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Presse gratuite : le «modèle» a du plomb dans l'aile

Régis Soubrouillard | Mercredi 17 Septembre 2008 à 08:31 | Lu 12580 fois

La bulle des gratuits a-t-elle commencé à se dégonfler ? La fermeture de deux journaux écossais ou les interrogations de Metro International quant à sa stratégie aux Etats-Unis, laissent entrevoir des signes de faiblesse.



Presse gratuite : le «modèle» a du plomb dans l'aile
Deux titres qui coulent en Ecosse, une faillite au Danemark, sans compter les difficultés rencontrées aux États-Unis et en Espagne par le groupe Metro International qui, face aux pertes enregistrées, envisagerait certaines fermetures ou des cessions de titres. Le «modèle» de la presse gratuite n'en serait-il plus un ?

D’ores et déjà, Metro a pris la décision, début septembre, de mettre fin à la parution de son édition en Croatie qui s’était pourtant forgé un succès d’audience indéniable : le journal était le deuxième du pays juste derrière le quotidien payant 24Sata. « Compte tenu des résultats enregistrés lors de ces six derniers mois, la direction de Metro International a pris la décision de mettre fin à son édition en Croatie » précisait un communiqué de Metro International.

De là à tirer des conclusions hâtives sur un déclin inexorable du modèle gratuit, il n’y a qu’un pas qu’on ne saurait franchir. Les situations de la presse aux États-Unis et en Europe ne sont pas comparables: « Il faut bien distinguer les modèles américains et européens. Aux États-Unis, les gratuits ne sont jamais véritablement parvenus à s’imposer et la plupart des journaux ont été créés sur la base de partenariats avec des grands groupes de presse américains. Ainsi, c'est le concept même de quotidien gratuit qui était beaucoup plus compliqué à installer dans un pays où l’industrie de la presse quotidienne était déjà forte. En Europe, la presse gratuite a su faire son trou en termes d'audience, mais il est normal que l'on revienne aujourd'hui à plus de réalisme. Il y avait parfois de trois à cinq titres gratuits sur la même zone de chalandise et peu de titres sont rentables » analyse Jean-Clément Texier, expert médias, président de Ringier France.

Trouver de nouvelles recettes
Ces événements n’en marquent pas moins un coup d’arrêt au développement ininterrompu de ce modèle depuis 1995 —année du lancement du premier gratuit à Stockholm. Car s’ils représentent 23 % de la presse quotidienne en Europe – et sont lus par 80 millions de personnes dans le monde selon le blog de Piet Bakker - la récession du marché de la pub a démontré la fragilité d’un modèle fondé exclusivement sur les ressources publicitaires.

Récemment, le directeur adjoint de la rédaction d’El Pais, Luis Bassets, s'interrogeait sur le modèle de la presse écrite payante, prédisant une période difficile pour les gratuits: « A long terme, il faudra lui substituer d’autres modèles qu’il reste encore à inventer» écrivait-il. «Même la presse gratuite ne l’a pas encore trouvé. Car en cas de crise économique, c’est cette dernière qui sera frappée de plein fouet, puisqu’elle n’a pas d’autres sources de revenus que la publicité ».

En France, si les gratuits font partie du paysage -au propre comme au figuré- plutôt que leur existence, c'est leur développement à long terme qui se trouve ici questionné.
« Les volumes de publicité à transférer des quotidiens payants n’étaient pas considérables. Maintenant que le marché publicitaire se tarit, on constate la fragilité du modèle. S’il n’y avait pas de volonté d’actionnaires qui imaginent pouvoir réagir, capitaliser sur leur marque, trouver de nouvelles recettes, beaucoup de gratuits auraient vraisemblablement disparu» confirme Jean Clément Texier avant d'ajouter: « Je ne crois pas que les gratuits soient un produit éphémère. Pour autant, contrairement à ce que l'on a cru, ils ne sont pas une nouvelle formule de presse, leur poids économique reste très faible » . Comparable, en cela, à son « poids » politique, puisque cette presse de loisirs refuse, par principe, tout engagement dans le débat démocratique. Bref, le retour sur terre est brutal, après le bouillonnement disproportionné des débuts.


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