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Quand Obama câline les banques… et étouffe sa presse

Régis Soubrouillard - Marianne | Mercredi 5 Mai 2010 à 05:01 | Lu 6159 fois

Lors du dîner annuel des correspondants de presse, sur le ton de l'ironie, Barack Obama a avoué que s'il pouvait sauver les banques, il n'avait pas assez de pouvoirs magiques pour sauver la presse. Une ironie du désespoir qui en dit long sur la crise de la presse américaine et les relations difficiles que le président entretient avec elle.



Quand Obama câline les banques… et étouffe sa presse
Plus de 15.000 emplois supprimés dans la presse américaine en 2008. Près de 25.000 en 2009. Une «avalanche», résumait le New York Times en 2009. D’avril à septembre 2009, les quotidiens américains avaient enregistré une baisse de 10,6% de leur diffusion par rapport à 2008, selon les derniers chiffres de l’Audit Bureau of Circulations (ABC, organisme qui mesure la diffusion des journaux).
La célèbre Google Map du site Papercuts qui fait quotidiennement le décompte des plans sociaux en fait encore la démonstration. Depuis le début de l’année 2010, le site chiffre à plus de 1800 le nombre d’emplois détruits dans le secteur.

Toutefois, l'Audit Bureau of Circulation des Etats-Unis estime que « le déclin du tirage des journaux américains donne des signes d'essoufflement Â». Difficile d’être plus prudent : « le déclin (…) donne des signes d’essoufflement Â». Autant dire que l’on est encore loin de l’amorce d’une reprise.

Un état des lieux résumé sur le ton de l’ironie par Barack Obama lors du dîner annuel des correspondants de presse : « J'ai sauvé les banques, j'ai sauvé les constructeurs automobiles Â», a-t-il dit. « Mais sauver la presse ? Je suis président, pas faiseur de miracles! Â».

Obama, un président émancipé de la presse traditionnelle

La Google Maps des emplois supprimés dans la presse
La Google Maps des emplois supprimés dans la presse
Si « l'humour est la politesse du désespoir Â», la blague du président en dit long sur la crise de la presse et les relations qu'il entretient avec « sa Â» presse. La veille de ce dîner, le site politico.com consacrait un dossier de 8 pages au thème : « Pourquoi les journalistes n’ont pas la cote à la Maison Blanche ? Â».
 
Interrogé par Politico, un chercheur en communication estime que depuis sa campagne Obama a fait le constat de l'inutilité des médias traditionnels et de leurs représentants, journalistes, éditorialistes, reporters etc. : « À l'ère des médias sociaux et Twitter, il n'est pas surprenant que les médias traditionnels et la Maison Blanche entretiennent des relations difficiles. L'Internet donne au président un accès facile aux américains  sans avoir à se soucier de ce que CBS et The Washington Post pensent. Pendant que le président peut envoyer des e-mails directement aux 15 millions d’américains qui se sont inscrits sur son site de campagne en 2008, l’audience des journaux chute Â». Autant dire que la presse peut mourir de sa belle mort…

Obama est le premier président de l’ère Internet. Sa web-campagne s’est révélée redoutablement efficace.  Mais gagner une élection est une chose et gouverner en est une autre. Même affaiblie, la presse demeure un acteur incontournable de la vie politique américaine (74% des américains lisent un journal une fois par semaine ).

Les correspondants de la Maison Blanche entre dépit politique et dépit amoureux

Sur son blog, Véronique Saint-Geours, correspondante du Figaro à Washington fait le récit des relations que le président entretient avec les journalistes « résidents Â». Elle donne quelques exemples qui ont fortement irrité la profession :
-    Obama  « a beaucoup sabré dans les entretiens informels avec les journalistes du  pool et c'est vécu comme une coupure de l'accès à sa personne. Les chiffres sont clairs: Bill Clinton avait réalisé dans sa première année 252 séances de Q&A (questions et réponses) à peu près une par semaine et Bush 147. Obama lui n'en a pratiqué que 46. Il n'a pas donné de conférence de presse formelle depuis 10 mois Â».
-    Â«  Le New York Times est traité comme un chouchou, un favori et tous les scoops sont pour lui. Son correspondant David Sanger a obtenu lors d'un G20, l'info sur l'Iran et son site nucléaire secret que même l'AEA ignorait. Vous imaginez la détresse de ceux qui ont pratiquement vu la scène et qui étaient au même dîner et dont les journaux avaient payé à feu d'or leur place dans le voyage pour décrocher des scoops… Â».
-    Par ailleurs, la communication est verrouillée : « les hommes de communication sont de plus en plus sophistiqués et dans la maîtrise totale du message Â».

Politico rapporte que  certains journalistes se plaignent de l’envoi d’une « avalanche de mails hostiles Â», de mises en causes de la part  de l’administration, l’annulation de réunions ou de rendez-vous avec l’administration après tel ou tel article critique: « c’est un prolongement naturel de sa campagne où le contrôle de l’information était très serré. Mais je pense que c’est une erreur de transférer ce modèle à l’administration Â» selon le correspondant du New-Yorker.  D’autres allant jusqu’à parler de « corruption de la communication par la Maison Blanche Â».  

Un constat relativisé par un commentateur du Hudson Institute : « Pendant la campagne, l'équipe Obama et la presse partageaient le même but: favoriser l’élection d’Obama. Maintenant que Barack Obama est à la Maison Blanche, leurs intérêts divergent. Les journalistes veulent obtenir des informations tandis que la Maison Blanche entend maîtriser sa communication ». Un constat qui relève autant du dépit politique que du dépit amoureux…




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