Quand la télé critique la télé: le match France 2 vs TF1
Jeudi 18 Mars 2010 à 19:34 | Lu 12984 fois I 34 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Après Le jeu de la mort, France 2 diffuse ce soir, un documentaire de Christophe Nick, baptisé Temps de cerveau disponible. Une charge sévère et salutaire contre la télé-réalité, mais qui oppose de façon binaire et opportuniste le service public (incarnation du Bien) et le privé, mal absolu.
Le « jeu de la mort » a fait un bide. Seuls 3 millions de téléspectateurs l'ont regardé. Même la rediffusion d'un vieil épisode de «Louis la Brocante» sur France 3 a fait mieux. Pourtant, l'émission avait été largement survendue par ses producteurs, enthousiastes au point d'aller vanter sur les chaînes privées et jusque chez Ardisson les vertus de la télévision publique. Une télévision parfaite jamais suiviste, jamais servile, échappant totalement aux racolages putassiers, logiques concurrentielles et commerciales. Le Jeu de la mort s'est cependant révélé être une caricature que la télé privée aurait tout aussi bien pu nous servir. Ses auteurs sont tombés dans les mêmes travers que les télévisions commerciales qu’ils prétendaient dénoncer. Certes la télévision publique s’interdit bien des dérives — notamment les productions de télé-réalité — mais une soirée devant l’émission de Guillaume Durand « L'objet du scandale » suffit à se convaincre qu’il ne faudrait pas grand chose pour que TF1 signe le concept et le diffuse sur son antenne.
Christophe Nick arrive un peu après la bataille, la télé-réalité est à bout de souffle et l’essentiel a été dit sur ces productions. C’est le moment choisi par la télévision pour se pencher sur le dernier monstre qu’elle a enfanté.
Le documentaire que diffuse France 2, ce soir, baptisé « temps de cerveau disponible » n’en reste pas moins bien plus intéressant que « le jeu de la mort » et le débat qui l'a suivi.
C’est de 1983, date de l’apparition de l'émissionPsy-show, que Christophe Nick situe le « point de rupture »: «La transgression des interdits est un processus en œuvre depuis 30 ans à la télévision »
« Il est évident que la télévision a été pendant les trente premières années de son existence une machine conformiste, ronronnante, accabla,te pour la jeune. Une machine à fabriquer un consensus petit-bourgeois assez désolant même si elle n’a pas été que ça » estime le philosophe Bernard Stiegler.
Christophe Nick arrive un peu après la bataille, la télé-réalité est à bout de souffle et l’essentiel a été dit sur ces productions. C’est le moment choisi par la télévision pour se pencher sur le dernier monstre qu’elle a enfanté.
Le documentaire que diffuse France 2, ce soir, baptisé « temps de cerveau disponible » n’en reste pas moins bien plus intéressant que « le jeu de la mort » et le débat qui l'a suivi.
C’est de 1983, date de l’apparition de l'émissionPsy-show, que Christophe Nick situe le « point de rupture »: «La transgression des interdits est un processus en œuvre depuis 30 ans à la télévision »
« Il est évident que la télévision a été pendant les trente premières années de son existence une machine conformiste, ronronnante, accabla,te pour la jeune. Une machine à fabriquer un consensus petit-bourgeois assez désolant même si elle n’a pas été que ça » estime le philosophe Bernard Stiegler.
La cupidité et le cynisme: valeurs dominantes du monde télévisuel
« La télévision va devenir intéressante. Psy show, ça apparaît comme ce qui intéresse vraiment les gens. Ce que la psychanalyse a découvert au début du 20è siècle…Mais le petit écran réfléchit quelque chose de la société et ça donne à penser ».
Succès aidant, les producteurs sont alors pris dans une logique qui leur échappe totalement et deviennent des apprentis sorciers de l’étrange lucarne : « ils sont en train de jouer avec les pulsions » commente Bernard Stiegler.
Arrivent les radios libres et se profile la privatisation de TF1. Christophe Nick reprend sa démonstration, comme une ode à l’exemplarité du service public : « les donneurs d’ordre sont les pouvoirs actionnariaux. Le téléspectateur n’est plus qu’une cible marketing, une ménagère de moins ou un prescripteur d’achat. Tous les coups sont permis». TF1, télé-poubelle. Nul scoop ici.
