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Presse: attention à la gueule de bois...

Lundi 20 Octobre 2008 à 18:21 | Lu 8892 fois I 34 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Régis Soubrouillard
Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Face à un public en demande de décryptage, la crise financière sera-t-elle une aubaine pour la presse? Pas sûr. Au contraire : après une brève embellie, les ventes risquent de baisser, la pub fuit déjà… le réveil pourrait se révéler pénible.


(cc flickr le bonbon multicolore)
(cc flickr le bonbon multicolore)
Tous les médias ne sont pas égaux face à la crise. Quelques irréductibles journaux et sites internet résistent plutôt bien au tsunami financier qui frappe la planète. Il en est ainsi, pour l’instant, des journaux et des sites spécialisés dans l’économie et la finance. Pour certains médias, la crise est même l’occasion d’un rebond inespéré. Inquiets, les épargnants souhaitent s’informer. De fait, septembre a été un mois record pour Les Echos (+21,5% par rapport à l’année précédente et jusqu’à +43% lors de la semaine «Lehman Brothers»), tandis que La Tribune se félicite d’une « véritable embellie » avec une hausse moyenne des ventes de 20%. Même tendance à la Vie Financière et au Journal des Finances qui enregistrent des hausses de 15 à 20%.

Les sites internet de ces journaux ou encore boursorama.com profitent également de la crise avec des audiences spectaculaires.
Aux Etats-Unis, le record de deux millions de visiteurs en une seule journée enregistré récemment par le site référence du Wall Street Journal symbolise cet engouement.
Et en parallèle, du côté des moteurs de recherche, on constate une recrudescence des recherches comprenant des mots clés liés à la finance (les recherches incluant le terme «actions» ont par exemple presque triplé en septembre sur Google).
Les news-magazines, eux aussi, limitent la casse. Les numéros de Marianne sur la crise se sont bien vendus — autour de 190.000 exemplaires par semaine en kiosque. Le Nouvel Observateur qui a pourtant choisi de ne pas faire ses gros titres sur le sujet a également réalisé de bons scores, selon le service des ventes de l'hebdomadaire.

Une embellie très relative
Dans un article du Monde consacré au traitement de la crise par les médias, deux responsables des rédactions de Libération et du Monde, Grégoire Biseau et Alain Frachon, confirment chacun que leurs journaux profitent de l'embellie : « Compte tenu de la situation difficile de la presse, si on n’était pas suivi, on aurait tempéré notre couverture. Au contraire, on a vu une montée progressive des ventes à mesure que la crise s’approfondissait. A priori, c’était un pari plutôt payant » glisse Grégoire Biseau.

Une crise financière salutaire pour un secteur en crise structurelle depuis tant d’années ? L'embellie ne pourrait être que de très courte durée. Les chiffres de vente des quotidiens payants ne viendront pas compenser la récession de l’activité publicitaire. Tous les indicateurs sont dans le rouge : -8,7% d’investissements pour la presse sur les premiers chiffres d’octobre. Et les quotidiens enregistrent tous – exceptés Les Echos, Le Parisien et l’Equipe- des baisses de ventes supérieures à 10% par rapport à la même période l'an dernier.

La presse gratuite fragilisée
Pour la presse gratuite, l’addition pourrait être encore plus salée. Interrogé par l’AFP, le professeur Piet Bakker, spécialiste des médias à l'université d'Amsterdam confirme que les journaux gratuits « sont extrêmement vulnérables à la récession » augurant des temps difficiles et des fermetures de titres. « Cela va être très dur pour les journaux qui n'ont pas d'opérations dans d'autres secteurs, qui dépendent uniquement de la publicité », glisse-t-il. Lors de leur dernier congrès, qui s’est tenu fin septembre à Madrid, les représentants de la presse gratuite se sont prononcés pour des « actions de lobbying en faveur du secteur ». Preuve de la fragilité de ces titres et de la saturation du marché, en Suède, 20 minutes et Metro, les deux principaux acteurs du secteur, ont entamé un rapprochement de leurs régies publicitaires.

De leur côté, certains analystes envisagent déjà une énième redistribution des cartes du paysage médiatique français, redoutant des temps très difficiles pour les structures qui ne bénéficieraient pas d’un actionnariat solide.







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