Primes aux chefs d'établissements scolaires, une mauvaise solution ?
Jeudi 27 Janvier 2011 à 12:01 | Lu 7536 fois I 29 commentaire(s)
Bah !? by CC - Blogueuse associée
Les chefs d'établissements scolaires seront désormais primés, une décision du ministre de l'Éducation, Luc Chatel. Mérité ? Un travail qui peut attirer certains profs, même s'il est difficile souligne la blogueuse Bah by CC. Mais lier primes et résultats à l'école n'est sans doute pas une solution.
Chef d'établissement scolaire.
Voilà un chouette métier. Je connais des profs qui veulent faire ça. Pour le prestige de la fonction, je suppose. Parce que les profs lucides ne veulent jamais de ce poste.
Si l'on y réfléchit deux secondes, c'est un boulot bien pénible : on vous déteste à tous les niveaux, vous êtes seul, entre une hiérarchie écrasante - ce qui fait que le prestige de la fonction est bien mince, puisque vous êtes l'antépénultième maillon de la chaîne, avant prof et femme de ménage. D'ailleurs, les femmes de ménages et les professeurs vous détestent, puisque vous êtes leur chef, les élèves vous détestent, puisque votre rôle est de les engueuler, les parents vous détestent, puisque vous êtes celui qui engueule leurs enfants à leur place...
Alors, le ministre, qui a fait ses premières armes dans la belle entreprise à Liliane B., a jugé que les proviseurs et les principaux méritaient une prime. Parce qu'ils le valent bien. Après les recteurs et les élèves, il ne reste bien que les femmes de ménage et les profs qui ne touchent pas de prime...
L'éducation nationale n'est pas censée être une entreprise, puisqu'on aurait bien du mal à y faire des bénéfices, mais c'est pourtant l'explication donnée par le ministre : « Le gouvernement a décidé de développer une rémunération variable liée aux performances de nos cadres, comme cela existe dans l'immense majorité des entreprises de notre pays (...) »
C'est scandaleux.
En plus, comment cela risque-t-il de se passer, dans les établissements ?
Les chefs d'établissement n'auront ces primes que s'ils obtiennent de bons résultats. Quel est la nature de ces bons résultats ? Pour les recteurs, il semblait que c'était clair : supprimer des postes, le plus possible.
Pour les chefs d'établissement, c'est par exemple, limiter l'utilisation d'heures d'enseignement, donc là aussi, réduire les postes. C'est aussi limiter le recours aux remplacements, en ayant recours aux remplacement en interne.
Tenez, je m'y suis fait prendre ce matin même : les deux chefs me sont tombés dessus pour que je prenne une classe que je n'ai pas, d'un niveau que je n'ai pas, durant deux heures (une ce mardi et une autre mardi prochain). La même demande a été faite à plein de collègues, pour pourvoir au remplacement en interne d'une collègue en congé maternité, et ce pendant 15 jours.
Le rectorat se donne donc 15 jours pour trouver un vrai remplaçant et ce, pour un congé prévisible et prévu de longue date. Les deux heures que je donne donc, payées en heures supplémentaires, ne seront pas profitables aux élèves : je ne sais pas ce qu'ils avaient déjà fait, je ne les verrai que deux heures en deux semaines, ils ne me connaissent pas, le temps de faire de la discipline parce qu'ils testeront bien entendu mes réactions, parce que je ne les connais pas...C'est de la garderie. Mais grâce à moi, le chef aura peut-être une prime et les parents auront vaguement l'impression que leurs enfants sont pris en main...
Les objectifs des chefs d'établissement, ce pourrait être aussi d'obtenir de bons résultats aux examens. D'avoir des élèves qui réussissent. Mais cela, n'est-ce pas grâce au travail des professeurs ?
Alors il va falloir jouer finement. Comme d'habitude, dans ce métier, le proviseur ou le principal sera entre l'arbre et l'écorce.
Voilà un chouette métier. Je connais des profs qui veulent faire ça. Pour le prestige de la fonction, je suppose. Parce que les profs lucides ne veulent jamais de ce poste.
Si l'on y réfléchit deux secondes, c'est un boulot bien pénible : on vous déteste à tous les niveaux, vous êtes seul, entre une hiérarchie écrasante - ce qui fait que le prestige de la fonction est bien mince, puisque vous êtes l'antépénultième maillon de la chaîne, avant prof et femme de ménage. D'ailleurs, les femmes de ménages et les professeurs vous détestent, puisque vous êtes leur chef, les élèves vous détestent, puisque votre rôle est de les engueuler, les parents vous détestent, puisque vous êtes celui qui engueule leurs enfants à leur place...
Alors, le ministre, qui a fait ses premières armes dans la belle entreprise à Liliane B., a jugé que les proviseurs et les principaux méritaient une prime. Parce qu'ils le valent bien. Après les recteurs et les élèves, il ne reste bien que les femmes de ménage et les profs qui ne touchent pas de prime...
L'éducation nationale n'est pas censée être une entreprise, puisqu'on aurait bien du mal à y faire des bénéfices, mais c'est pourtant l'explication donnée par le ministre : « Le gouvernement a décidé de développer une rémunération variable liée aux performances de nos cadres, comme cela existe dans l'immense majorité des entreprises de notre pays (...) »
C'est scandaleux.
En plus, comment cela risque-t-il de se passer, dans les établissements ?
Les chefs d'établissement n'auront ces primes que s'ils obtiennent de bons résultats. Quel est la nature de ces bons résultats ? Pour les recteurs, il semblait que c'était clair : supprimer des postes, le plus possible.
Pour les chefs d'établissement, c'est par exemple, limiter l'utilisation d'heures d'enseignement, donc là aussi, réduire les postes. C'est aussi limiter le recours aux remplacements, en ayant recours aux remplacement en interne.
Tenez, je m'y suis fait prendre ce matin même : les deux chefs me sont tombés dessus pour que je prenne une classe que je n'ai pas, d'un niveau que je n'ai pas, durant deux heures (une ce mardi et une autre mardi prochain). La même demande a été faite à plein de collègues, pour pourvoir au remplacement en interne d'une collègue en congé maternité, et ce pendant 15 jours.
Le rectorat se donne donc 15 jours pour trouver un vrai remplaçant et ce, pour un congé prévisible et prévu de longue date. Les deux heures que je donne donc, payées en heures supplémentaires, ne seront pas profitables aux élèves : je ne sais pas ce qu'ils avaient déjà fait, je ne les verrai que deux heures en deux semaines, ils ne me connaissent pas, le temps de faire de la discipline parce qu'ils testeront bien entendu mes réactions, parce que je ne les connais pas...C'est de la garderie. Mais grâce à moi, le chef aura peut-être une prime et les parents auront vaguement l'impression que leurs enfants sont pris en main...
Les objectifs des chefs d'établissement, ce pourrait être aussi d'obtenir de bons résultats aux examens. D'avoir des élèves qui réussissent. Mais cela, n'est-ce pas grâce au travail des professeurs ?
Alors il va falloir jouer finement. Comme d'habitude, dans ce métier, le proviseur ou le principal sera entre l'arbre et l'écorce.
Mais ils auront des primes pour supporter la pression psychologique...
CC
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