Quand Le Monde retourne à la soupe pédagogiste...
Jeudi 17 Septembre 2009 à 20:01 | Lu 7785 fois I 23 commentaire(s)
Jean-Paul Brighelli - Bonnet d'âne
En cette période de rentrée scolaire, le supplément Education du Monde fait un dossier spécial de 12 pages vantant les mérites d'une école innovante qui, selon Jean-Paul Brighelli, accumule tous les poncifs pédagogiques de l'époque: décloisonnement disciplinaire, travail en groupe, culture des technologies numériques, modèle des pays nordiques. Un tir pédagogiste groupé...
L’imagination au pouvoir, disaient-ils…
Les ex-soixante-huitards, quarante ans plus tard, sont largement au pouvoir, et les plus imaginatifs d’entre eux travaillent au Monde…
Plaisanté-je ? Même pas. Il faut beaucoup, beaucoup d’imagination pour croire que les plus vieilles lunes de la pédagogie, après tant d’échecs avérés, puissent encore intéresser les foules — hors trois ou quatre bobos parisiens, Bruno Julliard, responsable-Education du PS, et les ex-Jeunesses Ouvrières Chrétiennes dont les membres désormais inactifs coulent aujourd’hui des retraites fiévreuses du côté de Lyon — ou d’ailleurs. Pas grand monde, au total. D’ailleurs, le Monde tire aujourd’hui, dans une France bien plus peuplée, 200 000 exemplaires de moins qu’à la fin des années 1960. Ceci doit expliquer cela.
Le Monde, avec son édition du 16 septembre, propose un supplément « Education » conçu sur le modèle bien connu du « yaka », fréquent dans les repas de famille où interviennent l’oncle réactionnaire et le beau-frère précocement sénile, mais que l’on n’attend pas forcément dans le quotidien de la rue des Italiens…
Pardon : du boulevard Auguste-Blanqui. J’ai gardé l’habitude de penser le grand « quotidien du soir » tel que je l’ai connu, quand Viansson-Ponté, Beuve-Méry et Escarpit en assuraient les meilleures pages. Désormais, nous avons Fottorino, dont le vrai champ de compétence est la bicyclette, Luc Cédelle et Maryline Baumard — deux transfuges du Monde de l’Education, qui a fermé faute de lecteurs, mais dont l’idéologie pédagogiste a survécu.
Mais pour qui ? À qui s’adresse un tel dossier intitulé « L’imagination au pouvoir » — et qui accumule, en 12 pages, tous les poncifs pédagogiques du dernier quart de siècle ? Le Monde sait-il que l’Ecole républicaine, seul espoir pour revitaliser un système d’enseignement largement infécond, est aujourd’hui défendu aussi bien par certains journaux dits « de droite » que par des hebdomadaires réputés « centristes » ? Que signifient au fond ces étiquettes, alors que la presse qui se réclame de la Gauche libérale (le Monde, Libération ou le Nouvel Obs, mais aussi bien le Canard enchaîné, quand il se mêle d’éducation) persiste à se faire le chantre de systèmes qui se prétendent égalitaires et innovants, et ne sont arrivés qu’à faire le lit des officines d’enseignement privé, de l’Ecole à deux vitesses, de la baisse des compétences et de l’inflation des diplômes ?
Foin de toute polémique. Que trouvons-nous dans ce dossier ?
Les ex-soixante-huitards, quarante ans plus tard, sont largement au pouvoir, et les plus imaginatifs d’entre eux travaillent au Monde…
Plaisanté-je ? Même pas. Il faut beaucoup, beaucoup d’imagination pour croire que les plus vieilles lunes de la pédagogie, après tant d’échecs avérés, puissent encore intéresser les foules — hors trois ou quatre bobos parisiens, Bruno Julliard, responsable-Education du PS, et les ex-Jeunesses Ouvrières Chrétiennes dont les membres désormais inactifs coulent aujourd’hui des retraites fiévreuses du côté de Lyon — ou d’ailleurs. Pas grand monde, au total. D’ailleurs, le Monde tire aujourd’hui, dans une France bien plus peuplée, 200 000 exemplaires de moins qu’à la fin des années 1960. Ceci doit expliquer cela.
