Marianne2 2012

Primaires républicaines en Californie: chaque vote a coûté 60 dollars aux candidats!

Jeudi 24 Juin 2010 à 17:08 | Lu 3744 fois I 8 commentaire(s)

Laurent Pinsolle - blogueur associé

Laurent Pinsolle, blogueur associé, désapprouve la machine électorale californienne qui brasse des sommes colossales, en guise de financement de campagne. Suite à la victoire de deux anciennes patronnes influentes, le débat se focalise plutôt sur ces investissements injustifiés, que sur la victoire féminine.


Photo : Flickr - swanksalot - CC
Photo : Flickr - swanksalot - CC
Ce mois-ci, deux anciennes grandes patronnes ont gagné des élections primaires républicaines en Californie, pour les postes de gouverneur et de sénatrice de l’Etat. Faut-il y voir une belle promotion des femmes en politique ou une nouvelle dérive de la démocratie étasunienne ?

L’ascension de deux femmes d’affaires

Photo : Flickr - scriptingnews - CC
Photo : Flickr - scriptingnews - CC
Même si cela est extrêmement rare en France, au premier abord, on pourrait se féliciter de voir Meg Whitman et Carly Fiorina représenter le parti républicain aux élections californiennes cet automne. Après tout, ces deux femmes ont fait une très belle carrière dans le monde des affaires. La première a été la patronne d’eBay, permettant à la start-up de devenir la grande entreprise qu’elle est aujourd’hui. La seconde a présidé aux destinées de Hewlett Packard.

A l’origine, les deux anciennes PDG faisaient plutôt partie de l’aile modérée du parti républicain, élément important pour espérer l’emporter dans un Etat qui penche plutôt côté démocrate. Mais la campagne, sous l’influence des éléments les plus extrémistes du parti républicain et des « tea party », les a poussées vers la droite dans des primaires où ce sont souvent les éléments les plus engagés qui se déplacent pour départager les postulants de chacun des partis.

Le cancer de l’argent

Photo : Flickr - scriptingnews - CC
Photo : Flickr - scriptingnews - CC
Mais cette élection démontre également le pouvoir de l’argent sur la politique aux Etats-Unis. Alors que le coût d’une élection présidentielle en France est limité à une dizaine de millions d’euros, les deux candidates républicaines ont dépensé la bagatelle de 70 millions de dollars uniquement pour les primaires (le budget annuel de la marque L’Oréal en France !). Il n’y a pas de limite à utiliser sa fortune personnelle. The Economist a calculé qu’elles ont dépensé la bagatelle de 60 dollars par vote !

Ce constat pose un immense problème pour la démocratie étasunienne. En effet, il est difficile de ne pas considérer que les deux femmes d’affaires ont en partie « acheté » leur candidature. Les règles, ou plutôt, l’absence de règles, donne un pouvoir hallucinant à l’argent, instaurant de facto une forme d’aristocratie politique où les personnes riches disposent d’atouts colossaux pour emporter les campagnes électorales, d’autant plus qu’il est plus ou moins possible de dire ce que l’on veut…

Comme le raconte Paul Krugman dans «  L’Amérique que nous voulons », ce problème est ancien puisque les républicains avaient dépensé l’équivalent de trois milliards de dollars d’aujourd’hui pour la campagne présidentielle de 1896 afin de faire barrage à un candidat démocrate un peu trop révolutionnaire, qui avait affirmé (à tort) : « vous ne crucifierez pas l’humanité sur une croix d’or ». Pour mémoire, les élections présidentielles de 2008 ont coûté plus de 2 milliards.

L’emprise de l’argent sur la vie politique aux Etats-Unis est une calamité démocratique. En l’absence de réforme du financement des campagnes électorales, il reste à espérer que les électeurs californiens arriveront à extraire leur jugement de l’influence des spots électoraux.









LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez