Quand l'école joue à Koh LantahBénédicte Charles - Marianne | Mardi 6 Octobre 2009 à 07:01 | Lu 3765 fois
Martin Hirsch veut récompenser à coups de milliers d'euros l'assiduité à l'école. Un bon prélude au RSA-jeunes, qui récompensera l'assiduité à l'Anpe.
(Lilly Darma-flickr-cc)
Des milliers d’euros pour récompenser l’assiduité en cours des lycéens… Après un court instant d’incrédulité, il a bien fallu se rendre à l’évidence : l’idée de créer des cagnottes de 2000 euros par classe, qui pourront grossir jusqu’à 10000 euros si tous les élèves viennent en cours, n’émane pas d’un scénariste de téléréalité stipendié par M6 ou TF1. C’est Martin Hirsch, Haut commissaire aux Solidarités actives et à la Jeunesse, qui a mis au point ce « concept ». Et c’est pour de vrai qu’il sera expérimenté dans trois lycées professionnels de la région parisienne.
Ici s’arrête la différence avec les jeux télé. Car pour le reste, c’est quasiment la même chose. Comme pour la plupart des émissions de téléréalité, l’idée de la cagnotte est importée des pays anglosaxons. Et comme pour Koh Lantah et autres, il s’agit ici de convaincre les participants que tout ça — les cours, les devoirs sur table etc. — n’est qu’un mauvais moment à passer, le but ultime étant de décrocher la timbale. La motivation, la soif d’apprendre ? Hirsch semble croire qu’elles viendront toutes seules, à force. Ben voyons. Il est bien connu que les candidats de Koh Lantah continuent à manger des larves de guêpes vivantes bien après la fin de l’émission, tellement ils y ont pris goût… Or, pour les lycéens sécheurs que Martin Hirsch cherche à faire rentrer dans le droit chemin de la connaissance et de l’assiduité à l’école, aller en cours est aussi attractif qu’un plat de gros vers blancs. D’aucuns redoutent que cette histoire de cagnotte ne brouille le message adressé à la jeunesse. Ils ont tort. Le message du Haut Commissaire en direction des jeunes est on ne peut plus clair : l’école c’est comme la télé, on peut y gagner de l’argent sans rien glander d’autre que pointer à l’entrée d’une salle de classe. Pour peu que les élèves décident de se partager ladite cagnotte au lieu de faire un « voyage linguistique » ou un « déplacement culturel », Hirsch pourra se vanter d’avoir inventé l’assistanat non pas des jeunes, ni des jeunes chômeurs, mais des futurs jeunes chômeurs. Cagnotte-RSA jeunes-RSA : merci Martin ! Le début d’une longue vie bien remplie. Car une fois le lycée terminé, notre jeune aura 18 ans. L’âge du RSA jeunes ! Certes, cette mesure prévoit seulement l’extension du RSA aux moins de 25 ans ayant travaillé à plein temps pendant deux ans, ou à deux tiers de temps pendant trois ans. Certes, Jean-François Copé s’est empressé de clamer «Le grand totem à droite, c'est le RMI qu'on donne aux jeunes à 18 ans sans jamais avoir travaillé. Là, je suis rassuré» après l’annonce par Nicolas Sarkozy de la création du RSA jeunes. Mais même au sein de la majorité, on ne se fait guère d’illusions : Hervé Mariton, député UMP de la Drôme, a le premier fait part de ses inquiétudes et redoute que ces conditions d’attributions soient considérablement assouplies dans un avenir très proche. Ce qui reviendrait à créer un RSA-RMI pour les 18-25 ans. « Je vais faire ce que la gauche aurait dû faire depuis longtemps », a prévenu Sarkozy lors de la présentation de son plan jeunesse, le 29 septembre dernier à Avignon. En effet, même la gauche n’avait pas osé. Jospin en 1998 s’était opposé à la création d’un RMI-jeunes. Michel Rocard lui-même, le père du RMI, a toujours expliqué en quoi l’étendre aux 18-25 ans serait une erreur: « Le RMI n'a jamais été fait pour faciliter l'insertion des jeunes, l'idée était de ne pas interférer avec les dispositifs spécifiques d'aides aux jeunes en formation professionnelle et à la recherche d'un premier emploi ». Pourtant, c’est bien vers un RMI jeunes qu’on se dirige… Mais revenons à notre jeune-à-cagnotte. De 18 à 25 ans, il touche donc son RSA-jeunes. Puis vient l’heure de l’âge adulte : 25 ans, le RSA des grands ! Avec un peu de chance, si la crise perdure, le A de RSA (Revenu de solidarité active) finira sans doute par avoir à peu près autant de sens que le I de RMI (Revenu minimum d’insertion). De quoi tenir jusqu’à la retraite (et son minimum vieillesse)…
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