Principe de précaution ou de paralysie sociale ?
Jeudi 20 Janvier 2011 à 18:01 | Lu 9708 fois I 216 commentaire(s)
Elie Arié - Tribune
Elie Arié, rebondissant sur l'affaire dramatique du Mediator, souligne que le risque est bon à prendre lorsqu'en contrepartie, il est utile. C'est également le propos du livre de Jean Kervasdoué qui fustige l'immobilisme du principe de précaution érigé en doctrine.
Le hasard fait que je viens de terminer deux livres que deux amis m’ont envoyé avant leur parution : La France est-elle finie ? (Fayard), de Jean-Pierre Chevènement, dont il a déjà été largement question ici, et La peur est au-dessus de nos moyens : pour en finir avec le principe de précaution (Plon), de Jean de Kervasdoué, ancien directeur des Hôpitaux, directeur de l’Ecole Pasteur/CNAM de Santé Publique, économiste de la santé, mais aussi agronome ; et que je tire une leçon de ce télescopage dû au hasard.
Le livre de Jean de Kervasdoué pose une question fondamentale, presque philosophique: « Face à un risque, faut-il toujours nécessairement choisir de l’éviter ? Ne faut-il pas parfois le prendre ? » ; s’il est stupide et irrationnel de prendre certains risques (exemple récent du Mediator®, médicament à la fois un peu risqué - sans doute moins qu’on ne l’a dit - mais parfaitement inutile, et, de ce fait, faisant donc courir un risque inacceptable parce qu’absurde), il n’y a pas de vie possible sans risques ; décider qu’il faut toujours éviter le risque, même non démontré, ce qui est à la base du « principe de précaution », c’est choisir la mort, choisir de « sortir de l’Histoire », mettre volontairement un pied dans la tombe avant d’être totalement mort et enterré : c’est faire un choix de vieux, décider d’aller se réfugier en maison de retraite pour ne plus en sortir, refuser d’affronter les risques liés à toute innovation qui constituent la nature même et le charme de la vie. Le « principe de précaution », c’est l’application de l’abominable proverbe « Pour vivre heureux, vivons cachés » - vivons enterrés vivants.
Si le « principe de précaution » est mortifère, ce n’est pas parce qu’il impose de prendre certaines précautions : oui, il faut boucler sa ceinture de sécurité lorsqu’on se met au volant de sa voiture ; c’est parce qu’il recherche un impossible « risque zéro » : non, même avec ceinture de sécurité, voiture entièrement révisée, pneus neufs, etc, il n’y aura jamais de trajet en voiture - ni de trajet tout court - sans aucun risque : alors, ne bougeons plus, momifions-nous !
« Le principe de précaution est non seulement une gigantesque péché d’orgueil qui laisse croire que l’on peut tout prévoir et tout contrôler, même l’incertain, mais il donne un fondement juridique à ce que l’on appelait autrefois la preuve "diabolique". Pas plus qu’une victime de la Grande Inquisition ne pouvait démontrer qu’elle était innocente des péchés qu’on lui attribuait, on ne peut affirmer qu’une technologie n’aura jamais d’effet néfaste. Karl Popper démontrait à la fin des années 1920 qu’un propos était "scientifique", si l’on pouvait démontrer qu’il était faux. Il est donc scientifiquement impossible de dire par exemple que les antennes relais n’auront jamais d’effet sur la santé des populations même si, jusqu’à aujourd’hui, tous les tests ont été négatifs. Ce principe demande donc l’impossible. » (Jean de Kervasdoué).
« Le Principe de précaution, présenté comme destiné à instaurer la confiance publique est, en réalité, un principe de peur et de paralysie sociale … Il est un principe immodeste, arrogant même, postulant pouvoir atteindre la vérité du Bien par éradication du Mal. Sartre dirait que c’est un principe de "salaud", c'est-à-dire un principe qui donne bonne conscience, qui permet de prendre au sérieux, qui oublie la contingence … c’est du sérieux qui ne s’adresse à personne ». (Francine Demichel, professeur émérite de droit à Paris VIII ) Combien de milliards d’Euros, combien de dizaine de milliers de chômeurs faudra-t-il pour découvrir, enfin la coûteuse prétention de la précaution et revenir à la prudence qui, elle, dans certains cas, conduit à prendre des risques ?
La peur, la peur, la peur, comme unique principe directeur, comme unique valeur morale ! Je laisse le lecteur découvrir tous les exemples concrets qu’en donne Jean de Kervasdoué, et me borne à citer cette phrase de sa conclusion : « Comme la peur, le principe de précaution est tout, sauf un bon conseiller (...). Le principe de précaution serait interdit si on l’appliquait à lui-même, tant il est dangereux ».
