Primaire PS: 2,6 millions d’électeurs. Avec ou sans le peuple?
Mercredi 12 Octobre 2011 à 05:01 | Lu 10805 fois I 29 commentaire(s)
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur
Le PS a réussi son coup, et très largement, en enregistrant 2,6 millions votants au premier tour de sa primaire. Mais les classes populaires ont-elles fait le déplacement ? Les électeurs montebouriens sont-ils vraiment ces « perdants de la mondialisation » à qui il voulait s’adresser ? Pas sûr. D’autant que les « logiques de bastion », dans ce vote pourtant ouvert, a fonctionné à plein comme dans un vote socialiste classique…
Les logiques d’appareil devaient voler en éclat avec la primaire. C’était une des promesses des promoteurs de la primaire. Ça n’est peut-être pas si vrai finalement. La « logique de bastion », comme la nomme François Kalfon, le « Monsieur Sondages » du PS, a joué à plein. Chaque candidat a ainsi enregistré de très hauts scores dans son fief. A l'exception de Ségolène Royal qui s’est effondrée jusque dans les Deux-Sèvres à 18%, loin derrière François Hollande (44%) et à quelques dizaines de voix à peine au-dessus de Martine Aubry et Arnaud Montebourg. Mais c’est bien le cas pour Aubry dans le Nord (54% des suffrages exprimés), Montebourg en Saône-et-Loire (56%) et plus encore Hollande en Corrèze (86%). Rien de plus naturel, diront certains. C’est même dans l’ordre de choses que les électeurs optent pour un candidat qu’ils connaissent et qui, de facto, est bien implanté localement. Certes. Mais comment expliquer alors que la Seine-Maritime soit un des rares départements à avoir placé Martine Aubry en tête devant Hollande (38% contre 36%) ? C’est peut-être dû à l’influent Laurent Fabius, soutien connu et très affirmé de la Dame de Lille… Même topo à Paris. Dimanche soir, au siège du Parti socialiste, ils étaient d’ailleurs quelques-uns à saluer « l’action » de Bertrand Delanoë, soutien aubryste, et des militants locaux PS qui aurait, au final, très largement bénéficié à Martine Aubry. Celle-ci vire en effet en tête en récoltant sur la capitale 37% des suffrages contre 32% pour Hollande.
Mais l’effet Delanoë, à Paris, ne ferait pas tout. Il y aurait une « Martine des villes » versus un « François des champs », comme l’analyse François Kalfon. Car en plus de Paris, Aubry arrive aussi en tête (avec 34,4% contre 33%) à Lyon et ce, malgré l’ombre tutélaire de son maire hollandiste Gérard Collomb, ainsi qu'à Grenoble, Strasbourg, Rouen et Le Havre. Pour Kalfon, Aubry et son discours « plus rupturiste » sur l’écologie, sur les questions des mœurs (notamment le mariage homosexuel) lui aurait permis de marquer des points auprès de l’électorat urbain. « Pas bobo » nécessairement, assure Kalfon : « Il y de plus en plus de personnes qui travaillent dans l’économie créative qui sont en grande précarité économique ». Evidemment. Mais à regarder de plus près la carte parisienne (ci-dessus), les 6e, 7e, 8e, 15e, 16e et 17e arrondissements, traditionnellement ancrés à droite ont placé le député de Corrèze en tête quand l’Est parisien, lui, a désigné à la première place le maire de Lille. Pour faire simple (et caricatural donc), le Paris bourgeois a voté Hollande (et salué Valls) et le Paris bobo et populo a voté Aubry (et salué Montebourg). En outre, il est intéressant de constater que le taux de participation parisien (13,4%) est supérieur de 8 points à la moyenne nationale !
A la lecture de la carte des résultats (ci-contre), Jérôme Fourquet de l’Ifop croit par ailleurs observer un « rayonnement » des candidats depuis leur fameux bastion jusqu’aux départements limitrophes. C’est le cas par exemple d’Aubry qui de son Nord a réussi à convaincre le Pas-de-Calais dont certains dirigeants des instances socialistes roulaient pourtant pour son adversaire Hollande… Avec Montebourg, c’est encore plus flagrant : Nièvre, Côte-d’Or, Jura, Ain, Rhône, Loire sont autant de départements cernant la Saône-et-Loire et dans lesquels le candidat de la démondialisation a dépassé les 20%. « Rayonnement » aussi, pour Montebourg tout autour des Bouches-du-Rhône. A croire — c’est une hypothèse — que son discours sur la nécessité d’une éthique retrouvée dans la vie politique, anti-clientéliste, prenant appui sur le cas Jean-Noël Guérini a été entendu aux alentours : du Gard (20%) aux Alpes-Maritimes (20%) en passant par le Vaucluse (22%), les Alpes-de-Haute-Provence (24%) et le Var (21%). Voilà qui va à l’encontre d’une idée reçue et entretenue par une partie de l'entourage de Montebourg dans leurs déclarations d’après premier tour. Son électorat (455 000 votants) a beau être principalement à l’Est, il est surtout cantonné au quart Sud-Est.