Le Monde, avec son édition du 16 septembre, propose un supplément « Education » conçu sur le modèle bien connu du « yaka », fréquent dans les repas de famille où interviennent l’oncle réactionnaire et le beau-frère précocement sénile, mais que l’on n’attend pas forcément dans le quotidien de la rue des Italiens…
Pardon : du boulevard Auguste-Blanqui. J’ai gardé l’habitude de penser le grand « quotidien du soir » tel que je l’ai connu, quand Viansson-Ponté, Beuve-Méry et Escarpit en assuraient les meilleures pages. Désormais, nous avons Fottorino, dont le vrai champ de compétence est la bicyclette, Luc Cédelle et Maryline Baumard — deux transfuges du Monde de l’Education, qui a fermé faute de lecteurs, mais dont l’idéologie pédagogiste a survécu.
Mais pour qui ? À qui s’adresse un tel dossier intitulé « L’imagination au pouvoir » — et qui accumule, en 12 pages, tous les poncifs pédagogiques du dernier quart de siècle ? Le Monde sait-il que l’Ecole républicaine, seul espoir pour revitaliser un système d’enseignement largement infécond, est aujourd’hui défendu aussi bien par certains journaux dits « de droite » que par des hebdomadaires réputés « centristes » ? Que signifient au fond ces étiquettes, alors que la presse qui se réclame de la Gauche libérale (le Monde, Libération ou le Nouvel Obs, mais aussi bien le Canard enchaîné, quand il se mêle d’éducation) persiste à se faire le chantre de systèmes qui se prétendent égalitaires et innovants, et ne sont arrivés qu’à faire le lit des officines d’enseignement privé, de l’Ecole à deux vitesses, de la baisse des compétences et de l’inflation des diplômes ?
Foin de toute polémique. Que trouvons-nous dans ce dossier ?
Une éducation moderne-nordique 2.0
D’abord, des noms propres — toujours les mêmes. De la même manière que Xavier Bertrand se doit de dire « Sarkozy » toutes les quarante-trois secondes, tout discours pédago doit obligatoirement citer François Dubet, Marie Duru-Bellat, Edgar Morin, Michel Serres et Philippe Meirieu. Ils y sont tous : est-il vraiment utile de répéter leurs arguments, entendus cent fois ? « Gommer les coupures traditionnelles entre les disciplines », « articuler les objectifs disciplinaires avec les objectifs transversaux » (le « lire / écrire » avec l’initiative et la créativité)… Sans oublier les grands-pères des pédagogies alternatives, Freinet, Montessori, Decroly et tutti quanti. Ou les (relativement) nouveaux, comme François Taddei, auteur pour l’OCDE — et en anglais, langue décidément moins élitiste que le français, après tout, George Bush ne la parle-t-il pas ? — d’un rapport sur l’inventivité, et longuement interrogé par une Maryline Baumard bien complaisante : cet ex-Polytechnicien préconise pour nos enfants un tout autre système que celui qui lui a permis de réussir.
C’est freudien : les pères aiment assez que leurs fils restent mineurs – et impuissants, si possible… D’autant que ce que cet aimable garçon recommande, c’est la tarte à la crème des paresseux : haro sur un état d’esprit « très normatif et très compétitif », « une éducation 2.0 » (???), une « culture des technologies numériques », « le travail en groupe », et le « décloisonnement disciplinaire ». La créativité, explique-t-il, « plus qu’un don réservé à une élite, c’est un état d’esprit, une aptitude d’ouverture, un potentiel qui est présent en chacun de nous et ne demande qu’à être développé ». Les parents vont adorer : Kevin et Alizée, finalement, ne sont pas des cancres, mais des génies incompris. Et de conclure sur « les pays nordiques » qui ont si bien compris comment faire face à la compétitivité chinoise.
Lire la suite sur le blog Bonnet d'âne de Jean-Paul Brighelli
C’est freudien : les pères aiment assez que leurs fils restent mineurs – et impuissants, si possible… D’autant que ce que cet aimable garçon recommande, c’est la tarte à la crème des paresseux : haro sur un état d’esprit « très normatif et très compétitif », « une éducation 2.0 » (???), une « culture des technologies numériques », « le travail en groupe », et le « décloisonnement disciplinaire ». La créativité, explique-t-il, « plus qu’un don réservé à une élite, c’est un état d’esprit, une aptitude d’ouverture, un potentiel qui est présent en chacun de nous et ne demande qu’à être développé ». Les parents vont adorer : Kevin et Alizée, finalement, ne sont pas des cancres, mais des génies incompris. Et de conclure sur « les pays nordiques » qui ont si bien compris comment faire face à la compétitivité chinoise.
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