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Primaire PS : les débats suscitent un regain d'intérêt chez les citoyens

Mercredi 5 Octobre 2011 à 15:01 | Lu 5338 fois I 4 commentaire(s)

Philippe Bilger
Philippe Bilger a été juge d’Instruction et avocat général. Il est actuellement magistrat... En savoir plus sur cet auteur

Les six candidats à la primaire socialiste se retrouveront ce mercredi soir à 20H30 sur BFMTV pour un dernier débat avant le premier tour du 9 octobre. C'est l'occasion, pour notre blogueur associé Philippe Bilger, de revenir sur l'exercice que constituent ces affrontements. Selon lui, l'avantage de ce pluralisme et la qualité des candidats se révèlent être un réel enrichissement pour la démocratie.


(Capture écran : iTélé)
(Capture écran : iTélé)
François Hollande, dans Libération, énonce bien la trinité éthique dont la France a besoin : fierté, dignité et considération. Ces exigences pèsent autant que les analyses développées par les uns et les autres en face de la crise sociale, économique et financière.
 
Cette lucidité exprimée par le favori des primaires socialistes renvoie tout naturellement à cet exercice inédit dans notre République. Si on s'est beaucoup moqué de cette compétition à l'origine, en espérant que les pronostics les plus sombres à son sujet se concrétisent, on a constaté, au fil du temps, des joutes télévisuelles et des multiples interventions médiatiques, l'enrichissement pour la démocratie, l'avantage de ce pluralisme et la qualité des candidats. Au point même qu'après le passage à gauche du Sénat, le désir de primaires à droite est venu sans succès s'inscrire dans certains esprits, trop vite refoulé à mon sens par l'argument inepte du "candidat naturel" que serait le président de la République. La comparaison entre celui-ci et Alain Juppé, qui a récemment fait l'objet d'un sondage, démontre qu'il n'aurait pas été aberrant d'aller plus loin que cette confortable consécration de l'existant.
 
La condescendance a laissé la place à une irritation mal contrôlée non pas forcément en raison du fond parfois contradictoire - ce qui est normal - mais à cause de la forme en général et de la constatation que les citoyens, au lieu de demeurer abrutis devant une télévision abêtissante, se sont découverts une passion renouvelée pour la politique. Un regain fort, après des années de désillusion suivant le triomphe du civisme lors de la campagne présidentielle et de l'élection de 2007.
 
Sans doute suis-je trop bon public pour ces épreuves et ces débats tant j'ai toujours été fasciné, en dépit de la présence d'un appareil médiatique impressionnant, par l'affrontement nu de ces personnalités - en l'occurrence toutes de gauche, hommes et femmes - et la confrontation de paroles qui ne sont jamais entravées par des interruptions inutiles et qui se proposent comme des blocs auxquels les contradicteurs opposeront leur propre totalité.
 
Je reconnais volontiers que je n'ai jamais éprouvé de détestation, à droite, à gauche et pour les extrêmes, à l'écoute des idées et des pétitions de principe assénées comme si je manifestais une indulgence évidente à l'égard de ces aventuriers du débat public condamnés, pour plaire, à formuler du sommaire sur des réalités infiniment complexes. Cette bienveillance m'a souvent surpris moi-même dans la mesure où mon comportement personnel n'est pas "naturellement " porté à admettre ce qui me semble sujet à caution. La politique devient un havre de tolérance pour l'intermittent intolérant qu'ailleurs il m'est arrivé d'être.
 
On ne pouvait pas mieux percevoir l'indéniable bienfait de ce combat vigoureux et à la fois respectueux, même à distance, que dans les entretiens quasiment paralèlles d'Arnaud Montebourg au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro et de Martine Aubry à C politique. Quel talent a le premier, quelle aptitude à une oralité en même temps élégante et claire, quelle patience aussi devant la parole ostensiblement murmurée, ennuyée et critique de Jean-Michel Aphatie et le rôle étrange d'Etienne Mougeotte qui s'obstine à fournir des réponses partisanes quand sa mission n'est que de poser des questions intelligentes s'il se peut ! On peut discuter l'alpha et l'oméga de ce brillant socialiste qui est la dénonciation constante et tenant lieu de tout du système financier mais quel brio et quelle allure enrichis d'un sourire marquant qu'il n'attachait pas trop d'importance à l'un comme à l'autre !
 
Martine Aubry ne "fait" pas dans le même registre, non seulement pour son projet mais surtout dans son expression. Moins fluide, plus relâchée, plus âpre, moins séduisante que celle de Montebourg, immédiatement elle gêne tout puriste. Les mots ne coulent pas de source et on a parfois l'envie de l'aider, de lui souffler le terme approprié. On irait jusqu'à rêver d'une synthèse qui donnerait à la conviction de la femme l'art de l'homme comme si, alors, l'une et l'autre ne perdrait pas évidemment ce qui les rend irremplaçables et heureusement singuliers.
 
Puis on tend l'oreille. Le rude de la parole, le brusque du style se laissent de plus en plus écouter parce qu'on perçoit qu'ils n'occultent rien, qu'ils ne visent pas à masquer, puisque la belle apparence leur fait défaut, la dureté et l'abrupt de la pensée mais, au contraire, à  faire apparaître avec éclat et en première ligne celle-ci. Etonnamment, révélant la connivence - elle appelle, une fois, son interlocutrice Géraldine Muhlmann par son prénom -, elle en atténue l'effet négatif. 
 
L'imperfection de l'une garantit la sincérité tandis que l'excellence du vernis, chez l'autre, fait douter de l'authenticité du meuble ! Juste revanche de ce qui manque d'apprêt : on peut être conquis par ce défaut même.
 
Ces primaires qui, le 16 octobre sans doute, livreront leur verdict, ont eu de la tenue. On a le droit de les apprécier sans être prisonnier de leur discours. On peut regarder de l'autre côté sans être déloyal ou infidèle, dans les deux sens de l'échiquier politique. L'intelligence, si elle n'est pas vagabonde et curieuse, se dénature.
 
Pour ma part, j'ai toujours refusé, et je continuerai à le faire, cette alternative absurde qui, en France, ne nous laisserait le choix qu'entre l'inconditionnalité ou la trahison.









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