La carte du vote Montebourg ne recouvre donc que partiellement la carte du non au référendum de 2005 et ce ne sont alors peut-être pas les « perdants de la mondialisation » à qui il s’adressait avec force qui ont été le plus séduits par lui. De quoi s’interroger sur l’électeur montebourien : en dehors de l'électeur typiquement Front de gauche, est-il vraiment cet électeur tenté par le protectionnisme à la Marine Le Pen qui serait revenu dans le giron du PS via la démondialisation ou plutôt un intello adepte d’un protectionnisme un poil plus « chic » et respectable à la Emmanuel Todd ? Si l'on se penche sur des bastions d'extrême droite, c'est éclairant : on trouve tout et son contraire. Dans les trois bureaux de vote d'Orange, dans le Vaucluse, Montebourg enregistre des scores élevés (de 19% à 33%), mais avec très peu de participants et peut-être est-ce lié à sa campagne anti-corruption. A Noyon, dans l'Oise, où le FN enregistrait près de 37% des suffrages aux cantonales de 2011 (en progression de 7 points par rapport à 2004), il fait un score un peu en-deça de son résultat national (16% contre 17%).
Si l’on se penche d’ailleurs sur des départements frappés par la désindustrialisation et où réside ce peuple ouvrier (qu’à Terra nova on avait envisagé d’abandonner à l’extrême droite puisqu’il ne vote pas pour le PS) qu’apprend-on ? En Moselle par exemple, François Hollande arrive en tête avec 44% (+ 5 points par rapport à son score national), suivi de Martine Aubry à 29% (-1) et un Montebourg à 14% (-3). Prenons maintenant des bureaux de vote en particulier. Toujours en Moselle, à Florange où se trouve l’usine ArcelorMittal : Hollande est en première position récoltant 57% des suffrages, Martine Aubry le suit de très loin avec 21% des voix et Arnaud Montebourg ferme le bal en atteignant un petit 10%. A Gandrange, sa voisine tout aussi tristement célèbre, même classement : Hollande (44%), Aubry (21%) et Montebourg (8%). S’il est évident qu’Arnaud Montebourg n’y a pas rencontré un très grand écho, il ne faut pas en déduire pour autant que le député de Corrèze, lui, serait devenu comme par enchantement le nouveau champion du monde ouvrier. Le nombre de votants (545 à Florange et 131 à Gandrange) peut laisser à penser que la primaire n’a tout simplement pas attiré à elle des électeurs très différents de la clientèle usuelle du PS : fonctionnaires, cadres, couches moyennes, etc.
Si l’on se penche d’ailleurs sur des départements frappés par la désindustrialisation et où réside ce peuple ouvrier (qu’à Terra nova on avait envisagé d’abandonner à l’extrême droite puisqu’il ne vote pas pour le PS) qu’apprend-on ? En Moselle par exemple, François Hollande arrive en tête avec 44% (+ 5 points par rapport à son score national), suivi de Martine Aubry à 29% (-1) et un Montebourg à 14% (-3). Prenons maintenant des bureaux de vote en particulier. Toujours en Moselle, à Florange où se trouve l’usine ArcelorMittal : Hollande est en première position récoltant 57% des suffrages, Martine Aubry le suit de très loin avec 21% des voix et Arnaud Montebourg ferme le bal en atteignant un petit 10%. A Gandrange, sa voisine tout aussi tristement célèbre, même classement : Hollande (44%), Aubry (21%) et Montebourg (8%). S’il est évident qu’Arnaud Montebourg n’y a pas rencontré un très grand écho, il ne faut pas en déduire pour autant que le député de Corrèze, lui, serait devenu comme par enchantement le nouveau champion du monde ouvrier. Le nombre de votants (545 à Florange et 131 à Gandrange) peut laisser à penser que la primaire n’a tout simplement pas attiré à elle des électeurs très différents de la clientèle usuelle du PS : fonctionnaires, cadres, couches moyennes, etc.
La participation dans tout le quart Nord-Est du pays est d'ailleurs compris entre 3% et 5% des inscrits sur les listes électorales, alors qu'à l'inverse, dans un grand quart Sud-Ouest, situé sous une diagonale Saint-Malo - Montpellier, elle, est supérieure à 5% voire parfois à 8% (voir carte ci-contre). En somme, avec ce nouveau processus de désignation qu’est la primaire le Parti socialiste a réussi un bon coup en amenant dans les urnes 2,6 millions de Français. Mais pour remporter la présidentielle (et ce, quel que soit le candidat qui sera désigné dimanche prochain) il faudra aller plus loin. Beaucoup plus loin même. Il faudra s’adresser à ce peuple (au sens des classes populaires) qui, à l’évidence, ne s’est pas rendu en masse dans les isoloirs de la primaire socialiste.
L’impossible portrait sociologique de l’électeur de la primaire
Qui est allé voté dimanche ? Le PS a-t-il parlé aux siens et seulement aux siens, à son électorat traditionnel ? Ou la primaire lui a-t-elle permis de s’adresser à d’autres que les très classiques sympathisants socialistes, au peuple en somme comme on nous l’avait promis ? Si les cartes nous permettent une analyse comme dans l’article ci-dessus, ce n’est bien qu’une analyse au doigt mouillé. Car aucun institut n’a fait de sondages « sortie des urnes ». Et pour cause : impossible pour eux de déterminer, avant le 1er tour, des bureaux de vote représentatifs d’un scrutin qui n’avait jamais eu lieu.
Qui est allé voté dimanche ? Le PS a-t-il parlé aux siens et seulement aux siens, à son électorat traditionnel ? Ou la primaire lui a-t-elle permis de s’adresser à d’autres que les très classiques sympathisants socialistes, au peuple en somme comme on nous l’avait promis ? Si les cartes nous permettent une analyse comme dans l’article ci-dessus, ce n’est bien qu’une analyse au doigt mouillé. Car aucun institut n’a fait de sondages « sortie des urnes ». Et pour cause : impossible pour eux de déterminer, avant le 1er tour, des bureaux de vote représentatifs d’un scrutin qui n’avait jamais eu lieu.
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