Presse régionale: la propagande à la papa
Samedi 15 Août 2009 à 12:01 | Lu 7451 fois I 42 commentaire(s)
SuperNo - Blogueur associé
En vacances dans le sud-ouest, SuperNo déclare sa colère face à la presse quotidienne régionale, fourmillante de faits-divers, et complaisante à l'égard du pouvoir. Et la venue de Brice Hortefeux à Royan n'a pas arrangé les choses...
Par manque de temps, je n’achète pas notre ineffable quotidien régional Le Républicain Lorrain. C’est un grand tort, j’y apprendrais sûrement beaucoup de choses sur notre belle région et sa faune de politiciens.
Mais en vacances, c’est différent, le temps n’est plus un problème, et le cerveau est sans doute plus enclin à lire des conneries. D’ailleurs, comment expliquer autrement la prolifération des œuvres impérissables de Marc Lévy ou de ses semblables sur les plages ?
Ici, le quotidien régional s’appelle Sud Ouest. Et même s’il ne diffère sans doute guère de tous ses confrères, il me semble néanmoins en réunir tous les défauts.
Je vous passe les titres de Une débiles, celui qui illustre ce billet en est un bon exemple.
Je vous passe aussi l’actualité locale, exercice obligé : entre le loto du club du troisième âge et le concours de boules au profit de l’amicale des anciens d’Algérie, le pauvre journaliste chargé de la basse besogne ne doit pas rigoler tous les jours.
Je glisse aussi sur la politique internationale, qui n’est que de la resucée de dépêches de l’AFP. Fade et convenu.
Ce qui me hérisse le plus, c’est ce goût immodéré autant que malsain pour les faits divers. De l’accident de mobylette aux larcins de malfaisants. A lire Sud Ouest, la vie n’est qu’une succession d’accidents, de noyades, de vols, d’escroqueries, de rackets, de meurtres, de viols. C’est simple : on est en vacances sur la tranquille côte charentaise, mais après avoir lu son journal, on se croirait à Chicago sous Al Capone ou dans les pires banlieues de Los Angeles.
La politique nationale est traitée d’une manière qui ne risque pas de bousculer la baronne. La couverture des mesures sarkozystes, même cachée sous une hypothétique « objectivité » ressemble fort à une tacite approbation. Et bascule le plus souvent dans la propagande.
Mais en vacances, c’est différent, le temps n’est plus un problème, et le cerveau est sans doute plus enclin à lire des conneries. D’ailleurs, comment expliquer autrement la prolifération des œuvres impérissables de Marc Lévy ou de ses semblables sur les plages ?
Ici, le quotidien régional s’appelle Sud Ouest. Et même s’il ne diffère sans doute guère de tous ses confrères, il me semble néanmoins en réunir tous les défauts.
Je vous passe les titres de Une débiles, celui qui illustre ce billet en est un bon exemple.
Je vous passe aussi l’actualité locale, exercice obligé : entre le loto du club du troisième âge et le concours de boules au profit de l’amicale des anciens d’Algérie, le pauvre journaliste chargé de la basse besogne ne doit pas rigoler tous les jours.
Je glisse aussi sur la politique internationale, qui n’est que de la resucée de dépêches de l’AFP. Fade et convenu.
Ce qui me hérisse le plus, c’est ce goût immodéré autant que malsain pour les faits divers. De l’accident de mobylette aux larcins de malfaisants. A lire Sud Ouest, la vie n’est qu’une succession d’accidents, de noyades, de vols, d’escroqueries, de rackets, de meurtres, de viols. C’est simple : on est en vacances sur la tranquille côte charentaise, mais après avoir lu son journal, on se croirait à Chicago sous Al Capone ou dans les pires banlieues de Los Angeles.
La politique nationale est traitée d’une manière qui ne risque pas de bousculer la baronne. La couverture des mesures sarkozystes, même cachée sous une hypothétique « objectivité » ressemble fort à une tacite approbation. Et bascule le plus souvent dans la propagande.
Et quand le sarkozysme rejoint les faits divers, ça donne cette pantalonnade : un fait divers minable, qui ne mérite pas trois lignes, fait la Une avec ce triste sire d’Hortefeux qui vient faire le cake et assurer la permanence estivale des idées sarkozystes en Charente.
Sud Ouest n’est pas le dernier pour étaler un chauvinisme gluant qui concerne en ce moment l’équipe de foot locale, celle de Bordeaux, qui a réussi l’an dernier l’exploit de gagner le championnat de France. Des tartines sur la vedette du bled, le dénommé Gourcuff, qui, comme son nom l’indique, n’est évidemment pas plus bordelais que moi… Gourcuff, comme tous les autres mercenaires en short, portera un jour le maillot de Madrid, de Chelsea ou de Milan, pour finir sa carrière au Qatar. Il aura enrichi des agents véreux, des sponsors cyniques. Et fait vibrer des « supporters » pas regardants, qui applaudiront également n’importe quel autre joueur qui était l’année d’avant au PSG et sera l’année d’après à l’OM. Surtout que Sud Ouest les aura encouragés par ses commentaires chauvins et dithyrambiques.