Alors que les chaînes françaises avaient promis de ne pas importer les émissions de télé-réalité, le dégonflement de la bulle spéculative sur valeurs information et communication de 1998 remet cette « promesse » en question.
M6 doit se refaire et déclenche les hostilités, en achetant les productions de John de Mol. Avec le Loft, la télé-réalité débarque en France. « La cupidité et le cynisme deviennent les valeurs dominantes ». La télévision met en scène l’aspect primitif de l’être humain. Selon Stiegler, « il n’y a pas dans l’histoire de l’humanité un tel exemple d’exploitation des pulsions ».
Pointée du doigt : la télévision commerciale toujours et un certain Patrick Le Lay avide de « temps de cerveau disponible ».
« La publicité ne doit pas apparaître forcément comme telle, elle doit s’immiscer dans le programme surtout dans un moment où les mouvements de publiphobie sont de plus en plus forts», précise une professeur de communication.
Une recommandation… que le service public a suivie à la lettre. Avec la bénédiction du CSA, qui a autorisé France Télévisions — privée de publicité après 20 heures par Sarkozy — à utiliser du stratagème du « placement de produits » dans les séries, fictions etc. Le documentaire n’en dira pas un mot. En aurait-il été autrement s'il avait été vendu à TF1?
Normalisation à outrance, infantilisation généralisée, culte de l’immédiat, la télé réalité a certes organisé une mise en abîme de la « misère symbolique », autant qu’entériner une opposition pratique et confortable d’une télé intelligente (publique) contre une télé mauvaise (commerciale). Voire. La télévision a toujours prétendu à une restitution fidèle et intégrale de la réalité. La télévision n’est que remplissage et regarder une image, ce n'est pas regarder le réel.
Succès aidant, les producteurs sont alors pris dans une logique qui leur échappe totalement et deviennent des apprentis sorciers de l’étrange lucarne : « ils sont en train de jouer avec les pulsions » commente Bernard Stiegler.
Arrivent les radios libres et se profile la privatisation de TF1. Christophe Nick reprend sa démonstration, comme une ode à l’exemplarité du service public : « les donneurs d’ordre sont les pouvoirs actionnariaux. Le téléspectateur n’est plus qu’une cible marketing, une ménagère de moins ou un prescripteur d’achat. Tous les coups sont permis». TF1, télé-poubelle. Nul scoop ici.
Alors que les chaînes françaises avaient promis de ne pas importer les émissions de télé-réalité, le dégonflement de la bulle spéculative sur valeurs information et communication de 1998 remet cette « promesse » en question.
M6 doit se refaire et déclenche les hostilités, en achetant les productions de John de Mol. Avec le Loft, la télé-réalité débarque en France. « La cupidité et le cynisme deviennent les valeurs dominantes ». La télévision met en scène l’aspect primitif de l’être humain. Selon Stiegler, « il n’y a pas dans l’histoire de l’humanité un tel exemple d’exploitation des pulsions ».
Pointée du doigt : la télévision commerciale toujours et un certain Patrick Le Lay avide de « temps de cerveau disponible ».
« La publicité ne doit pas apparaître forcément comme telle, elle doit s’immiscer dans le programme surtout dans un moment où les mouvements de publiphobie sont de plus en plus forts», précise une professeur de communication.
Une recommandation… que le service public a suivie à la lettre. Avec la bénédiction du CSA, qui a autorisé France Télévisions — privée de publicité après 20 heures par Sarkozy — à utiliser du stratagème du « placement de produits » dans les séries, fictions etc. Le documentaire n’en dira pas un mot. En aurait-il été autrement s'il avait été vendu à TF1?
Normalisation à outrance, infantilisation généralisée, culte de l’immédiat, la télé réalité a certes organisé une mise en abîme de la « misère symbolique », autant qu’entériner une opposition pratique et confortable d’une télé intelligente (publique) contre une télé mauvaise (commerciale). Voire. La télévision a toujours prétendu à une restitution fidèle et intégrale de la réalité. La télévision n’est que remplissage et regarder une image, ce n'est pas regarder le réel.
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