers de son bénéfice en réserve et de distribuer le reste, comme elle le fait déjà depuis des années. Entre nous, il a l’air drôlement contraignant, ce new deal historique….
En fait, cette interview nous apprend que la seule chose qui va changer, c’est le coût et le volume du crédit alloué par les banques à l’économie. Convenez que c’est balot. Enfin, pour l’économie, bien sûr. Parce que pour les banques, ça va plutôt bien. Et pour BNP Paribas, ça va encore mieux.
Hasard du calendrier, le quotidien nous informait toujours hier qu’onze de nos amies les banques, dont BNP Paribas, venaient de se voir infliger une amende record de 385 millions d’euros par l’Autorité de la concurrence. Motif ? Une sombre affaire de commissions interbancaires sur le traitement des chèques entre 2002 et 2007, commission qui ne correspondait à aucun service mais avait pour effet de surenchérir les tarifs bancaires, en particulier pour les entreprises. Fort heureusement, elles ont une chance de se refaire, nous explique l’article, via les virements de proximité voulus par Bercy qui pourraient venir remplacer les chèques et donner lieu à…une nouvelle tarification de services.
Heureusement, entre nous, que l’éditorialiste nous explique ce qu’il faut penser de la sanction contre nos amies les banques. On peut certes, selon lui, remettre à plat la grille de tarification, mais à condition de se souvenir que « la surfacturation de certains services vient compenser la faiblesse des marges des crédits payées par les clients par ailleurs ». La voix de son maître.
Que la presse spécialisée s’emploie à corriger les visions caricaturales enracinées dans une ignorance réelle ou supposée des fondamentaux, pourquoi pas ? On dit que les français manquent de culture économique, admettons. Qu’on ait une mauvaise vue d’ensemble quand on observe les choses de trop près, comme disait Audiard, c’est certain. Qu’à force d’entendre toujours les mêmes discours, prononcés par des gens bardés de diplômes, on finisse par y croire, c’est humain. Mais que la crise n’ait pas secoué les esprits, aiguisé le sens critique, excité la curiosité intellectuelle de certains journalistes économiques, ça me laisse sans voix. Et le plus terrible, dans cette affaire, c’est que ce sont les plus compétents en cette matière qui sont aussi les plus aveugles. Ou les plus soumis, c’est selon.
Pour les rebelles qui voudraient se désintoxiquer en urgence de ces brèves évocations de la bonne parole bancaire, je recommande le manifeste des économistes en colère, ici. Je ne suis pas certaine d’adhérer à toutes leurs propositions, mais je partage leur irritation. Voyez également le best seller de Michael Lewis sur la crise. Je ne l’ai pas encore lu, mais les extraits reproduits sur le site de Marianne sont appétissant. Tant qu’on y est, et bien que j’ai horreur de l’autocitation, je vous renvoie à ce vieux billet dans lequel je rigolais d’entendre Aphatie parler, à propos de ses difficultés à obtenir une interview de Baudoin Prot en plein coeur de la crise, de la timidité des banquiers. J’en ris encore…
Retrouvez les articles de « La Plume d'Aliocha » sur son blog
En fait, cette interview nous apprend que la seule chose qui va changer, c’est le coût et le volume du crédit alloué par les banques à l’économie. Convenez que c’est balot. Enfin, pour l’économie, bien sûr. Parce que pour les banques, ça va plutôt bien. Et pour BNP Paribas, ça va encore mieux.
Hasard du calendrier, le quotidien nous informait toujours hier qu’onze de nos amies les banques, dont BNP Paribas, venaient de se voir infliger une amende record de 385 millions d’euros par l’Autorité de la concurrence. Motif ? Une sombre affaire de commissions interbancaires sur le traitement des chèques entre 2002 et 2007, commission qui ne correspondait à aucun service mais avait pour effet de surenchérir les tarifs bancaires, en particulier pour les entreprises. Fort heureusement, elles ont une chance de se refaire, nous explique l’article, via les virements de proximité voulus par Bercy qui pourraient venir remplacer les chèques et donner lieu à…une nouvelle tarification de services.
Heureusement, entre nous, que l’éditorialiste nous explique ce qu’il faut penser de la sanction contre nos amies les banques. On peut certes, selon lui, remettre à plat la grille de tarification, mais à condition de se souvenir que « la surfacturation de certains services vient compenser la faiblesse des marges des crédits payées par les clients par ailleurs ». La voix de son maître.
Que la presse spécialisée s’emploie à corriger les visions caricaturales enracinées dans une ignorance réelle ou supposée des fondamentaux, pourquoi pas ? On dit que les français manquent de culture économique, admettons. Qu’on ait une mauvaise vue d’ensemble quand on observe les choses de trop près, comme disait Audiard, c’est certain. Qu’à force d’entendre toujours les mêmes discours, prononcés par des gens bardés de diplômes, on finisse par y croire, c’est humain. Mais que la crise n’ait pas secoué les esprits, aiguisé le sens critique, excité la curiosité intellectuelle de certains journalistes économiques, ça me laisse sans voix. Et le plus terrible, dans cette affaire, c’est que ce sont les plus compétents en cette matière qui sont aussi les plus aveugles. Ou les plus soumis, c’est selon.
Pour les rebelles qui voudraient se désintoxiquer en urgence de ces brèves évocations de la bonne parole bancaire, je recommande le manifeste des économistes en colère, ici. Je ne suis pas certaine d’adhérer à toutes leurs propositions, mais je partage leur irritation. Voyez également le best seller de Michael Lewis sur la crise. Je ne l’ai pas encore lu, mais les extraits reproduits sur le site de Marianne sont appétissant. Tant qu’on y est, et bien que j’ai horreur de l’autocitation, je vous renvoie à ce vieux billet dans lequel je rigolais d’entendre Aphatie parler, à propos de ses difficultés à obtenir une interview de Baudoin Prot en plein coeur de la crise, de la timidité des banquiers. J’en ris encore…
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