Par chance, pas de rugby en été, j’ose à peine imaginer les tartines de vaines débilités qu’on doit y lire quand le championnat bat son plein.
Mais il y a encore une spécialité qui distingue Sud Ouest de ses petits camarades de la PQR : on est dans le sud-ouest, une des régions où le massacre public de taureaux est érigé en spectacle pour esthètes. On a donc régulièrement droit à des compte-rendus psychédéliques de ces séances collectives de boucherie. (Ce n’est d’ailleurs pas un privilège de la PQR : Libé a engagé un pigiste, récemment épinglé par Siné, pour tenir une telle rubrique… Misère…)
Le ton est technique, le jargon omniprésent. Il n’est jamais question de torture, de grognements de douleur, de cruauté, de sang qui gicle, de sadisme, de mort : il est question de courage, d’oreilles, de « comportement offensif dans les capotes » (sic), de saluts du tiers, d’applaudissements, de bronca ou de triomphe. On va jusqu’à prêter au taureau (que l’on écrit toujours « toro », ça change tout) des sentiments humains, de cette bonne vieille batterie des valeurs de droite, ces foutaises d’origine judéo-chrétienne qui ont tant fait de mal à l’humanité : l’honneur, le courage, la bravoure, la fierté, le travail… etc
Mais qui peut bien donc lire cette énumération de fadaises, quand les hordes de vacanciers sont rentrés chez eux ? J’imagine fort bien que ce sont des retraités, qui commencent par la liste des obsèques du jour. Comme disait l’autre, en lisant leur journal, ils vivent leur vie par procuration, tremblent ou se révoltent devant tous ces délits à deux balles ou ces crimes horribles si complaisamment et exhaustivement relatés, et s’empressent de glisser un rassurant bulletin sarkozyste dès qu’ils en ont l’occasion.
Hortefeux n’est rien venu faire d’autre à Royan hier que de rappeler que la propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature. Et pour la propagande, le pouvoir en place pourra toujours compter sur l’appui fidèle de la PQR…
Retrouvez les articles de SuperNo sur son blog
Sud Ouest n’est pas le dernier pour étaler un chauvinisme gluant qui concerne en ce moment l’équipe de foot locale, celle de Bordeaux, qui a réussi l’an dernier l’exploit de gagner le championnat de France. Des tartines sur la vedette du bled, le dénommé Gourcuff, qui, comme son nom l’indique, n’est évidemment pas plus bordelais que moi… Gourcuff, comme tous les autres mercenaires en short, portera un jour le maillot de Madrid, de Chelsea ou de Milan, pour finir sa carrière au Qatar. Il aura enrichi des agents véreux, des sponsors cyniques. Et fait vibrer des « supporters » pas regardants, qui applaudiront également n’importe quel autre joueur qui était l’année d’avant au PSG et sera l’année d’après à l’OM. Surtout que Sud Ouest les aura encouragés par ses commentaires chauvins et dithyrambiques.
Par chance, pas de rugby en été, j’ose à peine imaginer les tartines de vaines débilités qu’on doit y lire quand le championnat bat son plein.
Mais il y a encore une spécialité qui distingue Sud Ouest de ses petits camarades de la PQR : on est dans le sud-ouest, une des régions où le massacre public de taureaux est érigé en spectacle pour esthètes. On a donc régulièrement droit à des compte-rendus psychédéliques de ces séances collectives de boucherie. (Ce n’est d’ailleurs pas un privilège de la PQR : Libé a engagé un pigiste, récemment épinglé par Siné, pour tenir une telle rubrique… Misère…)
Le ton est technique, le jargon omniprésent. Il n’est jamais question de torture, de grognements de douleur, de cruauté, de sang qui gicle, de sadisme, de mort : il est question de courage, d’oreilles, de « comportement offensif dans les capotes » (sic), de saluts du tiers, d’applaudissements, de bronca ou de triomphe. On va jusqu’à prêter au taureau (que l’on écrit toujours « toro », ça change tout) des sentiments humains, de cette bonne vieille batterie des valeurs de droite, ces foutaises d’origine judéo-chrétienne qui ont tant fait de mal à l’humanité : l’honneur, le courage, la bravoure, la fierté, le travail… etc
Mais qui peut bien donc lire cette énumération de fadaises, quand les hordes de vacanciers sont rentrés chez eux ? J’imagine fort bien que ce sont des retraités, qui commencent par la liste des obsèques du jour. Comme disait l’autre, en lisant leur journal, ils vivent leur vie par procuration, tremblent ou se révoltent devant tous ces délits à deux balles ou ces crimes horribles si complaisamment et exhaustivement relatés, et s’empressent de glisser un rassurant bulletin sarkozyste dès qu’ils en ont l’occasion.
Hortefeux n’est rien venu faire d’autre à Royan hier que de rappeler que la propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature. Et pour la propagande, le pouvoir en place pourra toujours compter sur l’appui fidèle de la PQR…
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