Ce qui nous renvoie au livre de Chevènement : comment espérer rester dans l’Histoire, si on vit sous la règle du principe de précaution ? Faire une Révolution , comme en 1789 (1) ? Vous n‘y pensez pas, voyons ! Trop d’inconnues, trop inédit, trop risqué !
(1) Notons que beaucoup de nos « révolutionnaires » parlent sans cesse de REfaire 1789 (ou mai 68, ou la Commune, etc.), c’est-à-dire de revenir à ce qui est déjà connu : alors que ceux qui ont fait 1789 (ou mai 68, ou la Commune, etc.) se lançaient, eux, dans l’inconnu.
Le livre de Jean de Kervasdoué pose une question fondamentale, presque philosophique: « Face à un risque, faut-il toujours nécessairement choisir de l’éviter ? Ne faut-il pas parfois le prendre ? » ; s’il est stupide et irrationnel de prendre certains risques (exemple récent du Mediator®, médicament à la fois un peu risqué - sans doute moins qu’on ne l’a dit - mais parfaitement inutile, et, de ce fait, faisant donc courir un risque inacceptable parce qu’absurde), il n’y a pas de vie possible sans risques ; décider qu’il faut toujours éviter le risque, même non démontré, ce qui est à la base du « principe de précaution », c’est choisir la mort, choisir de « sortir de l’Histoire », mettre volontairement un pied dans la tombe avant d’être totalement mort et enterré : c’est faire un choix de vieux, décider d’aller se réfugier en maison de retraite pour ne plus en sortir, refuser d’affronter les risques liés à toute innovation qui constituent la nature même et le charme de la vie. Le « principe de précaution », c’est l’application de l’abominable proverbe « Pour vivre heureux, vivons cachés » - vivons enterrés vivants.
Si le « principe de précaution » est mortifère, ce n’est pas parce qu’il impose de prendre certaines précautions : oui, il faut boucler sa ceinture de sécurité lorsqu’on se met au volant de sa voiture ; c’est parce qu’il recherche un impossible « risque zéro » : non, même avec ceinture de sécurité, voiture entièrement révisée, pneus neufs, etc, il n’y aura jamais de trajet en voiture - ni de trajet tout court - sans aucun risque : alors, ne bougeons plus, momifions-nous !
« Le principe de précaution est non seulement une gigantesque péché d’orgueil qui laisse croire que l’on peut tout prévoir et tout contrôler, même l’incertain, mais il donne un fondement juridique à ce que l’on appelait autrefois la preuve "diabolique". Pas plus qu’une victime de la Grande Inquisition ne pouvait démontrer qu’elle était innocente des péchés qu’on lui attribuait, on ne peut affirmer qu’une technologie n’aura jamais d’effet néfaste. Karl Popper démontrait à la fin des années 1920 qu’un propos était "scientifique", si l’on pouvait démontrer qu’il était faux. Il est donc scientifiquement impossible de dire par exemple que les antennes relais n’auront jamais d’effet sur la santé des populations même si, jusqu’à aujourd’hui, tous les tests ont été négatifs. Ce principe demande donc l’impossible. » (Jean de Kervasdoué).
« Le Principe de précaution, présenté comme destiné à instaurer la confiance publique est, en réalité, un principe de peur et de paralysie sociale … Il est un principe immodeste, arrogant même, postulant pouvoir atteindre la vérité du Bien par éradication du Mal. Sartre dirait que c’est un principe de "salaud", c'est-à-dire un principe qui donne bonne conscience, qui permet de prendre au sérieux, qui oublie la contingence … c’est du sérieux qui ne s’adresse à personne ». (Francine Demichel, professeur émérite de droit à Paris VIII ) Combien de milliards d’Euros, combien de dizaine de milliers de chômeurs faudra-t-il pour découvrir, enfin la coûteuse prétention de la précaution et revenir à la prudence qui, elle, dans certains cas, conduit à prendre des risques ?
La peur, la peur, la peur, comme unique principe directeur, comme unique valeur morale ! Je laisse le lecteur découvrir tous les exemples concrets qu’en donne Jean de Kervasdoué, et me borne à citer cette phrase de sa conclusion : « Comme la peur, le principe de précaution est tout, sauf un bon conseiller (...). Le principe de précaution serait interdit si on l’appliquait à lui-même, tant il est dangereux ».
Ce qui nous renvoie au livre de Chevènement : comment espérer rester dans l’Histoire, si on vit sous la règle du principe de précaution ? Faire une Révolution , comme en 1789 (1) ? Vous n‘y pensez pas, voyons ! Trop d’inconnues, trop inédit, trop risqué !
(1) Notons que beaucoup de nos « révolutionnaires » parlent sans cesse de REfaire 1789 (ou mai 68, ou la Commune, etc.), c’est-à-dire de revenir à ce qui est déjà connu : alors que ceux qui ont fait 1789 (ou mai 68, ou la Commune, etc.) se lançaient, eux, dans l’inconnu.
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