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Pourquoi la Chine retoque le G2 d'Obama ?

Philippe Cohen - Marianne | Mercredi 18 Novembre 2009 à 17:19 | Lu 10376 fois

L'opinion et la presse internationales sont bien obligées de constater que le Président américain quitte Pékin les mains vides, et passablement humilié par son vis-à-vis Hu Jintao.



Niet, niet, niet. Dès cet après-midi, l'agence russe Novotni l'a annoncé visiblement sans déplaisir : le Président chinois Hu Jintao a décliné l'invitation de Barak Obama à constituer avec la Chine un G2 qui serait le socle du nouvel ordre mondial. La nouvelle ne pouvait que faire plaisir en Russie. Le G2 est devenu brusquement Chimérique, mais pas exactement au sens où l'entendait Paul Jorion : notre économiste presque favori dénotait la dimension chimérique du projet de G2 d'un point de vue économique. Alors que le président chinois a repris sa posture modeste de puissance en devenir, telle que les Chinois l'affectaient voici quelques années quand ils se refusaient à prendre des mesures contre le dumping social ou la pollution. Le refus du G2 n'a pas été la seule mauvaise nouvelle pour le chef de l'état américain. Sur le plan économique il s'est fait critiquer pour le protectionnisme des Etats-Unis et éconduire concernant le taux de change faiblissime du yuan. Obama a été également renvoyé dans ses buts sur le plan diplomatique : la Chine n'entend pas faire davantage pression sur l'Iran et menacer le pays de sanctions;  elle ne veut pas non plus faire les gros yeux à la Corée du Nord.

Comment interpréter ce refroidissement des relations visiblement souhaité par Hu Jintao et assez humiliant pour le Président américain ? Sur le plan économique, rien d'étonnant : la Chine subit les conséquences de la baisse de la demande occidentale (exportations en baisse de 25% au premier semestre 2009). Elle compte donc sur ses deux atouts de compétitivité - les bas salaires et la faiblesse du yuan - pour rafler de nouveaux marchés et continuer à vendre le plus possible ses produits bas de gamme, très adaptés à la crise. En commentant les derniers chiffres du chômage depuis Pékin, Obama a, indirectement, répondu au gouvernement chinois : si l'endettement américain continue de croître, la récession pourrait bien revenir, a-t-il déclaré en substance, ce qui peut être interprété comme une mise en garde à destination de ses hôtes, même si le Président s'exprimait sur la chaîne Fox News.

Reste l'échec diplomatique d'Obama. La Chine préserve les oreilles des mollahs iraniens qui constituent pour elle un fournisseur énergétique de premier rang. La Chine sacralise le régime nord-coréen pour une raison simple : elle craint par dessus tout l'arrivée de Marines US en cas de chute du régime de Kim Jong Il. Bref, dans les deux cas, Pékin aime à jouer les médiateurs mais rechigne à apparaître, si peu que ce soit, comme un allié de ces Etats-Unis dont elle continue à brocarder les prétentions hégémoniques.

En fin de compte, ce qui surprend dans ce bilan médiocre de la visite américaine, c'est l'aspect improvisé  du voyage : comment a-t-il été préparé ? Si le cabinet de la Maison Blanche savait que toutes les demandes américaines seraient rejetées, pourquoi maintenir ce voyage ? Pourquoi subir l'image d'un Président affaibli que tout le monde envoie paître, la Chine certes, mais aussi l'Iran, la Corée du Nord et Israël, qui vient de passer outre aux recommandations américaines en implantant de nouvelles colonies à Jérusalem-Est ?



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