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Quand le directeur de l'Express se donne en spectacle dans le petit milieu de la Sarkozie

Régis Soubrouillard - Marianne | Jeudi 19 Novembre 2009 à 14:01 | Lu 26458 fois

Dans une enquête sur Philippe Courroye, les journalistes de l'Express rapportent une anecdote croquignolette: une soirée théâtre à domicile a été donnée par la troupe de Christophe Barbier, leur propre directeur. Dans le public: Courroye, mais aussi Jean-Noël Tassez mis en cause dans l'affaire de l'Angolagate, instruite par le juge... Courroye.



Quand le directeur de l'Express se donne en spectacle dans le petit milieu de la Sarkozie
Mise en scène ou transparence journalistique, l’événement est suffisamment rare pour être signalé. Dans un portrait du juge Philippe Courroye publié par l’Express cette semaine, apparaît le nom de Christophe Barbier, directeur de la rédaction du dit hebdomadaire. Ce n’est pas ici du patron de journal dont il est question, ni de l’éditorialiste multimédia connu pour ses écharpes rouges, mais de l’amateur de théâtre, « membre d’une troupe spécialisée dans les spectacles à domicile ». Une véritable passion : spectacles à domicile, écoles, Christophe Barbier  se produit régulièrement et « gratuitement » s’empresse-t-il de préciser.

L’article, « Philippe Courroye, un procureur très en cour »,  est un long portrait informé d’un ancien juge reconnu pour son indépendance et devenu au fil du temps proche des puissants milieux économiques, politiques et notamment du Sarkoland. Pour preuve de cette évolution, les journalistes font donc le récit d'une soirée « théâtre » assez surréaliste donnée pour une trentaine de privilégiés dans l’appartement du Quartier Latin du célèbre avocat Paul Lombard, lui même proche de nombreux patrons du CAC 40.

Paul Lombard est lui aussi un grand amateur de théâtre. Au début de l’année 2009, il demande à Christophe Barbier,  « membre d'une troupe amateur spécialisée dans les spectacles à domicile, de jouer la pièce Le Souper » écrivent les enquêteurs de…l’Express.

Parmi les spectateurs privilégiés, se trouvent Philippe Courroye et son épouse, mais aussi Charlotte Rampling et son mari, l’homme d’affaires Jean-Noël Tassez, ancien patron de RMC, poursuivi dans l’affaire de l’Angolagate et condamné depuis à un an de prison avec sursis. Une affaire instruite par le juge…Philippe Courroye, qui est également venu témoigner au procès (1).

Les journalistes de l’Express insistent sur l’aspect burlesque de la scène: « (…)alors que Christophe Barbier vient d'interpréter Talleyrand en costume d'époque, Courroye et Tassez discutent comme deux vieilles connaissances! ».
C’est Christophe Barbier lui-même qui a rapporté l’anecdote à ses journalistes jugeant la scène assez « croquignolette » : « On est journaliste 24 heures sur 24 donc quand je vois ça, évidemment je suis surpris. Je fais régulièrement des soirées théâtre à domicile, mais c’est vrai que celle là était particulière. Je n’avais jamais vu quelque chose d’aussi cocasse se dérouler sous mes yeux auparavant », explique le directeur de l'Express à Marianne2.

Une scène d’autant plus « croquignolette » que dans ses carnets, Yves Bertrand écrivait : « Sarko, un mec le tient : Tassez ». Certes, tout ce que dit et écrit l'ancien patron des RG n'est pas à prendre au pied de la lettre. Reste que voir ledit Tassez et Philippe Courrroye, ami de Sakozy — quasiment le seul ami du président de la République dans la magistrature, d'ailleurs — faire des mondanités ensemble a petit côté «embrassons-nous Folleville»… qui n'a pas l'air d'étonner le directeur de l’Express, visiblement  rompu à ces petits dîners entre amis.

« Paul Lombard fait évidemment des relations publiques. Quand il décide de monter une soirée comme ça, cela permet à des gens de se rencontrer. Mais à ma connaissance le procureur Courroye et Jean-Noël Tassez ne se sont pas éclipsés pendant la soirée histoire de régler éventuellement quelques affaires » nous précise le directeur du journal.
Sans aller jusque là évidemment, les journalistes de l'Express décrivent quand même comment peu à peu on « retourne » un juge : « Il (NDLR : Paul Lombard) a fait basculer Courroye dans un autre monde ». Un monde où l'on déjeune et dîne entre gens d'influence, sans se soucier du qu'en dira-t-on ».

Fréquenter certains milieux. Jusqu'à quel point?

C’est par le détour du procureur Courroye, que le journal traite ainsi des réseaux de la Sarkozye, « le Sarkoland », un univers dans lequel Christophe Barbier nage, lui aussi, comme un poisson dans l’eau. Dans la version en ligne du journal, les commentaires dénoncent d’ailleurs  cette proximité entre hauts magistrats et grands de ce monde, patrons, politiques, show-biz, gens de médias.

« Pour être informé, il faut fréquenter certains milieux, sinon certes, on échappe au soupçon de connivences mais on n'apprend pas grand-chose »
se défend Christophe Barbier. Jusqu'à quel point? Apparaître comme figurant sinon acteur des articles de sa propre rédaction ? C'est toute la problématique du serpent qui se mord la queue. Christophe Barbier conclura sur une note plus divertissante : « Cette soirée était vraiment spéciale car le soir où nous nous avons joué Talleyrand chez Maître Lombard, venait juste d’éclater l’affaire Péan-Kouchner. Et si Talleyrand a été un grand ministre des affaires étrangères, il a aussi été une girouette sous tous les régimes et un courtisan…».

(1) le procès s'est déjà tenu lorsque la soirée théâtre a lieu



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