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Prévisions boursières: autant prédire le tiercé gagnantLaurent Laurent | Vendredi 24 Octobre 2008 à 08:33 | Lu 12597 fois
Par Laurent Laurent. Banquiers, financiers, journalistes économiques, personne ne peut prévoir l'évolution de la crise financière qui touche actuellement le monde entier. Les prévisions boursières sont aussi fiables que les pronostics du tiercé gagnant.
« Il est difficile de faire des prédictions, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir. » Attention, il y a toujours un facteur en embuscade dans l'équation financière. On le constate, il y a des logiques financières. Par exemple : « lorsque l’immobilier chute, la bourse monte, transfert des placements oblige »… Rien de plus faux aujourd’hui, on le voit, parce qu’il y a un troisième facteur : l’or. C’est lui qui monte. Oui mais non, les taux d’intérêt baissent par ailleurs par l’action des banques centrales. Sauf que l’inflation va reprendre. Parce qu’il y a aussi le cours des matières premières qui fluctue. Et la confiance des marchés qui joue aussi. Cela dépend de l’annonce de la récession américaine, etc. Ah mon Dieu, que faire ! Que penser ?
La vie économique peut et pourrait se mettre en équation, certes. Le problème est que, dans cette somme (algébrique) de termes, de variables, il y a beaucoup de facteurs déterminants, jusqu’à celui de l’aile de papillon qui déclenche les ouragans, ainsi que l’âge du capitaine qui influe, bien sûr. La somme de ces nombreux termes est égale au monde tel qu’il est. Égal à 1, au « grand tout ». Donc pour réaliser un nouvel équilibre, lorsqu’un terme de cette équation augmente, un autre doit diminuer en compensation. Pour que le total fasse toujours 1 à l’arrivée. Mais lequel bougera ? Et, évidemment, deux variations de terme peuvent compenser le mouvement d’un troisième. Même, tout peut bouger et bouge simultanément de sorte qu’il est impossible d’établir des signes avant-coureur de quoi que ce soit. Exemple : aujourd’hui, quand General-Motors va-t-elle couler ? Croit-on que les banques, spécialistes de l’argent, auraient perdu des milliers de milliards de dollars, si elles pouvaient prévoir ce qui se passe ? Ah malheur, c’est trop complexe pour nos cerveaux qui cherchent toujours à tout simplifier parce que nous ne pouvons analyser et résoudre des cas simplifiés. Mais le monde n’est pas simple. économistes et chroniqueurs boursiers se contredisent sans cesse Regardons nous : personne n’est capable de faire la moindre prédiction. Personne ne peut prévoir une baisse de 10 % pour le lendemain ou un rebond, ou savoir si l’on a touché le fond de la méga-crise. Ce qui rend les prévisions boursières aussi fiables que les pronostics du tiercé gagnant. C’est toujours un coup de bol si le cheval prévu arrive premier. Il est flagrant dans les interviews et talk-shows avec économistes et chroniqueurs boursiers qu’ils se contredisent à quelques minutes d’intervalle, c’est drôle : « C’est très grave » versus « mais il ne faut pas exagérer ». « Il y a des opportunités » versus « il faut être sage ». « Il vaut mieux vendre à moitié que tout perdre » versus « tant qu’on a pas vendu, on a rien perdu ». On vit un moment tout à fait formidable de la rhétorique. C’est hilarant. Oui, normalement, lorsque l’immobilier baisse, la bourse monte. Mais pas en ce moment. Arf… À l’heure où je termine ces lignes, j’écoute l’écrivain Nassim Nicholas Taleb qui publie le « Cygne Noir ». Cet ouvrage traite de l’impossibilité et de la stupidité des prédictions. Et dans le journal d’infos de la même radio qui le reçoit, j'écoute Pierre Terzian, directeur de la revue Pétrostratègies, qui donne des prédictions à un journaliste qui les lui demande. C’est impayable ! Voir le blog Les Chroniques de l’Anti-actualité
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