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Primaire PS: le fauteuil de M. Hollande est avancé, mais il couine encore....

Mercredi 5 Octobre 2011 à 23:14 | Lu 10302 fois I 41 commentaire(s)

Gérald Andrieu
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur

Celui désigné comme le favori dans les sondages et les médias s'est efforcé, une fois encore, de ne pas rentrer dans l'arène et de laisser ses challengers s'étriper pour savoir celui qui se situait le plus à gauche ou qui était le plus réaliste.


Un zappeur n’y aurait pas retrouvé ses petits… socialistes. Voilà qu’au début de ce troisième et dernier débat télévisé de la primaire citoyenne, certains des prétendants à la désignation se sont lancés dans une curieuse dérivation du slogan  : « Nous sommes tous des enfants d’immigrés ». Ségolène Royal a donc expliqué aux téléspectateurs (qui n’en doutaient sûrement pas) que « tous » autant qu’ils étaient sur le plateau, étaient des « notables » ! Dans la foulée, Aubry s’est échinée à batailler avec Baylet pour dire qu’elle aussi — s’il vous plaît — pouvait revendiquer le statut de « patron » puisqu’elle avait été « le numéro 3 d’un grand groupe », Pechiney ! «Nous sommes tous des patrons. Nous sommes tous des notables. Première, deuxième, troisième génération !», voilà qui est étrange pour un débat entre socialistes…

Mais cet épisode un brin surréaliste ne reflète pourtant pas la teneur générale du débat. À l’évidence, la parole des candidats s’est gauchie. Du moins, après avoir couru en début de campagne derrière François Hollande pour apparaître « plus responsable en matière de finances publiques que moi tu meurs », Martine Aubry a compris qu’elle se faisait manger la laine sur son flanc gauche par Arnaud Montebourg et Ségolène Royal. Manuel Valls traite ces derniers de « démagogiques » ? Elle vole à leur secours (et au sien, aussi, espère-t-elle sans doute) : « Ça n’est pas de la démagogie », lui retourne-t-elle, de vouloir par exemple imposer aux banques la séparation des activités de dépôt et de spéculation. Valls qui avait marqué des points lors des deux premiers épisodes cathodiques en aura pris ce soir plein le visage (des poings) en persistant à expliquer, à la manière d’un Arthur Schopenhauer qui professait que rien espérer est le meilleur moyen de ne jamais être déçu, qu’il est « le candidat qui dit la vérité » et qu’il sera donc « le président qui ne déçoit pas ».

« Si je suis Président »

Et François Hollande dans tout ça ? Encore une fois (une fois de trop ?), il s’est tenu à bonne distance de ce débat comme un téléspectateur… tout ce qu'il y a de plus « normal », assis dans un fauteuil, style Régence évidemment, comme à l’Elysée. Qu’on se le dise, il est au-dessus de la masse des autres prétendants. Et pour ceux qui ne se le diraient pas encore, François Hollande a une méthode infaillible à leur offrir : débuter chacune de ses interventions ou presque par une formule du type : « Si je suis Président ». Le message est simple : « Si je suis désigné à la primaire, dormez tranquille braves gens, la présidentielle n’est plus qu’une formalité ». Les commentateurs ont tort : ce n’est pas seulement l’étape de la primaire qu’il saute, c’est aussi celle d’après ! Et pour mieux éviter de prendre des coups de la part de ses camarades, comme à chaque fois, François Hollande a refusé le combat, prenant la parole presque toujours le dernier, la cédant parfois même avec une grande amabilité à ses adversaires et veillant, surtout, systématiquement à choisir les sujets les plus techniques et donc les moins clivants pour faire entendre sa voix.

Quand le débat se porte sur les moyens de rompre avec les effets dévastateurs du néo-libéralisme, Monsieur Hollande n’est plus là. Il est assis tranquillement dans son fauteuil. Trop dangereux. Et d’ailleurs pourquoi y aller ? Il est désormais seul dans son couloir, Aubry bataillant avec Royal et Montebourg (il faut donc comprendre qu’elle craint qu’ils ne lui piquent sa place au second tour)…
 
Mais il reste une question de taille : gagne-t-on son passeport pour poser son auguste séant sur le fauteuil de Président en refusant d’aller à la castagne ? En se comportant comme si, d’avance, il était possible de gagner dans un fauteuil une élection présidentielle qui s’annonce extrêmement dure ? Martine Aubry, en conclusion, l’a d’ailleurs rappelé comme si elle mettait en garde François Hollande : « Cette élection, ce n'est pas seulement s'asseoir dans le fauteuil de M. Sarkozy ». Non, il faudra lui ravir. Et avec les dents s’il le faut !








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