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Quand Libé met Chirac en prison

Lundi 2 Novembre 2009 à 17:01 | Lu 10464 fois I 43 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Dans son édition du week-end, Libération réservait sa une au renvoi en correctionnelle de Jacques Chirac. En pages intérieures, le journal publiait une photo de l'ancien président se cachant sous un manteau, tel un coupable pourchassé. Sarkozy avait condamné verbalement les prévenus de l'affaire Clearstream, Libé se charge de condamner visuellement Jacques Chirac.


Quand Libé met Chirac en prison
Un vieil homme se cache derrière son manteau pour éviter d’offrir son visage à la meute des photographes. L’image est connue, un classique des arrestations policières médiatiques ou des sorties de Palais de justice lorsque le condamné saute dans le fourgon de police sous les flashs crépitants avant d’être transféré vers sa maison d’arrêt.

Le coupable désigné par Libération se nomme Jacques. Chirac, en l’occurrence. L’ancien président de la République est renvoyé en correctionnelle dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. La photo de ce Chirac qui enfile une veste d’un geste anodin, transformé en homme vieilli, usé, fatigué et pourchassé qui cherche à cacher son visage met à bas le principe de la présomption d’innocence autant que les mots d’un Sarkozy demandant à la justice de punir les coupables lors du procès Clearstream. A l’époque, Libé ne s’était pas fait prier pour rappeler ce principe de base lorsque, interrogé par deux journalistes de télévision, le président de la République avait déclaré que «deux juges indépendants ont estimé que les coupables devaient être traduits devant le tribunal correctionnel.»

La condamnation par l'image

Dans son éditorial, Laurent Joffrin écrivait : « Drôle de pays, tout de même. Dans cette République soumise, selon les principes de Montesquieu, au régime de séparation des pouvoirs, l’exécutif vient de montrer par trois fois une totale désinvolture à l’égard des autres instances démocratiques. Le président lui-même a montré la voie en condamnant verbalement des prévenus que seule la justice peut déclarer coupables ».

Si Libération assume de s’aligner sur la plupart des commentateurs qui «soulignent la nécessité de solder les comptes obscurs de la Chiraquie », l’ancien président aurait mérité de bénéficier de la même prudence dont nombreux se réclament. Sarkozy avait choisi le poids des mots, Libé a préféré le choc des photos : une autre forme de désinvolture dont fait preuve le journal en condamnant visuellement un prévenu que seule la justice peut déclarer coupable.








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