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Pourquoi Dassault n'a pas racheté le Parisien

Mercredi 10 Novembre 2010 à 14:00 | Lu 7649 fois I 6 commentaire(s)

Philippe Cohen
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur

Une suggestion du Président de la République avait conduit Serge Dassault à étudier le dossier de vente du groupe Amaury, éditeur du Parisien. Sa proximité avec le pouvoir nous avait convaincu de la nécessité d'alerter l'opinion. Finalement, le rachat a échoué. Voici quelques éléments d'explication.


Marianne aimerait-elle crier au loup ? Certains lecteurs pourraient le penser puisque nous avions alerté les citoyens sur le rachat – recommandé par le Président – du quotidien le Parisien par le groupe Dassault déjà propriétaire du Figaro (voir l'édition papier de Marianne N°700). En réalité, l’échec de cette reprise, officiel depuis quelques jours montre les limites du marionnettiste : on a beau aimer faire plaisir au Président, il n’est pas toujours possible de s’exécuter.

Reprenons le fil de cette histoire. Après avoir décliné l’offre de vente du Parisien au début de l’année, le groupe Dassault a manifesté son intérêt en septembre dernier. Mais des managers retors des deux camps vont faire échouer la manœuvre sarkozyste. Non par attachement à la démocratie pluraliste mais pour leur confort personnel.
Au Figaro, le directeur général du groupe Francis Morel a fait mine de trouver « formidable » le projet de rachat du Parisien qu'il avait pourtant refusé d'examiner plus avant quelques mois auparavant. Mais sa préférence, comme celle de Christophe Victor, secrétaire général, allait à un rachat des Echos. Une marque réputée, une clientèle captive, un modèle « monétisable » et un business confortable.
Dès lors, chargé d’examiner concrètement les comptes du Parisien, il a exposé avec force détails, tous les surcoûts de l’opération : l'imprimerie à restructurer, les placards multiples qui pullulent dans les PME, la clause de conscience.
Bref, à un Serge Dassault déjà rendu anxieux par son âge il a habilement fait valoir, par petites touches, que la restructuration du quotidien prendrait un temps fou et coûterait « bonbon ».
Parallèlement, Etienne Mougeotte, le patron de la rédaction du Figaro, tout d’abord enthousiaste, a été refroidi par le projet de charte d’indépendance évoqué par la Société des journalistes du Parisien. Le plus drôle dans cette affaire est que ce projet, vu d'un mauvais oeil par certains syndicalistes du groupe Amaury, n’a toujours pas vu le jour. Marianne avait aussi écrit voici un mois la très grande réticence de Jean-Pierre Bechter, le remplaçant de papy Dassault à la mairie de Corbeil-Essonne, qui prendra la tête de la liste UMP pour le tout prochain scrutin du 7 décembre. Finalement, rares sont les membres du premier cercle qui sont favorable au rachat du Parisien, excepté Olivier Dassault, député et héritier putatif du groupe, et par ailleurs amoureux du « papier ».

Le plus drôle était que, côté Parisien, l’enthousiasme n’était guère plus grand. Martin Desprez, le gestionnaire proche de la retraite, a multiplié les embûches lors de la négociation avec les gens du Figaro, ne donnant les informations financières qu’au compte-goutte et avec une mauvaise humeur manifeste. L’échec du rachat a fait en tout cas deux heureux : Eric Decouty, rédacteur en chef de l'édition nationale du Parisien, qui avait fui le Figaro après la vente par Hersant, qui avait tout à craindre d'une nouvelle confrontation avec son ancien employeur, et Philippe Carlin, le fringant nouveau gestionnaire du Parisien venu de chez Siemens et qui a « plein d’idées » pour la boîte. Mais les salariés du groupe savent, eux, qu’avec l’échec de la reprise Dassault, ils sont revenus à la case plan social...








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